Bordeaux: Darwin assigné devant la justice ce lundi

JUSTICE Ce lundi, une audience se tiendra devant le tribunal de Grande Instance de Bordeaux après la plainte en référé déposée par la SAS Bastide Niel. Elle demande l’expulsion de certaines activités de Darwin pour avancer le chantier de construction de logements…

Elsa Provenzano

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L'aménageur du quartier Bastide Niel demande l'expulsion d'activités associatives présentes à Darwin.
L'aménageur du quartier Bastide Niel demande l'expulsion d'activités associatives présentes à Darwin. — E.Provenzano / 20 Minutes
  • Une audience devant le tribunal de Grande instance a lieu lundi à Bordeaux, après une plainte en référé de l’aménageur du quartier Bastide Niel qui demande l’expulsion de certaines activités de Darwin.
  • L’écosystème assure que ces expulsions menacent l’ensemble de l’activité du site. Elle souligne aussi le manque de concertation et de solutions proposées pour assurer la continuité des activités pendant le chantier.
  • L’aménageur met en avant sa mission de mener un projet d’intérêt public, voté par les élus de la Métropole.

Alors que le projet de Darwin à Bordeaux a été soutenu et mis en avant par les autorités, au point de figurer sur le site de l'office du tourisme (il attire un million de visiteurs par an), les fondateurs estiment aujourd’hui que l’avenir du site entier est menacé par le projet immobilier voisin.  Une tribune de soutien à Darwin signée de 100 personnalités a été publiée dans le Monde, ce jeudi.

Après deux ans de négociations infructueuses, le dialogue avec l’aménageur en charge de la construction de la zone d’aménagement concertée ZAC Bastide Niel​ est rompu et celui-ci a déposé une plainte en référé pour expulser certaines activités (le skate park, l’association Emmaüs, et la ferme urbaine) qui gênent l’avancée du chantier. Le tribunal de grande instance se penche sur ce dossier sensible ce lundi.

Des occupations temporaires

Depuis 2010, la caserne Niel et des friches urbaines voisines, situées sur la rive droite bordelaise ont été investies par le groupe Evolution, porteur du projet Darwin, qui mêle du coworking, du commerce (restaurant et épicerie bio) et accueille une cinquantaine d’associations. Le site pèse 700 emplois et accueille 15.000 usagers par semaine. C’est un modèle original puisque les associations sont financées grâce à l’activité marchande des Darwiniens. Si le groupe Evolution est propriétaire d’une partie du site, certains emplacements, occupés aujourd’hui par un club de skate park, l’association Emmaüs, et une ferme urbaine faisaient l’objet d’une autorisation temporaire d’occupation (AOT)

« Nous ne sommes pas contre la ZAC Bastide Niel, nous ne demandons pas l’arrêt du chantier, mais que ce qui a été fait ici, et largement validé par les institutions et les autorités, reste en activité dans son périmètre actuel », fait valoir Philippe Barre, l’un des fondateurs de Darwin. Si des autorisations dites temporaires avaient été délivrées pour accompagner le développement de cet écosystème inédit, il estime que le modèle darwinien a fait ses preuves.

« On est peut-être à présent sans droit ni titre en termes de baux mais l’occupation est validée par les élus et la commission de sécurité, est-ce que ça ne fait pas office d’autorisation ? », pointe Philippe Barre. « Nous sommes concessionnaires pour la Métropole, nous sommes des exécutants d’un programme parfaitement clair », se défend Pascal Gérasimo, président de la SAS Bastide Niel (qui réunit Bordeaux Métropole Aménagement, Aquitanis et Domofrance).

Et, Philippe Barre rappelle que certaines activités comme le roller derby ou Emmaüs ont été envoyées sur le site par la municipalité elle-même. Des événements publics ont aussi été organisés par l’institution sur ces sites, y compris après 2016, date du début du conflit. Par voie de presse, des annonces concernant des prolongations d’autorisation pour le Skate Park, qui compte 5.000 adhérents, Emmaüs et même la ferme urbaine ont été prononcées mais Darwin n’a jamais eu d’engagements officiels sur ces secteurs.

« On veut nous asphyxier »

L’expulsion demandée de certaines activités associatives et l’impact du chantier sur l’allée cavalière, qui jouxte le site de Darwin, inquiètent les Darwiniens. « On veut nous asphyxier, on ne nous prend pas en compte et on ne sait pas si on va pouvoir accueillir nos clients et fournisseurs, se lamente Thierry Morel, un entrepreneur installé sur le site. Pourquoi ne vont-ils pas à 200 mètres, là où il n’y a pas d’entreprises ? C’est aberrant. » « On a présenté des solutions depuis juillet pour assurer la continuité du fonctionnement des lieux », assure Pascal Gérasimo qui rappelle que ce sont « des travaux d’intérêts publics ». Et de souligner, « il faut aussi que Darwin tienne compte du quartier de ville et de vie qui se construit. »

Le passage des réseaux du futur quartier qui représente un investissement de 160 millions d’euros a été décidé dans cette allée Cavalière, collée au site de Darwin. « Le projet a été discuté pendant un an par la Métropole et différents services et, on remet en cause tout ça pour une ferme urbaine, c’est-à-dire quelques plants de tomates ! », s’emporte le président de la SAS Bastide Niel.

« La crispation autour de Darwin est un écran de fumée pour masquer et justifier les retards qu’il a pris, on va nous faire croire que la moelle épinière de la ZAC de 35 hectares c’est Darwin ! », s’agace Philippe Barre. Aucun doute, le dialogue est rompu et c’est bien maintenant à la justice de trancher.