Mérignac: Le projet d'extension de Dassault Aviation se fera-t-il au détriment d'espèces protégées?

URBANISME L’enquête publique portant sur le projet d’extension de Dassault Aviation à Mérignac s’est achevée mercredi. Plusieurs remarques de l’autorité environnementale pointent des « incidences fortes sur le milieu naturel »…

Mickaël Bosredon

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L'usine d'assemblage des Rafale de Dassault, à Mérignac, près de Bordeaux.
L'usine d'assemblage des Rafale de Dassault, à Mérignac, près de Bordeaux. — AMEZ UGO/SIPA
  • Dassault Aviation souhaite notamment construire un nouveau bâtiment de 25.000 m2 et deux parkings silo de 875 places, sur 12 hectares.
  • L’objectif est de rapprocher ses équipes de conception de la production des avions Rafale et Falcon.
  • Selon l’industriel, ses contraintes, notamment en termes de sûreté, ne lui permettent pas de localiser le projet autrement.

Dassault Aviation voit grand à Mérignac. L’industriel, qui assemble près de Bordeaux ses Rafale et Falcon, a déposé un projet d'agrandissement de son site, qui vise à construire d’ici à 2020 un nouveau bâtiment permettant, à terme, le regroupement de 1.500 personnes, et permettant d’aller jusqu’à une capacité de 2.250 personnes en fonction de la charge de travail.

Le projet qui serait situé sur un terrain d’environ 12 hectares implanté au nord du site actuel de Dassault, au sein de l'Aéroparc de Mérignac, fait l’objet d'une enquête publique qui s'est terminée mercredi. Il est par ailleurs soumis à une autorisation environnementale. Invités à s’exprimer sur ce dossier vendredi dernier, les élus de Bordeaux Métropole ont validé ce projet d’extension.

Bâtiment de 25.000 m2 et deux parkings silo de 875 places

Le permis de construire déposé porte sur un bâtiment principal de trois étages et 25.000 m² environ, positionné le long de la voie nouvelle Marcel-Dassault, au nord de la parcelle à l’étude, et d’un autre bâtiment d’une superficie de 1.300 m² réservé à des activités sociales et culturelles.

« Pour assurer la sécurité face aux risques liés au terrorisme et garantir la protection des matériels stratégiques pour la Défense nationale, comme le Rafale », il a été demandé à Dassault à ce que les véhicules du personnel ne soient plus autorisés à pénétrer sur le site, peut-on lire dans le dossier d’enquête publique. C’est pour cela que deux parkings silo de 875 places chacun, et un parking visiteurs de 50 places, devraient en outre être aménagés.

« Destruction d’habitats pour les amphibiens, reptiles, insectes… »

Il s’agit donc d’un projet de très grande envergure, et qui ne serait pas sans conséquence sur l’environnement. Plusieurs remarques négatives ont été émises sur ce point. Le projet engendrerait ainsi « des incidences fortes sur le milieu naturel, conduisant à la destruction d’habitats d’espèces protégées », note par exemple dans son avis la Mission régionale d'autorité environnementale.

Il contribuerait « à la destruction d’habitats pour les amphibiens, les reptiles, les chiroptères, les insectes et les papillons, dont un grand nombre espèces protégées. […] Le porteur de projet n’a pas privilégié l’évitement des secteurs les plus sensibles, les parkings silo s’implantant au droit de la zone centrale concentrant les enjeux les plus forts. […] Des compléments de justification de l’absence d’alternative sont attendus sur ce point. »

« Pas possible d’éviter la destruction de zones humides », selon Dassault

Dans sa réponse, Dassault relève que « la sûreté étant devenue une contrainte majeure de l’activité de Dassault Aviation », les parkings doivent se trouver à proximité des bâtiments pour faciliter l’accès des employés, mais « à l’extérieur de la clôture sécurisée ». Par ailleurs, « seule la parcelle Nord permet de recevoir des bâtiments de hauteur significative et de satisfaire aux objectifs du projet de regrouper les équipes du bureau d’études au plus près de la production. »

Surtout, « les contraintes de production nécessitent de réserver une zone foncière de 6 ha pour construire un bâtiment de grande envergure capable d’accueillir des avions Falcon et de produire ceux-ci à des cadences élevées, ainsi qu’un taxiway à proximité pour manœuvrer les avions et les acheminer jusqu’à l’accès aéroport. »

De ce fait, « il n’a pas été possible d’éviter la destruction de zones humides » et de « localiser le projet autrement. » Toutefois, « l’ensemble des zones humides détruites seront compensées sur le terrain de Sabatey », assure Dassault.

Conséquences sur la congestion routière

Deuxième impact pointé du doigt : les conséquences sur la congestion routière. « Le projet s’implante, au sein de l’Aéroparc, dans un secteur industriel en fort développement, soumis à des problématiques de congestion routière aux heures de pointe. »

Plusieurs actions visant à fluidifier le trafic routier sont présentées dans le dossier, mais elles « dépendent pour une grande part de décisions des acteurs publics concernés par le développement de la zone de l’Aéroparc. » La mise en œuvre effective de l’ensemble de ces actions est donc « particulièrement importante dans ce secteur où la congestion automobile constitue une problématique importante, préjudiciable notamment pour la qualité de l’air et le cadre de vie. »

A l’inverse, le PDG de Dassault Eric Trappier s’était pour sa part étonné « qu'il n'y ait pas encore le tramway desservant l'Aéroparc », alors que les collectivités ont pour ambition de continuer à développer ce site d’ici à 2030.

Vaste projet pour rapprocher la conception de la production

Ce projet d’extension de Dassault Aviation fait suite au lancement d’un plan de transformation intitulé « Piloter Notre Avenir », destiné à augmenter l’efficacité et les capacités de production de l’entreprise.

Le souhait de Dassault Aviation est de rapprocher la conception de la production, « dans le but de créer de nouvelles synergies ». Des ingénieurs de la région parisienne sont ainsi amenés à se rapprocher du site de production de Mérignac. L’objectif est aussi de rapprocher les équipes de l’établissement Dassault Falcon Service, qui assurent une partie de la maintenance des Falcon, et du campus Thales, fournisseur du radar Rafale, et également implanté sur l’Aeroparc de Mérignac.

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Contactée par 20 Minutes, la direction de Dassault Aviation ne « souhaite pas communiquer sur ce dossier tant que les démarches administratives ne sont pas terminées. » La mairie de Mérignac n’a pas souhaité non plus répondre à nos questions.