VIDEO. Bordeaux: On a peut-être enfin retrouvé le cercueil de Montaigne

ARCHEOLOGIE Une sépulture avec une plaque portant le nom de l’illustre philosophe bordelais, a été découverte dans les sous-sols du musée d’Aquitaine…

Mickaël Bosredon

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C'est dans ce caveau dans les sous-sols du musée d'Aquitaine, qu'un cercueil avec une plaque portant le nom de Montaigne, a été découvert.
C'est dans ce caveau dans les sous-sols du musée d'Aquitaine, qu'un cercueil avec une plaque portant le nom de Montaigne, a été découvert. — M.Bosredon/20Minutes
  • Si l’on disposait du cénotaphe (tombeau sans corps) de Michel de Montaigne, on avait perdu la trace de son cercueil.
  • Le directeur du musée d’Aquitaine l’a peut-être retrouvé, après avoir percé deux petits trous dans un tombeau situé dans le sous-sol du musée.
  • Une véritable enquête archéologique va être ouverte pour confirmer qu’il s’agit bien de la sépulture du philosophe.

La sépulture de Michel de Montaigne (1533-1592) a-t-elle été retrouvée ? La communauté scientifique bordelaise est en tout cas en ébullition depuis plusieurs semaines, depuis que Laurent Védrine, directeur du musée d'Aquitaine, a réalisé deux petits trous dans un caveau situé dans les sous-sols du musée d’Aquitaine, et qu’il y a découvert un cercueil avec une plaque portant le nom de l'illustre homme de lettres et philosophe bordelais, auteur des Essais.

Cette découverte fait suite à l’inauguration en mars dernierde la restauration du cénotaphe (littéralement: «tombe vide») de Michel de Montaigne. « Nous avons alors voulu pousser les investigations pour savoir s’il était inhumé dans les sous-sols du musée d’Aquitaine », raconte Laurent Védrine ce vendredi. La tradition disait en effet que le cercueil pouvait y être, notamment dans un petit édifice. « Mais la mémoire était brouillée », concède le directeur du musée. « Et il y a quelques semaines, nous avons pu observer avec une caméra filaire que ce petit édifice hermétiquement fermé abritait un cercueil avec la mention de Michel de Montaigne sur une plaque de cuivre doré. Il y avait aussi des restes humains. »

La plaque portant le nom de Montaigne découverte sur un cercueil.
La plaque portant le nom de Montaigne découverte sur un cercueil. - Fabien Robert

Ouverture du caveau dans quelques mois

On sait que Michel de Montaigne mourut en 1592, à l’âge de 59 ans, dans son château de Saint-Michel-de-Montaigne en Dordogne. Que son corps fut ensuite enterré au couvent des Feuillants à Bordeaux - à l'emplacement de l'actuel musée d'Aquitaine - où son cénotaphe sera aussi installé. En 1802, le couvent est remplacé par un lycée, le cénotaphe et le cercueil sont alors installés dans la chapelle du lycée, qui est incendiée en 1871. En 1886, les restes de Montaigne sont à nouveau déplacés, dans la nouvelle Faculté des Lettres et des Sciences, construite elle aussi à l’emplacement actuel du musée d’Aquitaine. « Il est alors proposé d’installer le cénotaphe dans la salle des pas perdus, et dans les sous-sols un caveau », rappelle Laurent Védrine.

Un caveau qui depuis n'a pas bougé. Si le faisceau d’indices est assez important pour permettre de penser qu’il renferme le cercueil de Montaigne, il va tout de même falloir le prouver. « C’est une véritable enquête archéologique qui va s’ouvrir, se réjouit Laurent Védrine, avec dans un premier temps la constitution d’une équipe pluridisciplinaire et d’un comité scientifique. Puis il y aura l’ouverture du caveau dans quelques mois, et ensuite une phase d’analyse pour savoir s’il s’agit bien de Michel de Montaigne. »

« L’ADN nous apportera des certitudes »

Cette enquête archéologique sera confiée à Hélène Reveillas, archéoanthropologue au centre d’archéologie préventive de Bordeaux Métropole, dépendant de UMR Pacéa (université de Bordeaux). « Mon travail sera de voir ce qu’il y a dans ce cercueil, à travers des analyses biologiques puis en lançant des analyses ADN. Les analyses biologiques vont déterminer des éléments comme le sexe, les pathologies… Elles vont donc nous apporter des éléments de réponse. On sait notamment que le cœur de Michel de Montaigne a été prélevé, donc on retrouvera peut-être des traces d’extraction. Mais ce seront simplement des indices. L’ADN, lui, pourra nous apporter des certitudes. Et l’ADN se conserve très bien dans de multiples conditions, puisqu’on en a retrouvé en bon état sur des squelettes du néolithique. »

Alain Juppé assure que « si c’était réellement la dépouille de Montaigne, ce serait un grand moment pour notre ville » car « la mémoire de Montaigne est indissociable de l’histoire de Bordeaux, dont il a été maire à deux reprises. » Réponse dans quelques mois.