Bordeaux: L’arrêté de fermeture du pont de pierre aux voitures attaqué en justice

JUSTICE L’association Esprit Bastide, qui rassemble commerçants et riverains, a déposé début septembre une requête en annulation de l’arrêté municipal du 5 juillet 2018 actant la fermeture définitive du pont de Pierre aux voitures…

Elsa Provenzano

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Depuis juillet, le pont de pierre est définitivement fermé aux voitures.
Depuis juillet, le pont de pierre est définitivement fermé aux voitures. — E.Provenzano / 20 Minutes
  • L’association Esprit Bastide, qui rassemble commerçants et riverains, a déposé début septembre une requête en annulation de l’arrêté municipal de juillet 2018 actant la fermeture définitive du pont de Pierre aux voitures.
  • Elle pointe le manque de concertation en amont de la fermeture et l’absence de motivations pour cette décision qu’elle estime lourde de conséquences.
  • Certains commerçants de la Bastide estiment que la fermeture du pont a engendré une baisse de fréquentation de leurs boutiques.

« Ce qui me choque le plus dans cet arrêté c’est son absence de motivations, lance maître Sophie Clavel, qui a déposé la requête en annulation de l’arrêté municipal de juillet 2018, actant la fermeture définitive du pont de pierre aux voitures, pour le compte de l’association Esprit Bastide et de quelques particuliers. Il n’y a aucune raison pour expliquer la fermeture du pont et ce n’est pas une petite mesure, on parle du seul pont qui relie la rive droite au centre-ville ». Début septembre, cette requête en annulation a été déposée auprès du tribunal administratif de Bordeaux et une audience devrait être programmée d’ici un an.

Si les commerçants pointent un manque de concertation, celle-ci n’est pas obligatoire légalement avant une telle décision. Mais il doit y avoir des études d’impact et celles qui ont été menées par la Métropole, juge et partie dans cette affaire, « ne sont pas neutres », pointe maître Sophie Clavel. Et pendant les expérimentations de fermeture, reconduites à plusieurs reprises, il y a eu « des retours très négatifs », souligne le conseil d’Esprit Bastide.

« C’est trop galère de circuler »

L’association s’est mobilisée depuis le début de l’expérimentation de fermeture du pont de pierre, il y a un an, pour faire entendre son opposition à cette décision. « Certains clients venus récupérer leurs paires de lunettes m’ont expliqué qu’ils ne reviendraient plus car c’est trop galère de circuler depuis la fermeture », se désole Saliha Henia, gérante d’Optique Bastide.

« Mon chiffre d’affaires a baissé d’environ 20 % depuis la fermeture du pont, renchérit son mari Karim Henia, gérant de l’Institut Bordelais de la vision. Je travaille avec environ une trentaine d’ophtalmologistes qui se déplacent avec leurs patients pour une correction de la vision par laser chez nous. Ils ont du mal à circuler et sont de plus en plus réticents à venir jusqu'à la Bastide ».

« Il devait y avoir une exonération des taxes de voiries pour les commerçants de la Bastide qui n’a pas été mise en place, ajoute Patrick Youf, président de l’association et patron du bureau de tabac l’Ovalie, sur l’avenue Thiers. On paye le prix fort alors même qu’on a moins de fréquentation ».

Une circulation des voitures à certains horaires ?

« Ce n’est pas une procédure pro voiture ou un lynchage publique d’Alain Juppé, mais il n’y a rien de prévu en contrepartie de cette fermeture », fait valoir maître Sophie Clavel. La construction du pont Simone Veil a été repoussée et le pont Chaban-Delmas est régulièrement fermé pour le passage de bateaux, ce qui complique la circulation d’une rive à l’autre. La métropole estime de son côté que la mesure a permis de convaincre des automobilistes d’abandonner leurs voitures au profit du vélo, et contribue à améliorer la qualité de l’air.

Alors que la rive droite de Bordeaux s’est beaucoup développée ces dernières années, notamment sous l’impulsion des pouvoirs publics, ces commerçants ont du mal à comprendre pourquoi on leur met maintenant des bâtons dans les roues. Ils ont le sentiment d’être « laissés pour compte ». Ils ne demandent pas la réouverture totale de l’ouvrage aux voitures mais souhaiteraient qu’elles puissent circuler à des créneaux horaires définis.