Bordeaux: Pourquoi l’utilisation des produits phytosanitaires dans le vignoble sera-t-elle en hausse en 2018 ?

ENVIRONNEMENT Pour les blancs comme pour les rouges, 2018 s’annonce comme un très bon millésime à Bordeaux. Mais pour lutter contre les événements climatiques et le mildiou qui ont touché le vignoble au printemps, les produits phytosanitaires ont été nécessaires…

Mickaël Bosredon

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Illustration d'un épandage dans des rangs de vigne.
Illustration d'un épandage dans des rangs de vigne. — ARDEA/MARY EVANS/SIPA
  • Le Comité interprofessionnel du vin de Bordeaux (CIVB) explique que face aux aléas climatiques, les viticulteurs ont bien été obligés de se protéger pour sauver leur récolte.
  • Si l’utilisation de produits phytosanitaires devrait être en hausse en 2018 dans le Bordelais, la tendance générale reste à la diminution des produits les plus dangereux, soutient le CIVB.
  • L’utilisation du cuivre, pesticide d’origine naturelle, pourrait être remise en cause ce qui pourrait affecter des exploitations viticoles.

2018 sera « vraisemblablement un très bon millésime, pour les blancs comme pour les rouges », a annoncé lundi 15 octobre Allan Sichel, président du Comité interprofessionnel du Vin de Bordeaux, au siège du CIVB. Oui, mais à quel prix ? Car 2018 est surtout une année qui « ne nous a pas épargnés avec encore des orages de grêle et une pluviométrie importante, et surtout une continuité de cette situation humide tout au long du printemps qui est venue poser son lot de préoccupations aux viticulteurs, qui ont déployé toute leur énergie pour limiter la propagation du mildiou. » Une propagation qui a fait craindre le pire aux professionnels, avant que l’épidémie ne s’arrête en juillet. « Heureusement, on a été béni par un été exceptionnel, avec beaucoup d’ensoleillement et surtout des nuits fraîches ».

« Il y aura même des déconversions en bio en 2019 »

« Nous avons vécu une climatologie que nous n’avions pas connue depuis quarante ans, avance même Bernard Farges, vice-président du CIVB, et lui-même viticulteur à Mauriac en Gironde. Donc il a fallu sauver les meubles. » Comprendre que cette année, le tonnage de produits phytosanitaires utilisé pour traiter la vigne sera en forte augmentation dans le Bordelais. Cela même alors que les vins de Bordeaux sont régulièrement pointés du doigt pour leur utilisation de produits chimiques, et que le CIVB s’est engagé pour « sortir des pesticides ».

Alors, oui, Allan Sichel s’attend à « ce que l’on nous tombe encore dessus ». D’autant plus que Bernard Farges ajoute que la situation va perdurer jusqu’à début 2019. « Après les épisodes de gel et de grêle de ces deux dernières années, les viticulteurs vont vouloir verrouiller, qu’ils soient en bio ou pas. Ils ne vont pas supporter de prendre une troisième fois une récolte déficitaire, et ils ne vont prendre aucun risque. » Le vice-président du CIVB annonce même qu’il y aura des « déconversions en bio en 2019, et pas qu’à Bordeaux. »

« Il ne faut pas regarder une année ou deux, mais la tendance »

Les deux hommes forts du Comité interprofessionnel du vin de Bordeaux réclament pourtant de la « compréhension », et demandent aux médias de faire de la « pédagogie » plutôt que de céder au « sensationnalisme. » « Lorsqu’il y a des épisodes exceptionnels comme on vient d’en connaître en 2018, il faut bien se donner les moyens de se protéger », tonne Bernard Farges. « Sur un millésime comme celui-là, on va avoir de fortes augmentations [d’utilisation de produits phytosanitaires], mais cela ne remet pas en cause notre volonté d’aller vers une viticulture plus engagée », surenchérit Allan Sichel. « Il ne faut pas regarder une année ou deux, mais la tendance. »

Selon le CIVB, en 2017, 60 % du vignoble de Bordeaux était certifié par une « démarche environnementale » contre 55 % en 2016. L’objectif reste 100 % du vignoble engagé d’ici à 2026. Et même avant si possible.

Davantage de produits d’origine naturelle

Mais ce que le CIVB veut surtout faire comprendre, c’est que « le tonnage de produits phytosanitaires n’est pas un bon indicateur », car le volume global de produits utilisés peut très bien augmenter sur une année, mais les produits « les plus toxiques » – c’est-à-dire les plus chimiques – diminuer au profit d’autres substances plus naturelles et moins dangereuses telles que le soufre ou le cuivre. « Et la tendance reste à la diminution des produits les plus dangereux », soutient Bernard Farges.

Le cuivre notamment est un pesticide d'origine naturelle utilisé dans la viticulture pour lutter contre le fameux mildiou. Il reste nécessaire pour les exploitations en conventionnel, et c’est même le seul pesticide autorisé pour les exploitations bio, même s’il n’est pas exempt de tout reproche, loin de là. « Des concentrations excédentaires en cuivre ont des effets néfastes sur la croissance et le développement de la plupart des plantes, sur les communautés microbiennes et la faune des sols », notait en janvier dernier l’Inra, dans une expertise scientifique pour « réduire l’usage du cuivre en protection des usages biologiques ».

L’utilisation du cuivre bientôt limitée ?

L'homologation actuelle de l'utilisation du cuivre arrive à son terme en janvier 2019, et une menace sérieuse d’interdiction pure et simple planait de la part de la commission européenne. Elle semble aujourd’hui écartée, au grand soulagement de Bernard Farges. « Il n’y a pas de substitution possible au cuivre quand on est en bio, soutient le viticulteur. On ne peut pas se passer du cuivre, hormis dans les régions où l’on n’est pas exposé au mildiou mais c’est assez rare ». En revanche, l’utilisation de ce produit risque d’être limité. « Certaines années, cela ne passera pas », prévient d’ores et déjà Bernard Farges.

2018 a en tout cas réussi à passer entre les gouttes, même si « sans la grêle et le mildiou, on aurait eu une plus grosse récolte ».