Bordeaux: La colère d'un prof d'université face à la crise du logement étudiant

IMMOBILIER Un enseignant de l'université de Bordeaux en appelle à « la conscience collective des Bordelais », pour trouver des solutions face aux difficultés de logement que rencontrent les étudiants...

Mickaël Bosredon

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L'enseignant Marc Carrey, et l'étudiant Olivier, dénoncent la crise du logement étudiant qui affecte particulièrement Bordeaux.
L'enseignant Marc Carrey, et l'étudiant Olivier, dénoncent la crise du logement étudiant qui affecte particulièrement Bordeaux. — M.Bosredon/20Minutes
  • L’enseignant placarde des affiches pour essayer de trouver des solutions de logement aux étudiants qui viennent le voir.
  • Il dénonce la logique inflationniste du marché immobilier bordelais et le phénomène AirBnB qui retire des appartements de la location classique.
  • Plusieurs étudiants sont obligés de s’en sortir comme ils peuvent s’ils ne veulent pas tirer un trait sur leur année scolaire.

Enseignant à l’Université de Bordeaux, au collège Sciences et Technologies sur le campus de Gradignan, Marc Carrey anime par ailleurs depuis des années le Care (Centre d’aide pour la réussite des étudiants), pour aider les jeunes à réussir leur cursus dans les meilleures conditions possible. Des conditions qui ne sont plus, à ce jour, réunies, dénonce le professeur.

« Je reçois beaucoup de jeunes, et de plus en plus sont prêts à arrêter leurs études car ils ne trouvent pas de logement sur Bordeaux ou sa banlieue », enrage Marc Carrey, qui assure n’avoir jamais connu situation aussi catastrophique qu'en cette rentrée. « Le problème de logement à Bordeaux n'est pas nouveau, mais les années précédentes on n’avait pas plus de trois ou quatre jeunes qui ne trouvaient pas, et on finissait par mettre en place des solutions. Là, c’est entre cinq et six par département, soit plusieurs dizaines de jeunes qui ne peuvent pas se loger. C’est un scandale social. »

« Tous responsables »

Persuadé que « nous sommes tous responsables » de cette situation, Marc Carrey en appelle « à la conscience collective des Bordelais. » « Bien sûr qu’il y a une dimension politique à cette crise, mais il n’existe pas de baguette magique non plus, alors j’appelle chacun d’entre nous à faire quelque chose. » L’enseignant a ainsi placardé des affiches un peu partout pour solliciter les Bordelais qui auraient un logement, ou une solution à proposer.

L'enseignant Marc Carrey a placardé des affiches en appelant à la conscience des Bordelais pour trouver des solutions de logement aux étudiants.
L'enseignant Marc Carrey a placardé des affiches en appelant à la conscience des Bordelais pour trouver des solutions de logement aux étudiants. - M.Bosredon/20Minutes

Le professeur demande aussi à ce que la « logique inflationniste cesse » pointant du doigt « le phénomène AirBnB à Bordeaux. » « Il est évident que c’est cette grande mode qui vient, cette année, accroître la crise du logement, en supprimant des appartements du marché classique. Alors, je comprends que AirBnB ce soit hyperrentable, mais il faut aussi ouvrir les yeux sur une jeunesse qu’on sacrifie, et sur une crise qui peut aussi toucher ses propres enfants. »

Levé à 4h, rentré à 22h

« J’étais premier sur liste d’attente pour intégrer le département Génie Civil depuis le 1er juillet, et j’ai été accepté le 29 août, alors que la reprise des cours était fixée au 3 septembre » raconte Olivier. « J’arrive de Toulouse, et bien entendu je n’ai pas eu le temps de me retourner pour trouver un studio ou une chambre, et depuis le 1er septembre je dors chez un copain qui a un studio dans Bordeaux, mais ce n’est pas une solution très viable. J’ai déjà fait une quinzaine d’agences sur Bordeaux, tout est vide, et au Crous c’est plein… » Olivier est également remonté contre le système Parcoursup qui l’a prévenu trois jours avant la rentrée de son affectation.

Marc Carrey raconte également le cas de cet étudiant en Licence Professionnelle : « Il habite Tarnos (Landes) et faute de logement il fait le voyage tous les jours par train, donc il se lève à 4 h et rentre à 22 h. Les parents ont préféré cette solution à celle de lui faire arrêter ses études. On en est là. » Ou de cet alternant salarié et étudiant, « qui a un budget de 800 euros et qui ne trouve pas. » « Il y a des propriétaires qui sont trop gourmands », dénonce le professeur, qui dit voir passer « des annonces de studios à 700 ou 800 euros. »

« On est en train de dire à des étudiants des quatre coins de la Nouvelle Aquitaine de venir ici, alors qu’on n’a pas les moyens de les accueillir. » Marc Carrey rappelle que l’université a déjà demandé aux professeurs de « trouver des solutions » quand ils le pouvaient. « On peut réussir à en caser quatre-cinq par ci, par là, mais il nous faudrait environ une centaine de places, tout de suite. Et je suis persuadé qu’en sollicitant les Bordelais, on peut les trouver ces cent places. »