VIDEO. Bordeaux: La livraison de colis par drone «ne se fera pas avant 2022»

INNOVATION Alors que s'est ouvert mercredi à Mérignac (Gironde) le salon européen du drone professionnel, «20Minutes» fait le point avec la société Air Marine sur son projet de livraison de colis par drone...

Mickaël Bosredon

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La société Air Marine effectue des tests d'atterrissage de précision pour son projet de livraison par drones.
La société Air Marine effectue des tests d'atterrissage de précision pour son projet de livraison par drones. — Air Marine
  • L'UAV Show, salon européen du drone professionnel, dure jusqu'à vendredi à Mérignac.
  • Air Marine est une société de Léognan (Gironde) qui travaille sur la livraison de colis par drone, dans le cadre du projet Pelican de la région Nouvelle-Aquitaine.
  • La métropole de Bordeaux s'est positionnée pour devenir un territoire précurseur de la mobilité par drone.

Livraison de colis, transport de passagers sur de courtes distances… On prête au drone un avenir radieux en milieu urbain, où il pourrait résoudre une partie du problème de congestion routière qui touche les grandes villes. Si à l’étranger, la livraison de colis par drone est déjà une réalité, en France on en est au stade de l’expérimentation. Et Bordeaux s’est rapidement positionné pour devenir un territoire précurseur en la matière.

La région Nouvelle Aquitaine a ainsi lancé le projet Pelican (Projet d’Etude de Livraison de Colis Aérien en Nouvelle-Aquitaine) concernant la livraison de colis par drones, s’appuyant sur la proximité des entrepôts du géant de la vente en ligne Cdiscount, basé à Cestas, et très intéressé par cette démarche. Elle a également signé il y a quelques semaines avec Bordeaux Métropole une lettre d'intention autour de la mobilité urbaine aérienne, « Urban Air Mobility », afin d’étudier « la dimension aérienne dans la mobilité de demain, notamment en termes de tourisme, business ou logistique. » Là, il s’agirait pourquoi pas de tester du transport de passagers, entre les gros paquebots qui accostent sur les quais bordelais, et le centre-ville ou les vignobles. Cela pourrait aussi concerner du transport de patients entre des hôpitaux.

Un écosystème foisonnant autour de Bordeaux

Il faut dire que Bordeaux s’appuie sur un écosystème foisonnant en matière de drones, avec les clusters drone Aetos et Topos, le pôle Aerospace Valley, des industriels comme Thales et des entreprises comme Air Marine, spécialisée dans les prestations de surveillance des réseaux (eau, gaz, routes…) par drone ou par avions. Un laboratoire bordelais, l’IMF (Université de Bordeaux/CNRS) étudie de son côté tout ce qui touche aux communications avec les autres usagers de l’air pour éviter les collisions.

La ville de Mérignac accueille à partir de ce mercredi et jusqu’à vendredi l'UAV Show, salon européen du drone professionnel. L’occasion d’interroger Gilles Olichon, PDG d’Air Marine, société de Léognan qui se trouve au cœur des expérimentations menées actuellement sur Bordeaux.

« Les livraisons se feront dans un premier temps au niveau d’installations communes en ville »

L’entreprise est depuis plusieurs semaines en phases de tests concernant la livraison de colis, qu’il s’agisse d’atterrissage de précision du drone, de convoyage du colis de la zone de retrait jusqu’à la zone client, ou encore du chargement et déchargement du drone. « On fait des tests pour valider différentes technologies, explique Gilles Olichon, sachant que dans notre concept, les livraisons se feront dans un premier temps au niveau d’installations communes en ville. » C’est pourquoi Relais Colis est également partenaire de l’expérimentation menée dans le cadre du projet Pelican.

« Ce qui nous intéresse particulièrement durant cette phase de tests, ce sont ces points durs du chargement et déchargement du drone. Nous développons ainsi un terminal qui sera le point de connexion sur lequel se pose le drone. Il joue un rôle très important dans l’exploitation de la livraison de colis, car il va servir aussi au guidage du drone en approche. »

Des colis entre 5 et 10 kg

Selon Gilles Olichon, « l’idée selon laquelle le colis par drone va être livré sur le balcon ou dans le jardin du client n’est pas raisonnable. » Cela « pose beaucoup trop de problèmes de sécurité, dans la mesure où le drone ne pourra pas être au contact direct du client, qui potentiellement peut être quelqu’un de malveillant, ou plus simplement imprudent et venir contrarier la navigation du drone. On sera obligé de mettre en place des réceptacles pour que le drone puisse se poser sans que personne n’intervienne sur sa trajectoire. Aujourd’hui, la cible prioritaire ce sont des installations collectives - point de retrait, en haut d’un immeuble, au sein d’une entreprise… - et dans un second temps on pourra imaginer développer ces terminaux au sein d’un maillage plus fin, pour être au plus près du client. »

Démonstration d'atterrissage de précision pour un drone de livraison, le 8 octobre 2018 au château de France (Gironde).
Démonstration d'atterrissage de précision pour un drone de livraison, le 8 octobre 2018 au château de France (Gironde). - Air Marine

Air Marine prévoit de transporter des colis entre 5 et 10 kg dans un premier temps. Quant au calendrier, Gilles Olichon envisage un lancement « pas avant 2022. » « Les contraintes, ce ne sont pas le drone en lui-même, mais celles de la navigation aérienne, et plus exactement la gestion du trafic. Aujourd’hui elle n’existe pas, hormis sur des missions ponctuelles, et c’est l’UTM ("unmanned-aircraft-system traffic management") qui rendra le concept industriel, mais il n’arrivera pas en France avant quatre ans. »

L’humain est-il capable d’accepter de se faire transporter par un engin sans pilote ?

Concernant le transport de passagers par drones, « il n’y a qu’une seule chose qui change véritablement, souligne Gilles Olichon, c’est la masse, et donc l’énergie qu’accumulera le drone. » Les installations qui recevront le drone devront, de même, être plus conséquentes. « Cela pose des difficultés économiques mais d’ici à cinq ans, cela peut s’envisager », estime le PDG d’Air Marine.

Il relève toutefois que « ces systèmes robotisés, qui sont de plus en plus fiables, posent une autre problématique, celle de l’acceptabilité sociale : est-ce que l’humain est capable d’accepter que l’objet volant qui le transporte soit un système sans pilote ? »

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