Projet de fusion métropole-département: Juppé pointe un risque de «décrochage» de Bordeaux si elle ne participe pas

COLLECTIVITES Le président de Bordeaux Métropole est longuement revenu ce lundi sur le projet de réforme des collectivités souhaité par Emmanuel Macron, alors que le président du département de la Gironde a fortement mobilisé contre cette réforme samedi dernier…

Mickaël Bosredon

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Quelque 600 personnes, dont une majorité d'élus, se sont mobilisés le 13 octobre contre le projet de fusion métropole/département en Gironde.
Quelque 600 personnes, dont une majorité d'élus, se sont mobilisés le 13 octobre contre le projet de fusion métropole/département en Gironde. — Conseil départemental de la Gironde
  • Le président PS du département Jean-Luc Gleyze a mobilisé samedi 600 personnes contre le projet de fusion métropole-département souhaité par Emmanuel Macron.
  • Alain Juppé ne se dit pas « hostile » pour sa part à ce projet, mais il y met des conditions, et surtout estime qu’il a été « mal engagé ».
  • Il pointe toutefois un risque de « décrochage » si Bordeaux Métropole n’y participe pas, face à d’autres métropoles comme Marseille, Nice et Toulouse.

Après l'épreuve de force menée samedi par le président du conseil départemental de la Gironde, Jean-Luc Gleyze (PS), contre le projet de métropoles d'intérêt européen souhaité par Emmanuel Macron, Alain Juppé est longuement revenu sur le sujet ce lundi.

Il a rappelé que s’il n’a « rien demandé » il n’est pas non plus « intellectuellement hostile à ce projet, car il est évident que l’organisation territoriale est très complexe ». Il déplore ainsi que sur le territoire de la métropole, cela fait « des mois » qu’il essaye « de mettre d’accord le département et Bordeaux Euratlantique pour construire deux collèges sur ce périmètre ». Ce qui coince en raison « d’un problème d’ego ». « Si c’était la métropole qui était en charge des collèges, il y a longtemps que le sujet serait conclu. »

Gleyze prend la tête de la fronde contre la réforme

Le projet du président Emmanuel Macron vise en effet à transférer à la métropole les compétences du département, comme celles de la construction des collèges, ou encore des aides sociales. Cinq métropoles seraient concernées, Bordeaux, Toulouse, Nantes, Lille et Nice - même si Nantes a déjà annoncé qu’elle ne donnerait pas suite -, sur le modèle de ce qui a déjà été fait à Lyon, et qui est en cours à Marseille dans un modèle un peu différent.

Un projet de réforme contre lequel Jean-Luc Gleyze s'est fermement élevé. C’est pourquoi il a décidé de prendre la tête d’un mouvement de contestation, qui se répand au sein de plusieurs collectivités et d’associations. Samedi, il a ainsi réuni près de 600 personnes à Bordeaux, dont un grand nombre d’élus.

Juppé dénonce les « sornettes » avancées par le conseil départemental

Alain Juppé concède que « la façon dont la réforme a été engagée n’est pas bonne » notamment parce que « les départements n’ont pas été informés ». Mais aussi parce que « le calendrier est extrêmement périlleux, puisque compte tenu de la probable opposition du Sénat, rien ne sera bouclé dans les mois qui viennent, donc on va se retrouver en pleine campagne électorale avec un débat qui sera pipé. »

S’il dit « comprendre » la mobilisation du conseil départemental, en revanche il dénonce la « politique politicienne ». « Quand on fout la trouille aux associations et aux maires ruraux en leur disant que la participation du département va baisser et qu’il ne pourra plus les subventionner, ce sont des sornettes. Il est bien prévu que les départements conservent exactement la même capacité [de financement] qu’avant la réforme, et ils ne verront pas leurs moyens diminuer. Dire cela c’est dresser les communes rurales contre la métropole, et ce n’est pas une bonne action. »

Deux conditions « essentielles » à une participation de Bordeaux Métropole

Le maire de Bordeaux rappelle qu’il a posé à Emmanuel Macron deux conditions « essentielles » à une éventuelle participation de Bordeaux Métropole : « La première c’est qu’on ne nous transfère pas de reste à charge "social", puisque l’Etat n’assume pas la totalité des financements qu’il devrait assumer au titre du RSA et d’autres aides sociales, et deuxièmement que les libertés communales soient préservées. »

Si Alain Juppé se montre donc prudent, il pointe néanmoins un « risque » si jamais Bordeaux ne participe pas au projet : celui de « décrocher » face à des métropoles comme Marseille, Nice, et Toulouse qui deviendraient, elles, des métropoles d’intérêt européen.