Bordeaux: Montage financier, prix des places, accessibilité du stade... Les craintes se multiplient autour du rachat des Girondins

FINANCES Plusieurs opposants au maire de Bordeaux ont fait part de leurs inquiétudes, concernant le rachat du club des Girondins par un fonds d’investissement américain…

Mickaël Bosredon

— 

Le stade Matmut Atlantique de Bordeaux.
Le stade Matmut Atlantique de Bordeaux. — M.Bosredon/20Minutes
  • Le socialiste Vincent Feltesse s'inquiète notamment des aménagements que le repreneur pourrait réclamer afin d'améliorer la rentabilité du stade.
  • Le montage juridico-financier fait également s'interroger l'opposition.
  • Alain Juppé estime de son côté disposer de toutes les garanties pour valider ce rachat.

Le dossier du rachat du club de foot des Girondins de Bordeaux s’est invité lundi dans les débats au conseil municipal. En force. Car si Alain Juppé a tout fait pour dévier les tirs de ses opposants, rappelant avec insistance que ce dossier devait être débattu en conseil de métropole le 28 septembre, il a fini par céder face aux attaques successives de Matthieu Rouveyre, Vincent Feltesse et Pierre Hurmic.

Le rachat des Girondins n'inquiète pas qu'une partie des supporters du club. Pour Vincent Feltesse, qui rappelle que les Girondins « est l’un des plus anciens clubs de foot de France », et que « nous ne sommes pas sur des montants anecdotiques », les enjeux sont tels que « nous aurons ce débat dans la presse avant le conseil de métropole du 28 septembre, il me paraît donc plus sain que nous puissions poser les interrogations que nous avons sur l’équilibre économique de ce dossier. »

Les collectivités sont directement concernées par ce dossier, puisque le rachat du club comprend aussi celui du loyer du stade, d’un montant de 3,7 millions d’euros par an, à verser à la métropole de Bordeaux.

« Faudra-t-il de nouveaux aménagements autour du stade ? », s’inquiète Feltesse

Tout comme Matthieu Rouveyre, qui dénonce le « montage juridique complexe du repreneur américain, GACP - General American Capital Partners -, qui lui permettra d’échapper en partie à la fiscalité française en recourant à une holding au Luxembourg », Vincent Feltesse s’est étonné de ce « montage juridico-financier » qu’il qualifie de « poupées russes. »

« Au-delà des interrogations financières », poursuit l’ex-candidat à la mairie de Bordeaux, « nous avons des interrogations précises : la société King Street - un fonds d’investissement qui s’est associé à GACP sur le dossier du rachat des Girondins - dit viser une rentabilité de 15 à 20 %, mais comment ce fonds va-t-il rentabiliser sa mise initiale, hormis via l’augmentation des droits télévisuels ? Ils ont dit qu’ils veulent augmenter le merchandising, cela, c’est leur affaire. Ils veulent aussi augmenter les recettes venant du stade, et il y a eu des premières prises de position sur les problèmes d’accessibilité : est-ce que cela nécessite de nouveaux aménagements autour du stade, au-delà de ceux que nous avons faits il y a quelques mois ? Et surtout est-ce que nous allons avoir une augmentation du prix de l’entrée au grand stade ? »

Toujours dans l’attente de l’avis de la DNCG

L’inquiétude est la même dans les rangs des Verts. « Est-ce que pour répondre aux caprices éventuels du repreneur M. DaGrosa, il faudra investir encore davantage pour desservir ce stade qui est manifestement trop excentré, et ce qui va occasionner pour le contribuable bordelais des dépenses supplémentaires ? », questionne Pierre Hurmic.

Vincent Feltesse s’inquiète aussi de déclarations de Joseph DaGrosa, « qui souhaite avoir une filière de formation de joueurs. » « Est-ce que nous devons nous attendre à avoir une nouvelle demande sur une amélioration du centre de formation ? »

Enfin, Pierre Hurmic s’interroge sur le vote qui doit avoir lieu à la métropole le 28 septembre. « Si d’ici là, nous n’avons toujours pas le verdict de la DNCG - Direction nationale du contrôle de gestion, organisme indépendant qui doit se prononcer sur ce rachat -, avez-vous l’intention de reporter votre décision ?, a-t-il lancé à Alain Juppé. C’est quand même un préalable indispensable que de connaître l’avis de cet organisme de la ligue de football. »

Pour Juppé, ses opposants font un « procès d’intention » au repreneur des Girondins

Pour Alain Juppé en revanche, toutes les conditions semblent réunies pour que ce rachat se passe dans de bonnes conditions. Il rappelle au préalable que M6 s’est engagé à effacer la dette du club, d’un montant de 60 millions d’euros. « La dette sera effacée totalement », a-t-il martelé.

Il reproche par ailleurs à ses opposants de faire « un procès d’intention » au repreneur américain. « Vous dites que le repreneur va demander des travaux pour améliorer l’accessibilité au stade, va demander des travaux pour le centre de formation. Moi, je n’ai aucune demande de ce type. Vous êtes tous très inquiets sur la solidité financière de cette société, moi je suis tout à fait certain que M6 s’est comporté de manière responsable, et s’est assuré que le repreneur a la solidité financière pour porter le club à un niveau élevé. Le club continuera à payer ce qu’il doit à la métropole, et l’actionnaire s’est engagé à investir 80 millions d’euros pour continuer à développer le club. »

« M6 ne continuera pas à perdre dix millions d’euros par an avec les Girondins »

Pour le maire et président de la métropole, il n’y a donc « aucune raison aujourd’hui de s’opposer à ce que M6 nous propose ». En revanche, il y aurait le risque, « si je bloque l’opération, de mettre le club en faillite : M6 ne continuera pas à perdre dix millions d’euros par an avec les Girondins, ils me l’ont dit. Il faut donc bien trouver une solution ! »

Concernant les garanties, Alain Juppé estime que la métropole disposera d’ici au 28 septembre de l’avis de la DNCG. « Si ce n’est pas le cas nous mettrions notre vote sous réserve de la décision de cette commission de contrôle. »