VIDEO. Bordeaux: A la découverte du plus haut immeuble de bureaux en bois de France

ARCHITECTURE L’immeuble Perspective inauguré mardi à Bordeaux est désormais le plus haut immeuble tertiaire à ossature bois de France…

Mickaël Bosredon

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L'immeuble de bureaux à ossature bois Perspective a été inauguré à Bordeaux le 30 octobre 2018.
L'immeuble de bureaux à ossature bois Perspective a été inauguré à Bordeaux le 30 octobre 2018. — Meero Photo
  • Perspective culmine à presque 31 mètres de hauteur.
  • Cette réalisation du groupe Pichet et de l’architecte Nicolas Laisné montre l’engouement de la filière pour la construction en bois.
  • De nombreux projets d’ampleur vont bientôt sortir de terre, à Bordeaux et un peu partout en France.

C’est un record qu’il ne détiendra pas longtemps. Mais à ce jour, l'immeuble Perspective, inauguré mardi sur le quai de Brienne à Bordeaux, est bien le plus haut immeuble de bureaux à ossature bois de France.

Avec ses (presque) 31 mètres de hauteur sur sept niveaux, il propose presque 4.600 m2 de surface plancher. Des plateaux allant de 300 m2 à 700 m2 seront mis à la location par le groupe d'assurances Camacte, qui a racheté l’immeuble. Le bâtiment a été dessiné par l'architecte Nicolas Laisné, et réalisé par le groupe Pichet, avec Pyrénées Charpentes pour la construction et le groupe Piveteau pour la fourniture du bois.

Une agence d’architecture qui a pris le virage du bois

A ce jour, seuls 5 % des bâtiments sont réalisés en bois en France. Mais « il y a un véritable engouement de la part de tous les grands constructeurs », assure l’architecte Nicolas Laisné. Lui-même propose désormais 80 % de ses projets en ossature bois. « Nous avons pris le virage du bois depuis la réalisation de cet immeuble, qui est notre plus imposante construction bois à ce jour. »

L'architecte Nicolas Laisné, qui a réalisé l'immeuble en bois Perspective à Bordeaux.
L'architecte Nicolas Laisné, qui a réalisé l'immeuble en bois Perspective à Bordeaux. - M.Bosredon/20Minutes

Son agence travaille déjà sur des projets de plus grande ampleur, à Paris, Nanterre, et dans plusieurs villes. « Nous sommes notamment au début d’un projet d’immeuble mixte bureaux logements en bois de 17 étages à Rosny-sous-Bois [Seine-Saint-Denis]. »

Une structure cinq à sept fois plus légère que le béton

Patrice Pichet, président du groupe éponyme basé à Pessac, explique tous les avantages de construire en bois. « C’est le seul matériau de construction qui stocke le carbone au lieu de l’émettre : un m3 de bois stocke une tonne de CO2. Le bois et notamment la technologie poteaux-poutres utilisée pour Perspective, permet aussi de réaliser une structure cinq à sept fois plus légère que le béton, et de rendre l’exécution du chantier plus rapide, ce qui réduit les nuisances. Le bois est enfin douze fois plus isolant que le béton, et notre bâtiment est ainsi à énergie passive. »

Tout le squelette de l’immeuble a été réalisé en bois, avec des poteaux poutres en épicéa. La façade est réalisée en pin Douglas. Pour être précis, la structure en bois représente plus de 80 % de la construction, l’escalier central étant réalisé autour d’un noyau en béton. Et, non, le bois massif n’est pas plus exposé aux incendies. « Au contraire, assure Nicolas Laisné, sa combustion est très lente, et surtout on sait parfaitement comment il se consume. »

Le promoteur insiste aussi sur le « défi industriel » relevé avec ce chantier, « puisque nous avons fait appel aux acteurs régionaux de la filière bois, celui-ci provenant exclusivement des Landes et du Limousin. »

Vingt mois de chantier

Mais pourquoi la France a-t-elle donc attendu si longtemps pour se mettre à construire en bois ? « On se le demande en effet, concède Nicolas Laisné. On s’est beaucoup occupé de la performance énergétique des bâtiments une fois qu’ils sont construits, mais pas du tout de la façon de les construire, alors que cela représente la moitié des émissions de carbone. Et le bois permet d’avoir un chantier moins long, moins de poussière, huit fois moins de camions… Les avantages sont innombrables. »

Il a fallu vingt mois de chantier pour faire sortir ce bâtiment de terre. « Soit un gain de 5 à 6 mois par rapport à un matériau plus classique », souligne Nicolas Laisné. Pour l’architecte, les principales difficultés se trouvaient « au niveau de la recherche et développement, c’est-à-dire en amont de la construction. » Son cabinet a ainsi dû s’entourer « de beaucoup de bureaux d’études, dont ceux du promoteur Pichet, et nous avons travaillé tous conjointement à inventer des systèmes pour faire sortir ce bâtiment. » Pour le professionnel, il sera aussi important de structurer une véritable filière bois en France, afin de fournir les chantiers au plus près.

Des projets partout en France

Bordeaux, et notamment le périmètre Euratlantique où se situe Perspective, n’en a pas fini avec le bois. Deux tours en ossature bois seront également construites sur cette opération urbaine qui s’étale sur 730 hectares autour de la gare : Hyperion et Silva, qui culmineront à 57 m et 50 m.

Ailleurs en France, les travaux d’un immeuble d’habitation en bois de 50 m de haut doivent bientôt être engagés à Paris (13e). C’est un groupement composé de Bouygues-Bâtiment Ile-de-France qui en aura la charge. Horizons Bois, 12 étages, verra le jour à Rennes. D’autres projets sont en cours à Toulouse, Grenoble Le Havre… La filière bois ambitionne de dépasser les 10 % de parts de marché dans les prochaines années.