Contournement de Bordeaux: «Madame la ministre, pourquoi faites-vous perdre du temps à vos services ?»

AUTOROUTE Une conférence sur la mobilité avec la ministre des Transports Elisabeth Borne et Alain Juppé, vendredi à Bordeaux, a relancé le débat sur le grand contournement autoroutier après une drôle de question d'une employée du Cerema Sud-Ouest...

Mickaël Bosredon

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Bordeaux, rocade, 13 septembre 2011. Rocade bordelaise et bouchons. Embouteillage. - Photo : Sebastien Ortola
Bordeaux, rocade, 13 septembre 2011. Rocade bordelaise et bouchons. Embouteillage. - Photo : Sebastien Ortola — S. ORTOLA / 20 MINUTES
  • L'employée du Cerema, un organisme d'Etat, s'est étonnée de voir réapparaître sur son bureau d'anciens projets autoroutiers.
  • Alain Juppé a tenu à voler au secours du projet de grand contournement de Bordeaux, directement visé par la question.
  • S'il défend les solutions alternatives à la voiture, le président de Bordeaux Métropole estime que le véhicule individuel ne disparaîtra pas.

Le débat ronronnait autour des bienfaits des mobilités douces. On se félicitait tour à tour de vouloir « réduire la part des véhicules les plus polluants », « favoriser le covoiturage » ainsi que « la pratique du vélo. » Pas inintéressante, la conférence « Mobilité et Santé », organisée vendredi à Bordeaux avec la ministre des Transports Elisabeth Borne, Alain Juppé et le préfet d’Aquitaine Didier Lallement, ne décollait pas vraiment non plus…

Quand cette question venant du public a été lâchée… Une employée du Cerema Sud-Ouest (Centre d’études et d’expertise sur les risques, l’environnement, la mobilité et l’aménagement) - un organisme sous la tutelle du ministère des Transports - interpelle Elisabeth Borne : « Je m’étonne de voir arriver sur mon bureau des projets autoroutiers qui ont déjà été évalués plusieurs fois par les services de l’Etat, et je me demande pourquoi vous faites perdre du temps à vos services ? »

Un grand contournement… « incontournable » pour Juppé

Parmi les « projets autoroutiers » qui refont surface, il y a évidemment celui du grand contournement de Bordeaux, ardemment défendu par Alain Juppé… Si la ministre bottait en touche en indiquant qu’elle allait « enquêter » et en rappelant simplement que « ce n’est pas simple de proposer des alternatives à la voiture individuelle quand on est dans des zones peu denses », le président de Bordeaux Métropole s’est en revanche montré agacé.

Conférence «Mobilité et Santé» le 21 septembre 2018 avec Alain Juppé et Elisabeth Borne.
Conférence «Mobilité et Santé» le 21 septembre 2018 avec Alain Juppé et Elisabeth Borne. - M.Bosredon/20Minutes

Sa réponse fut cinglante. « Au risque de vous décevoir madame, on va continuer à vous demander de travailler là-dessus ! Parce que quel que soit le succès de nos politiques pour convaincre la SNCF - ou ses concurrents - de développer le ferroutage, ou pour favoriser les mobilités alternatives, je n’imagine pas que l’agglomération bordelaise puisse continuer encore très longtemps à être la seule grande agglomération de France sans contournement. Est-ce qu’il est grand, est-ce qu’il est petit, par où il passe ? Je n’en sais rien. Ce que je demande c’est qu’on y travaille, qu’on y réfléchisse, car à un moment ça sera tout à fait incontournable. Peut-être sera-t-il beaucoup plus loin, au niveau de l’estuaire ? Le médoc est un territoire extrêmement enclavé, et le député du Médoc [le LREM Benoit Simian, NDLR] est très intéressé par cette réflexion. Alors, désolé de vous décevoir… »

« Le véhicule individuel ne disparaîtra pas, mais son usage doit changer »

Après ce coup de froid sur l’ambiance, le préfet Didier Lallement a cherché à réchauffer l’atmosphère. « Je voulais me dénoncer : le coupable c’est moi, qui a demandé l’actualisation de ces études, tout simplement pour savoir si ce qui avait été fait à l’époque est toujours pertinent en termes d’urbanisation… Et je note aussi que plusieurs élus s’interrogent sur cette question. »

Le président de Bordeaux Métropole, qui veut par ailleurs activer une « vélo route » autour de l’agglomération, et demande la création d’un « métropolitrain » via notamment la réouverture du chemin de fer de ceinture, estimait durant cette conférence que « le véhicule individuel ne disparaîtra pas. » En revanche, « il en faut changer l’usage, analyse Alain Juppé : il faut faire en sorte qu’il soit propre - électrique ou hydrogène -, partagé et collectif, et enfin intelligent - c’est-à-dire connecté à des applications qui permettent de savoir quels sont les axes les plus empruntés, etc... »

Et donc, continuer à penser aux infrastructures routières…