Bordeaux: Keolis affiche un règlement contre le harcèlement dans ses trams et bus

TRANSPORT Les pictogrammes demandent notamment de ne pas se frotter à son voisin ou sa voisine en cas d'affluence...

Mickaël Bosredon

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Tramway, place de la Bourse à Bordeaux
Tramway, place de la Bourse à Bordeaux — M.Bosredon/20Minutes
  • Keolis Bordeaux Métropole est en train de poser ces nouvelles affiches dans l'ensemble des trams et bus du réseau.
  • Ce nouveau réglement vient en complément de campagnes contre le harcèlement qui seront désormais annuelles.
  • Plus de 80% de femmes qui avaient répondu à une enquête en 2016, se disaient victimes de harcèlement sur le réseau bordelais.

Juste avant la deuxième phase d’une campagne de lutte contre les harcèlements dans les transports, qui sera lancée fin septembre sur son réseau, Keolis Bordeaux vient d'adapter sa réglementation interne. De nouveaux pictogrammes sont ainsi en train d’être posés dans l’ensemble des rames de tramway et dans les bus, demandant entre autres « à ne pas se frotter à son voisin/voisine en cas de forte affluence. » « Se frotter, c’est aussi harceler » rappelle le message.

Un autre picto vise directement le manspreading - cette tendance à écarter les jambes lorsqu’on est assis - et demande à « serrer les jambes » pour laisser plus de place à son voisin.

Le nouveau règlement de Keolis Bordeaux, valable dans les trams et les bus.
Le nouveau règlement de Keolis Bordeaux, valable dans les trams et les bus. - Keolis

« Il ne s’agit pas du tout d’une obligation légale de notre part, assure Aurélien Braud, directeur marketing de Keolis Bordeaux Métropole. Mais nous nous sommes dit qu’après notre campagne contre le harcèlement en 2017, et avant celle de 2018 qui portera sur les comportements à adopter lorsqu’on est témoin d’une agression ou de harcèlement, ce serait aussi très bien que les règlements affichés dans les transports rappellent quelques règles. Il s’agit d’un engagement dans le temps. »

« Vous croyez qu’ils en ont quelque chose à faire de vos pictos ? »

La mesure laisse cependant dubitative un certain nombre d’usagers du réseau de transport en commun bordelais, que nous avons sollicités via notre page Facebook. « Comme si des pictogrammes allaient interpeller les détraqués sexuels », ironise Murielle Gonzalez. « Vous croyez qu’ils en ont quelque chose a faire de vos pictos ? », s’agace David Davi.

Parine Mallaro relève pour sa part : « Dommage que l’éducation ne soit pas une chose inculquée avec assiduité par certains, nous sommes forcés d’en arriver là. C’est bien triste. » Laure Sdn juge que « c’est une très bonne idée », mais trouve « dommage que ça ne soit pas les passagers entre eux qui se soutiennent. Je me suis fait plusieurs fois harceler et les gens autour faisaient comme s’il ne se passait rien. »

Natacha Rebelle suggère de son côté une solution : « Des hommes incognito et assermentés pour relever toutes les incivilités et les infractions. »

Hausse des signalements via les réseaux sociaux

Nathalie Labbé, directrice de la communication de Keolis Bordeaux, assure que « tous les agents ont été sensibilisés à ces questions de harcèlement, et que tous les nouveaux agents sont formés à la lutte contre le harcèlement de rue. » « Nos équipes de contrôleurs sont aussi davantage en veille quand une femme est seule le soir dans un tram ou un bus. »

Lors d’une enquête menée en 2015/2016 sur le réseau, 83 % des femmes qui ont répondu se disaient avoir déjà été victimes de harcèlement. Pourtant, Keolis Bordeaux recense seulement une dizaine de signalements pour harcèlement sur son réseau chaque année.

« C’est un chiffre très en dessous de la réalité, nous en avons conscience, analyse Aurélien Braud. Les victimes n’osent peut-être pas venir en parler. En revanche, depuis notre campagne de 2017, nous avons noté une hausse très forte des signalements via les réseaux sociaux. Et nous prenons en compte tous les cas qui nous sont signalés. »