Illustration du port de Bassens - Photo : Sebastien Ortola
Illustration du port de Bassens - Photo : Sebastien Ortola — S. ORTOLA / 20 MINUTES

INFO 20 MINUTES

Bordeaux: La grève suspendue au Grand Port Maritime, le dragage va reprendre

Alors que la gestion du Grand port maritime de Bordeaux a été vivement critiquée par la sénatrice Nathalie Delattre et le député Benoît Simian dans une lettre ouverte, la direction du port vient d’annoncer ce lundi une sortie du conflit social. Les discussions reprendront en fin d’année…

  • La grève est terminée au Grand Port Maritime de Bordeaux, les opérations de dragage vont reprendre ce mardi.
  • Les discussions avec les représentants du personnel sont reportées à la fin de l'année, après le rendu des audits sur l'activité du port. 
  • La direction du port met en avant des difficultés conjoncturelles et liées à l'exploitant du matériel portuaire. 

« C’est l’existence même du port qui est directement menacée », estiment la sénatrice Nathalie Delattre et le député Benoît Simian, dans une lettre ouverte fustigeant la gestion du port et adressée à la ministre des transports Elisabeth Borne, en visite en Gironde en fin de semaine dernière.

Ils demandent à l’Etat des mesures d’urgence, listant des dysfonctionnements graves et problèmes de gouvernance du port, dont l’activité péricliterait. « Départ annoncé de la société MSC (Mediterranean Shipping Company), incapacité à remettre en service le terminal du Verdon, mouvements sociaux quasi quotidiens… A ce stade, ce ne sont plus des vents contraires, mais un sabordage en règle ! », écrivent-ils, parlant d’un risque de « fiasco industriel ».

Arrêt des débrayages

« La situation d’urgence concernait le dragage pour que l’entretien du chenal se fasse correctement, répond à 20 Minutes Louis Leuret, secrétaire général du Grand Port Maritime de Bordeaux. Un conflit social avait empêché une reprise du dragage après l’arrêt technique qui a lieu une fois par an mais la levée du conflit a été actée et l’activité reprend dès ce mardi ».

La partie n’est que remise puisque les représentants des salariés du port (340 personnes) ont convenu d’attendre le rendu des audits demandés par le premier ministre. « On a eu quelques miettes et on a convenu d’attendre la fin de l’audit pour se remettre autour de la table, fin novembre ou début décembre », confirme Cyril Mauran, secrétaire général de la CGT au port de Bordeaux. Une bouffée d’air pour l’établissement public, contre lequel les attaques se multiplient depuis plusieurs mois.

Louis Leuret convient qu’il y a « une conjoncture compliquée sur un certain nombre d’éléments » et rappelle que l’activité portuaire est « tributaire d’aspects géopolitiques et climatiques ». Le port de Bordeaux a un trafic annuel de huit millions de tonnes de marchandises, répartis sur ses sept terminaux spécialisés, qui a baissé de 7 % en 2017 et son chiffre d’affaires est de 46 millions d’euros.

Le départ de l’armateur MSC serait lié à une dégradation des services proposés par BAT, la société privée qui exploitait les grues et le matériel portuaire, aujourd’hui en redressement judiciaire. Depuis 2008, le port n’a plus le droit d’exploiter ce matériel portuaire et aurait été pénalisé par les difficultés de l’opérateur. « Nous créons une filiale car on ne peut pas exploiter en direct », précise le secrétaire général du port de Bordeaux. Une audience pour la reprise de l’activité de BAT est prévue le 17 octobre devant le tribunal administratif.

Des relations difficiles entre le port et les collectivités

Le port est décrit dans cette lettre ouverte comme replié sur lui-même, sans relation constructive avec les collectivités locales. Les élus locaux ont d’ailleurs régulièrement tapé sur le port, à tour de rôle. « Toutes les collectivités sont représentées au sein du conseil de surveillance », précise Louis Leuret. « Les collectivités elles-mêmes ne comprennent pas où vont les investissements », s’étrangle le représentant CGT.

Sur les 17 membres, on compte cinq représentants de l’Etat, quatre représentants des collectivités locales, cinq personnalités qualifiées et trois représentants du personnel. « Il faudrait davantage de représentants des collectivités au sein de ce conseil et que l’Etat prenne ses responsabilités, estime Cyril Mauran. Il nous faut un meneur à la barre du Grand Port Maritime ». Il n’hésite pas à parler d’un besoin de renouveau à la tête de l’infrastructure portuaire.

Nathalie Delattre a déposé une proposition de loi en vue de permettre le transfert de la gouvernance des grands ports maritimes vers les conseils régionaux. « Le port de la Rochelle végétait quand il était régionalisé et réalise à présent 10 millions de tonnes, après être devenu Grand Port Maritime », estime Cyril Mauran.

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