Bordeaux: Soutien exceptionnel pour Drita, une interprète albanaise menacée d'expulsion

SOCIETE Drita Kurtzmajlaj est très bien intégrée depuis quatre ans qu’elle vit en France, assurant des missions d’interprète auprès de plusieurs institutions. Sa menace d’expulsion a fait naître un collectif de soutien qui a remis ce vendredi au préfet des éléments nouveaux pour le rééxamen de son dossier…

Elsa Provenzano

— 

Un rassemblement initié par le collectif de soutien à Drita a rassemblé de nombreuses personnes, vendredi matin.
Un rassemblement initié par le collectif de soutien à Drita a rassemblé de nombreuses personnes, vendredi matin. — E.Provenzano / 20 Minutes
  • Une mobilisation était organisée ce vendredi à la préfecture pour que Drita, jeune albanaise menacée d’expulsion, obtienne un titre de séjour.
  • Son collectif de soutien a apporté des pièces supplémentaires à son dossier afin qu’il soit examiné de nouveau par le préfet.
  • La jeune femme a mené des missions d’interprètes auprès d’associations et d’institutions et créé une structure qui vient en aide aux sans-abri.

« Elle bosse ici, elle vit ici, elle reste ici », peut-on lire sur une pancarte installée à proximité de la préfecture de la Gironde. Ce vendredi, une délégation du collectif de soutien de Drita Kurtzmajlaj, jeune albanaise de 23 ans menacée d’expulsion, a été reçue par un représentant du préfet, à Bordeaux.

Très active dans le milieu associative, auprès des plus démunis, Drita a recueilli beaucoup de soutiens.
Très active dans le milieu associative, auprès des plus démunis, Drita a recueilli beaucoup de soutiens. - E.Provenzano / 20 Minutes

De nombreuses personnes se sont rassemblées devant la préfecture pour apporter leur soutien à la jeune femme, très bien intégrée en France depuis quatre ans et connue de nombreuses associations locales pour son engagement auprès de sans-abri. Drita, entourée de ses nombreux soutiens, était très émue : « cela me donne du courage pour avancer, explique-t-elle. C’est une situation qui provoque énormément de stress et de fatigue ».

De nouveaux éléments apportés au dossier

Les membres de la délégation ont demandé une admission exceptionnelle de séjour, en apportant des pièces supplémentaires au dossier, dans le but qu’il soit réexaminé. « On a apporté de nouveaux éléments comme des réquisitions que Drita a reçues pour assurer des traductions auprès de tribunaux, de la police nationale et de la prison d’Agen, fait valoir Brigitte Lopez, membre du réseau éducation sans frontières (RESF) et du collectif pour Drita. Ce serait assez effrayant que ces éléments ne changent pas la vision de la préfecture sur le dossier. »

Drita entourée des membres de la délégation reçue par un représentant du préfet de la Gironde, ce matin.
Drita entourée des membres de la délégation reçue par un représentant du préfet de la Gironde, ce matin. - E.Provenzano / 20 Minutes

Le collectif insiste pour rappeler que les demandes doivent être examinées de manière individuelle, alors que le représentant du préfet a tenté pendant l’audience de « ramener sans cesse le dossier sur la situation générale des réfugiés albanais », précise Brigitte Lopez. « Les réseaux mafieux qui envoient des familles en Europe existent mais là ça n’a rien à voir », a ajouté Jean-Claude Guicheney, président de la section Gironde de la ligue des droits de l’Homme.

Le collectif pour Drita fait valoir qu’elle a rendu des services particuliers à la nation, sans rétribution, et qu’elle est parfaitement intégrée en France. « RESF a rencontré Drita parce qu’elle lui a signalé que des enfants dormaient sous tente et n’étaient pas scolarisés », précise Brigitte Lopez pour souligner l’engagement de la jeune femme auprès des autres.

De nombreux soutiens politiques

Elle a été expulsée de l’hôtel où elle vivait il y a quinze jours et a reçu une obligation de quitter le territoire français. Ses parents, dont son père qui est très malade, sont aussi à Bordeaux. « La famille n’a plus aucun lien en Albanie », précise Jean-Claude Guicheney. Ils ont quitté leur pays parce qu’ils y étaient victimes de violences qui mettaient en péril leur sécurité.

La situation de Drita mobilise des élus de tous les bords politiques : le député de la France Insoumise Loïc Prudhomme était présent au rassemblement, ainsi que Matthieu Rouveyre (PS), représentant le Département. Les élus de la ville de Bègles et de Pessac ont pris position en faveur de l’obtention d’un titre de séjour pour Drita et sa famille, ainsi qu’Alain Juppé, maire de Bordeaux et président de la Métropole.

Une pétition a été lancée en ligne par le collectif et a déjà recueilli plus de 2.500 signatures. « On va tout faire pour que ce dossier prenne une ampleur nationale », conclut Brigitte Lopez, qui appelle à élargir encore la mobilisation.

La demande de révision du dossier ne suspend pas la procédure, l'obligation de quitter le territoire reste à l'heure actuelle exécutable, précise la préfecture.