Bordeaux: Le dictionnaire amoureux de Juppé, une opération séduction avant 2020?

POLITIQUE Ce jeudi, le maire de Bordeaux publie son « Dictionnaire amoureux de Bordeaux », aux éditions Plon. S’il ne s’est pas encore officiellement déclaré candidat à sa succession en 2020, il prépare en tout cas le terrain d’une campagne municipale avec cet ouvrage…

Elsa Provenzano

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Juppé écrit dans son livre
Juppé écrit dans son livre — NICOLAS TUCAT / AFP
  • Alain Juppé sort ce jeudi son « Dictionnaire amoureux de Bordeaux » aux éditions Plon, alors qu’il pourrait être candidat à sa succession en 2020.
  • Au-delà de l’histoire de la ville et des entrées réservées à ses figures emblématiques, il s’agit aussi de s’adresser aux Bordelais de façon plus décontractée.

Alain Juppé, maire de Bordeaux de 1995 à 2004 et depuis 2006, s’il ne s’est pas encore déclaré officiellement, n’exclut pas, à 73 ans, de se présenter de nouveau aux élections municipales de 2020. Et la sortie ce jeudi de son « Dictionnaire amoureux de Bordeaux », aux édition Plon, renforce l’idée qu’il pourrait repartir en campagne.

L’énarque, qui a notamment exercé les fonctions de Premier ministre et de ministre des Affaires étrangères y parle beaucoup de l’histoire de la ville et de ses grandes figures au premier rang desquelles les 3M (Montaigne Montesquieu et Mauriac). Mais il travaille aussi à rappeler ses racines landaises et à changer l’image, un peu austère, que le grand public nourrit vis-à-vis de lui. On vous résume ce qui ressemble un peu à une opération de com'...

  • Oui, je suis un homme du cru, qui parle comme tout le monde ici

Dès sa préface, Alain Juppé rappelle qu’il est né dans la région Nouvelle-Aquitaine, à Mont-de-Marsan, dans les Landes. « Bref, je me sens landais «pure laine»», écrit-il. Un homme du Sud Ouest donc, même s’il a habité la capitale lorsqu’il exerçait ses mandats nationaux et que cette image lui a un peu collé à la peau. « Quand, à Paris, chez le boulanger, je demande «une chocolatine», on me fait souvent répéter et je m’exécute : «un pain au chocolat s’il vous plaît» », raconte-t-il dans son livre. Il se souvient, au passage, d’expressions argotiques de son père, que l’on imagine mal son fils prononcer : « Il stigmatisait volontiers les «mounaques», êtres faibles comme des poupées de chiffon qui manquaient de «gnac», ou les «feignas» portés à la paresse, les «branleurs» ou les «brelles», grandes et petites. »

  • Oui, je suis un bon vivant

« J’aime, le dimanche en fin de matinée, aller faire un tour aux Capus (le marché des Capucins), saluer les commerçants, acheter de quoi compléter le repas dominical et, pour finir, partager quelques huîtres et un petit verre de blanc sec avec des amis », confie le maire de Bordeaux dans son ouvrage. S’il reconnaît qu’il cuisine très peu, il livre pourtant à ses lecteurs une de ses spécialités : la brouillade aux truffes. Il la déguste en alternant « une bouchée de brouillade et une gorgée d’un bon bordeaux rouge. Le plaisir à l’état pur. »

Il consacre une entrée à Jean-Pierre Xiradakis, qu’il appelle Xira, un restaurateur bordelais de renom, qui a dirigé La Tupina. « Dès l’entrée, tout fleure bon le Sud-Ouest : la grande cheminée où les poulets des Landes tournent sur leurs broches, les tricandilles qui grésillent encore, les généreuses côtes de bœuf qui ne peuvent être que de race bazadaise, ou blonde d’Aquitaine… » se souvient-il.

  • Non, je ne suis pas vieux

« Bordeaux, spot de skate », écrit-il, précisant immédiatement qu’il a en horreur le « franglais » mais qu’il ne peut y échapper sur ce sujet. « J’ai fait installer un grand skate-park dont la fréquentation a dépassé toutes les prévisions ; ses parois sont décorées par des graffeurs de talent (autre spécialité bordelaise) », se félicite-t-il. 

Il chante les louanges de Denis Mollat, à la tête de la librairie indépendante bordelaise  qu'il décrit comme un précurseur sur le web : « Denis est aussi un geek qui a très tôt compris que sa librairie ne pouvait être absente du Net ».

  • Non, je ne suis pas que droit dans mes bottes

On apprend au fil des pages que le maire de Bordeaux fait partie de la Confrérie de la morue : « J’ai le souvenir, un peu vague je le concède, de mon intronisation, sur les quais de Bordeaux, où, revêtu d’un ciré de pêcheur, j’avais été adoubé d’un coup de queue de morue séchée, plutôt coriace ».

Il est aussi chevalier de l’ordre du Pélican noir, dont la Confrérie, née à Bordeaux en 1999 regroupe les admirateurs d’Hergé et de son œuvre. Apprenant cela, le bourgmestre de Bruxelles a même remis à Alain Juppé une maquette de la fusée d’Objectif Lune, qui trône sur son bureau, à l’hôtel de ville.

  • Oui, je pense à votre avenir

Il évoque en conclusion les travaux autour de Bordeaux 2050, exercice de projection collectif, et les défis qui attendent la métropole dans les années à venir. Parmi eux celui de la mobilité : « Comment nous déplacerons-nous dans trente ans? Toujours en voiture, mais alors électrique? En véhicule autonome? En objet volant? Ou... à bicyclette, voire sur des trottinettes à moteur (on en voit de plus en plus)? » écrit-il. L'enjeu principal derrière le développement de la métropole au cours des trente prochaines années, et selon certains il se fait déjà sentir, c'est la préservation de la qualité de vie bordelaise. 

Nul doute qu’il compte continuer à prendre part aux transformations futures que le projet Bordeaux 2050 tente d'esquisser.