Bordeaux: La gratuité dans les transports en commun, ce n’est pas pour demain

FINANCES Les élus de Bordeaux Métropole ont été amenés en cette rentrée, à s’exprimer sur le débat concernant la gratuité dans les transports, et rejettent fermement cette idée…

Mickaël Bosredon

— 

Tramway du réseau de transport public TBC à Bordeaux
Tramway du réseau de transport public TBC à Bordeaux — M.BOSREDON/20MINUTES
  • Pour Christophe Duprat, une gratuité n’est envisageable que dans les réseaux où les recettes couvrent une faible partie des coûts.
  • Ce n’est pas le cas à Bordeaux, où il faut, au contraire, investir de plus en plus dans le réseau.
  • Alain Juppé dit de son côté préférer « mettre l’argent » dans une grande « véloroute ».

Relancé depuis la rentrée, le débat sur la gratuité dans les transports en commun urbains est arrivé jusqu’à Bordeaux. Mise en place dans une vingtaine de villes en France à ce jour, la gratuité est réputée ne concerner que les petites agglomérations. En l’occurrence, seules des villes de la taille de Niort, Châteauroux, Aubagne ou Dunkerque ont effectivement franchi le pas. C’est-à-dire là où les recettes (la billetterie) ne couvriraient qu’une faible part du coût du réseau.

Mais la maire de Paris Anne Hidalgo (PS) a jeté un pavé dans la mare en mars dernier, en disant y réfléchir. Elle devait lancer une étude sur le modèle économique de cette gratuité des transports dans l’agglomération parisienne, dans la perspective de la mettre en place d’ici à 2020.

« Si c’est gratuit, qui paye ? »

A ce jour, cette réflexion n’est pas d’actualité du côté de Bordeaux Métropole, l’organisateur des transports publics. Le débat aurait même tendance à agacer les élus bordelais. « C’est un fantasme que je ne comprends pas bien, a ainsi lancé Alain Juppé vendredi dernier, à l’occasion du débat Mobilité et Santé, en présence de la ministre des Transports Elisabeth Borne. Si c’est gratuit, qui paye ? Le transport n’est pas gratuit, il coûte même cher. A Bordeaux, l’usager paye le tiers de ce que cela coûte. Le reste c’est le contribuable. Il faudrait donc faire supporter 100 % du coût au contribuable ? Alors même que nous sommes dans une situation où il est exclu d’augmenter les impôts, parce qu’il y a une allergie à la fiscalité - ce que je peux comprendre, car elle est déjà très élevée - ? »

« Il y a des travaux à réaliser tous les ans, du matériel à acheter… Tout ceci se fait sur la recette voyageurs, de l’ordre de 80 millions d’euros par an, et grâce au versement transport (VT) collecté auprès des entreprises et qui représente environ 180 millions d'euros », rappelle de son côté Christophe Duprat, vice-président en charge des transports à Bordeaux Métropole. Pour l’élu, les utilisateurs contribuent donc fortement à l’équilibre financier du réseau, ce qui n’est pas forcément le cas de réseaux comme Dunkerque. Et la suppression des coûts liés aux contrôles des titres de transport, n’abaisserait que marginalement les charges pour l’opérateur de transport. Bref, conclut Christophe Duprat, « ne pensons pas un seul instant que, dans des agglomérations importantes comme Bordeaux, on puisse raser gratis demain. »

Le véritable débat se situerait même diamétralement à l'opposé. Car la fréquentation dans les transports à Bordeaux augmente fortement - de l'ordre de 10 % encore en 2018 -, ce qui nécessite des investissements supplémentaires. De là à dire que la question n’est pas tant celle de la gratuité, que de la maîtrise de l’augmentation du prix du transport…

« Si c’est gratuit cela va aggraver la saturation »

Le président de Bordeaux Métropole dit « comprendre que dans certaines villes, où le réseau de transport est sous-utilisé, on essaye d’inciter les usagers à prendre le bus en le rendant gratuit. » Mais il ajoute qu'« à Bordeaux, le réseau est saturé. Donc si c’est gratuit cela va aggraver la saturation. C’est pour cela que je ne suis pas très enthousiaste à l’idée de cette mesure dont je ne vois pas très bien les effets positifs. »

Pour Alain Juppé, « il vaut mieux faciliter la pratique du vélo avec la création de pistes cyclable de 5 mètres, comme j’en ai vu à Copenhague. » Dans le cadre du plan vélo du gouvernement, le président de Bordeaux Métropole a d’ailleurs annoncé que « nous présenterons un dossier pour essayer de faire une autoroute à vélo, une « véloroute », peut-être circulaire autour de l’agglomération, ou pénétrant dans la ville. Il vaut mieux mettre l’argent là, que dans la gratuité du transport collectif. »