VIDEO. «Gilets Jaunes» à Bordeaux: C'est «le ras-le-bol de cette France invisible qui ne vote plus»

REPORTAGE L’acte 9 des « gilets jaunes » a rassemblé davantage de monde que samedi dernier à Bordeaux, 6.000 selon la préfecture contre 4.600 le 5 janvier…

Elsa Provenzano

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Lors du défilé des gilets jaunes, les manifestants sont passés par la place de la Victoire.
Lors du défilé des gilets jaunes, les manifestants sont passés par la place de la Victoire. — E.Provenzano / 20 Minutes
  • Le défilé a parcouru les rues de Bordeaux dans le calme pendant trois heures.
  • Des tensions ont eu lieu place de la Comédie à partir de 17h30 puis un peu plus tard c’est à Pey-Berland que la situation s’est dégradée.

Selon les chiffres de la préfecture de la Gironde, 6.000 manifestants « gilets jaunes » ont défilé dans les rues de Bordeaux ce samedi pour  l’acte 9 contre 4.600 samedi dernier. Les « gilets jaunes » parlent de 10.000 à 15.000 personnes sur les réseaux sociaux.

Le cortège est parti comme à l’accoutumée de la place de la Bourse vers 14h30 et selon un parcours improvisé, il est passé par la place de la Victoire, les rues du quartier Saint-Michel pour se terminer vers 17h30 place de la Comédie, près du Grand Théâtre. Parmi les slogans « Macron, démission », « Macron t’es foutu, le peuple est dans la rue ».

D’un pas décidé, Claudine Chapron, 53 ans, passe le pont de Pierre après avoir été contrôlée par des CRS qui fouillent les sacs de tous les passants venant de la rive droite bordelaise. Enseignante dans le secondaire, elle est mobilisée depuis le début du mouvement par solidarité avec « le ras-le-bol de cette France invisible qui ne vote plus, qui vit le chômage et la précarité ». A son sens, si la mobilisation continue à être si suivie à Bordeaux c’est aussi que c’est la ville d’Alain Juppé, proche d’Emmanuel Macron, et qu’elle s’est embourgeoisée « reléguant les pauvres au-delà de la métropole et de la rocade ».

« Des horizons politiques différents défilent ensemble »

La semaine dernière, elle a essuyé un tir de ce qu’elle pense être un flash ball sur le mollet, s’en tirant avec un bel hématome. « Toutes les semaines, je constate une augmentation des provocations policières », souligne cette mère de famille qui vit à Cenon, près de Bordeaux.

Main dans la main, un couple de trentenaires bordelais participe au défilé, chacun à son gilet jaune sur le dos, lui est smicard et elle fonctionnaire. Pour ce couple abstentionniste, il faut « tout changer au gouvernement » et « consulter le peuple via le RIC [référendum d’initiative citoyenne] ».

Un peu plus loin dans le cortège, Hugo, 24 ans, tend bien haut sa pancarte « Encore un dernier effort », une allusion à l’éloge récent du président de la République du « sens de l’effort ». S’il est solidaire du mouvement depuis le départ, c’est la première manifestation de ce jeune Périgourdin. Il travaille dans une collectivité, dans le domaine des énergies renouvelables et constate qu’on demande à ces institutions de réaliser la transition énergétique, mais sans leur en donner les moyens. « Je vois avec ce mouvement que des horizons politiques différents défilent ensemble et je pensais cela impossible, remarque-t-il. Cela me donne énormément d’émotion et d’espoir ». « On a bien vu qu’avec les circuits classiques, cela n’avance pas », ajoute-t-il.

Deux manifestants blessés

Après un défilé dans le calme, la situation s’est tendue vers 17h30 lors de l’arrivée de la manifestation place de la Comédie, sur laquelle étaient postés de nombreux CRS. Les « gilets jaunes » les ont hués et sifflés à leur arrivée. Le cortège a commencé à se disperser et quelques minutes plus tard, des projectiles ont été utilisés face aux forces de l’ordre qui ont répliqué avec du gaz lacrymogène. Un sapin a été brûlé face au CRS, près du Grand Hôtel de Bordeaux. Dans les rues adjacentes, des tags ont été inscrits, notamment sur un distributeur du cours du Chapeau-Rouge.

La préfecture rapportait que deux manifestants avaient été blessés place de la Comédie dans l’après-midi à proximité de la place de la Comédie. La situation s’est dégradée en début de soirée place Pey-Berland, devant l’hôtel de ville.

Au total les forces de l'ordre ont procédé à 41 interpellations, il n'y pas eu de blessé du côté des forces de l'ordre. Des vitrines et du mobilier urbain ont été dégradés et des poubelles incendiées.