Alain Juppé: «Le métro peut être un sujet de programme de campagne pour les municipales»

INTERVIEW Dans une interview exclusive à 20 Minutes, le maire de Bordeaux fait le point sur sa politique en matière de mobilité sur l’agglomération…

Propos recueillis par Mickaël Bosredon et Elsa Provenzano

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Alain Juppé estime que la Métropole s'emploie tous azimuts à traiter les problématiques de mobilité.
Alain Juppé estime que la Métropole s'emploie tous azimuts à traiter les problématiques de mobilité. — M.Bosredon / 20 Minutes
  • Alain Juppé annonce à 20 Minutes que la commission d’enquête publique vient de donner un avis favorable au prolongement du tramway jusqu’à l’aéroport.
  • Il révèle aussi un retard de l’ordre de deux ans, concernant la livraison du pont Simone Veil.
  • Le président de Bordeaux Métropole va également saisir la ministre des Transports et le préfet pour réguler le trafic des poids lourds sur la rocade, aux heures de pointe.

Le maire de Bordeaux livre à 20 Minutes ses idées pour améliorer les déplacements sur une métropole victime de son attractivité démographique.

Dans votre livre Dictionnaire amoureux de Bordeaux, vous évoquez la difficulté de lutter contre la congestion urbaine. Quelles sont les solutions à apporter à court terme ?

On développe une stratégie tous azimuts. Je viens d’apprendre une bonne nouvelle, la commission d’enquête a donné un avis favorable et sans réserve au prolongement de la ligne A du tram vers l’aéroport [le chantier pourrait démarrer au printemps 2019 pour une livraison fin 2021].

La principale raison de la congestion aujourd’hui, c’est le sous-dimensionnement de notre rocade, et il faut que l’Etat prenne ses responsabilités. On me dit que les poids lourds ne représentent que 10 % du trafic en transit international, mais c’est du pipeau ! C’est 10 % en nombre de véhicules, mais en espace occupé cela fait trois fois plus. Je vais saisir la ministre et le préfet pour envisager de réguler le trafic des poids lourds aux heures de pointe.

Bouchon sur la rocade de Bordeaux
Bouchon sur la rocade de Bordeaux - M.Bosredon/20Minutes

Cela, c’est le premier enjeu, mais à moyen terme on ne pourra pas continuer à éluder le contournement de Bordeaux. Est-ce que c’est un grand ou un petit contournement ? A l’est ou à l’ouest ? On ne peut pas continuer à ignorer cette question, sinon Bordeaux va finalement être la seule grande agglomération à ne pas avoir de grand contournement.

Il y a aussi une grave insuffisance de l’offre TER sur notre agglomération. Ces trains ne transportent que 35.000 passagers par jour, il faut donc créer une sorte de « métropolitrain ». On demande, avec la Région, la réouverture d’un certain nombre de gares, en particulier de la Médoquine à Talence. La SNCF nous dit que l’on peut espérer rouvrir cette gare en 2023. Ce n’est pas possible, il faut aller plus vite.

Quels sont les secteurs à desservir en priorité via ce RER métropolitain ?

Une liaison entre le Cubzadais et le sud de l’agglomération et, une liaison avec Langon et l’ouest de l’agglomération. L’idée est de faire des connexions de périphéries à périphéries, car notre réseau [de tramways] est actuellement radial, ce qui est le cas dans toutes les grandes agglomérations. Pour aller d’Eysines à Villenave d’Ornon, il faut passer par la place des Quinconces.

On me dit qu’il n’y a pas de monde dans les gares, mais c’est qu’il n’y a pas de train ! Pour se rendre de Bassens à la gare Saint-Jean il faut dix minutes en train mais il passe toutes les demi-heures, alors les gens prennent leur voiture. Le Syndicat mixte des transports qui a été créé va nous aider, et la Métropole a accepté de financer une partie des travaux qui seront nécessaires pour ces nouvelles gares, mais il faut y aller.

Le deuxième projet de ce syndicat, ce sont des liaisons par cars express. Et là, on a deux projets : l’un avec le Cubzadais et l’autre avec le Libournais, pour aller vers le centre de Bordeaux. La Région me dit qu’il faut penser à une voie dédiée pour que le temps de trajet soit plus intéressant par rapport à la voiture. Il faudra donc évoluer vers une voie réservée, sur l’A89 par exemple.

La pratique du vélo est à 60 % masculine à Bordeaux.
La pratique du vélo est à 60 % masculine à Bordeaux. - VALINCO/SIPA

Quelle va être la place du vélo sur les boulevards, identifiés comme l'un des points noirs de l’agglomération par les cyclistes ?

J’ai pris la décision de réduire, sur certaines portions des boulevards, là où c’est possible, la largeur des lignes pour les voitures. Il s’agit d’élargir les pistes cyclables, à trois ou quatre mètres, afin que ce soit plus confortable, notamment du côté du stade, de la barrière d’Arès.

Comment vont évoluer les boulevards dans les prochaines années ? Y’aura-t-il un tram ?

Dans le cadre de Bordeaux 2050, j’ai entendu parler d’un système de train suspendu, d’un téléphérique, bref d’un tas de solutions qui relèvent de l’imagination. L’idée du tram a été envisagée, mais cela supposait la suppression de deux files de circulation, l’abattage des arbres et la disparition de places de stationnement, on l’a donc abandonnée.

S’il s’était fait, ce tramway devait aller jusqu’à Gradignan. Qu’est-il envisagé à la place ?

Entre Gradignan et Pellegrin, on a choisi une autre solution qui est celle du prolongement de la ligne B du tramway vers Gradignan, avec une fourche à partir d’une station, peut être « Arts et métiers ». Cette solution n’est pas parfaite, puisque cela va aussi charger cette ligne et pour l’hypercentre, cela va poser quelques problèmes, car il y aura une fréquence accrue avec une rame toutes les 2' à 2’30, qui aura la priorité sur la circulation automobile.

On pense alors à l’idée du métro qui refait surface puisqu’on se retrouve avec un réseau central de trams saturé ?

On n’en est pas plus loin que le « pourquoi pas ». Cela peut être un sujet de programme de campagne. Je n’ai pas encore demandé à nos services, qui sont extraordinairement chargés avec ces questions de mobilité de se consacrer prioritairement à ce sujet. Et pour l’instant, comme vous l’avez vu, j’ai d’autres priorités en la matière.

Vue aérienne du futur pont Simone Veil entre Bègles et Floirac
Vue aérienne du futur pont Simone Veil entre Bègles et Floirac - OMA

Où en est-on sur le dossier du pont Simone-Veil, chantier sur lequel le constructeur Fayat est en difficulté ?

On a désigné un médiateur, on va arriver à une solution avant la fin de l’année je pense. Il est vraisemblable qu’on sera conduit à lancer une nouvelle consultation et donc qu’on aura deux ans de retard [soit 2022 au lieu de 2020].

Le contexte social remet-il en cause l’installation d’une zone à faibles émissions ?

Il faut y aller avec prudence, si on le fait on le fera avec une certaine progressivité. Cela pourrait concerner des voitures de plus de 10 ans ou 12 ans, avec des taux de pollution très élevés, et la circulation serait limitée simplement après trois ou quatre jours de pics de pollution, par exemple. Ce serait un premier pas, avant d’avoir une zone plus stricte et plus organisée.