Bordeaux: «Il faut réfléchir à un métro» avant la saturation du tramway

MOBILITES L’idée d’un métro pour desservir la métropole bordelaise continue d’effectuer son chemin…

Mickaël Bosredon

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Le métro de Rennes, exploité par Keolis.
Le métro de Rennes, exploité par Keolis. — C. Allain / 20 Minutes
  • Le directeur général de Keolis Bordeaux, Hervé Lefèvre, évoque à son tour l’idée d’un métro à Bordeaux.
  • Il estime en effet que le système du tramway sera saturé d’ici à 2050.
  • La Garonne pourrait aussi accueillir des modes de transport pour relier les deux rives.

Le directeur général de Keolis Bordeaux Métropole Hervé Lefèvre assure à son tour qu’il est temps de « réfléchir à un système de transport capacitaire de type métro » pour décongestionner la métropole de Bordeaux d’ici à 2050. 

L’idée d’un métro pour la métropole bordelaise a été relancée il y a quelques mois par un enseignant-chercheur, qui a même publié une étude sur le sujet. Quelle est la réflexion du côté de Keolis ?

Hervé Lefèvre, Directeur général de Keolis Bordeaux, avec les nouveaux titres de transport du réseau TBM

Mon analyse est qu’à l’horizon 2050, le système du tramway sera saturé, car on ne pourra pas descendre sous une fréquence d’un tram toutes les 2’30 sur les lignes A et C [contre 3’20 actuellement]. Parallèlement, lorsqu’on arrivera à cette fréquence, d’ici à 2021 certainement, cela aura des conséquences sur l’utilisation de l’espace public, avec une réduction du temps de passage pour les voitures à certains carrefours. Par exemple, porte de Bourgogne il sera quasiment impossible pour les voitures de traverser les voies du tram en heures de pointe. Sachant enfin que l’objectif de la métropole est d’atteindre un million d’habitants en 2030, il faut se poser la question de continuer à densifier le réseau de transport, et donc réfléchir à un système de type métro souterrain, avec des fréquences d’une minute entre deux rames en hyperpointe, et une vitesse commerciale intéressante.

Cela viendrait concurrencer le tramway ?

Non, cela le compléterait, même si on peut se poser la question du redéploiement de certaines rames. Si le métro comptait une ligne entre Pellegrin, Meriadeck et Buttinière, que ferait-on du tram à cet endroit ? Ne pourrait-on pas l’utiliser pour des parcours circulaires au niveau de la rocade ?

Malgré tout, le métro fait peur à un certain nombre d’habitants de la métropole, qui craignent de devoir subir des nuisances liées aux travaux pendant des années…

A Rennes, qui est en train de construire sa ligne B, les nuisances sont assez faibles pour les riverains. Je pense que les impacts seraient bien moins graves que ceux que les riverains de la ligne D du tramway, actuellement en construction, ont connu.

Il y a aussi la question de la faisabilité : un métro avait déjà été envisagé dans les années 1990 à Bordeaux, avant d’être abandonné compte tenu de la complexité du sol localement…

La technologie en matière de construction de tunnels est très différente de ce que l’on a connu dans les années 1990.

En tout cas, on s’aperçoit depuis quelques semaines que l’idée du métro fait son chemin, y compris chez les élus de la métropole, alors qu’elle n’était pas du tout envisagée il y a encore un an de cela…

Oui, mais je crois que nous sommes tous surpris par la forte progression du trafic sur notre réseau. Il se confirme qu’il va encore augmenter de 10 % en 2018, ce qui fera une hausse de 30 % en quatre ans ! C’est colossal, et c’est très supérieur à ce que les autres métropoles françaises connaissent. Lorsqu’on a mis en place les services partiels il y a deux ans, on pensait s’offrir une bouffée d’oxygène pour quatre ou cinq ans, or nous voilà déjà de nouveau saturés en heures de pointe

Nous vivons un phénomène d’accélération de la demande de mobilité, avec de surcroît un appétit pour les modes doux.

L’espace public n’étant pas extensible, des idées qui paraissaient irréalisables il y a quelque temps, comme le métro, refont surface aujourd’hui.

Des travaux vont être menés cet été pour rallonger certains quais sur la ligne C, afin d’absorber des rames plus longues. N’est-ce pas la solution pour transporter davantage de voyageurs ?

Nous allons allonger certains quais pour mettre toute la ligne aux normes des rames longues, qui font 40 m contre 30 m pour les courtes. Cela va augmenter un peu les capacités, mais c’est tout. On ne pourra pas non plus construire des quais de 100 m pour y insérer des doubles rames…

Il y a aussi la Garonne qui peut être exploitée pour favoriser les mobilités, même si c’est sans doute plus anecdotique ?

Le fleuve doit être mieux exploité, même si en effet un BatCub ne transporte que 65 personnes tous les 1/4 d’heure. Mais il y a des choses à faire : une liaison entre Lormont et le pont d’Aquitaine permettrait de faire gagner une demi-heure à certains habitants. Et cela ne coûte pas très cher à mettre en place. On peut aussi envisager des microflux type navettes fluviales automatiques, les fameux SeaBubble qui devraient être testés à Paris. En tout cas, nous allons regarder attentivement cette expérience.

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