COP 24: Le plus grand lézard de France victime de la double peine du réchauffement climatique

BIODIVERSITE Le plus grand lézard de France, que l'on trouve notamment dans les dunes de la côte girondine, est particulièrement menacé par les effets du réchauffement climatique...

Mickaël Bosredon

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Un lézard ocellé
Un lézard ocellé — Matthieu Berroneau
  • L’association Cistude Nature a lancé un observatoire du réchauffement en Nouvelle-Aquitaine, Les sentinelles du climat.
  • Le réchauffement climatique a pour effet de détruire l’habitat du lézard ocellé, et de perturber son activité.
  • Les solutions pour protéger le littoral sont difficiles à mettre en œuvre.

Pour mesurer les effets du changement climatique en Nouvelle-Aquitaine, l'association Cistude Nature a lancé en 2016 un programme :  Les sentinelles du climat. Jusqu’en 2021, elle va ainsi étudier une vingtaine d’espèces, répartie sur 250 spots dans cinq milieux naturels différents : dunaire, humide, sec, forestier et montagnard.

En milieu dunaire, Cistude Nature a choisi comme indicateur le lézard ocellé (Timon lepidus, le plus grand lézard de France), emblématique de ce milieu. « Il est enclavé sur le cordon dunaire de la pointe girondine au sud des Landes, explique Maud Berroneau, herpétologue. Or, nous avons déjà constaté sa disparition à Soulac-sur-Mer, en Gironde. »

Des tempêtes destructrices de l’habitat du lézard

Le site de Soulac a été mis à rude épreuve, après plusieurs tempêtes successives (1999, 2009, 2014, et dans une moindre mesure 2018). « Ces événements climatiques sont ponctuels, mais en très forte augmentation ces dernières années, rappelle Maud Berroneau. Ce sont des conséquences directes du changement climatique, et ils ont un effet sur l’habitat entraînant la disparition de la dune blanche [qui n’est pas végétalisée], et parfois de la dune grise [entre la dune blanche et le bois]. Désormais, en un seul hiver une tempête peut faire disparaître plusieurs mètres voire kilomètres de sable dans l’eau. Et c’est ce qui est arrivé à Soulac. » Cistude Nature a ainsi observé la disparition de la population de lézard ocellé qui était présente à cet endroit. Emporté par les flots, ainsi que son habitat…

Les solutions pour préserver le littoral sont difficiles à mettre en œuvre. « Il n’y a pas de solution miracle, déplore l’herpétologue. L’idée serait peut-être de rouvrir des zones boisées en arrière-dune, qui feraient office de zones refuges pour les espèces menacées. Il faut aussi limiter l’urbanisation qui empiète sur la plage, et bien sûr protéger la dune. Mais cela reste compliqué vu l’ampleur du phénomène. »

Il sort désormais d’hibernation en février, au lieu de mars-avril…

Concernant le lézard ocellé, l’augmentation des températures n’a pas que des conséquences sur son habitat. « Nous réalisons aussi un suivi de cette espèce au niveau de son écophysiologie, pour voir quel est son optimum thermique, et à quel point il peut l’augmenter. Pour rappel, le lézard ocellé est une espèce thermophile et ectotherme [qui ne produit pas de chaleur interne], donc il a besoin de la chaleur environnante pour son activité, mais une trop forte augmentation de température peut complètement perturber cette activité et jouer sur la dynamique de la population. »

En trois ans, Cistude Nature a ainsi déjà pu observer que l’animal sort d’hibernation en février, alors que c’était plutôt mars-avril il y a quelques années. « Et il stoppe son activité vers juin-juillet alors qu’auparavant on en observait tout l’été. Ces phénomènes réduisent la reproduction des individus, et cela fragilise donc l’espèce. » Pour le lézard ocellé, le réchauffement climatique, c’est le principe de la double peine.