Gironde: Les viticulteurs peinent à recruter des ouvriers pour conduire leurs tracteurs

EMPLOI Alors que les travaux verts ont commencé dans les vignes et que les vendanges se profilent, les viticulteurs peinent à recruter des tractoristes pour piloter leurs machines. Le phénomène n'est pas nouveau mais s'accentue...

Elsa Provenzano

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Blanquefort, 14 juin 2011. - Formation de tractoriste dispensee au Chateau Dillon du CFPA de Blanquefort a l'intention d'un public exclusivement feminin. - Photo : Sebastien Ortola
Blanquefort, 14 juin 2011. - Formation de tractoriste dispensee au Chateau Dillon du CFPA de Blanquefort a l'intention d'un public exclusivement feminin. - Photo : Sebastien Ortola — S. ORTOLA / 20 MINUTES
  • Les Châteaux sont en difficulté pour recruter des aides viticoles, dont des tractoristes, pour réaliser les travaux verts (épamprage, effeuillage, traitement etc.) dans les vignes.
  • Ces métiers en extérieur sont peu attractifs et la diminution des offres d'hébergement accentue les problèmes de recrutement.
  • Une maison des saisonnier est en projet sur le Libournais pour tenter de répondre en partie à cette problématique. 

Les panneaux « cherche tractoristes » fleurissent sur les bords des routes de Gironde. « L’an dernier, j’en ai cherché un pendant deux mois et finalement j’ai dû faire le travail pour deux », raconte Franck Jullion, viticulteur et président de l’appellation Blaye Côtes de Bordeaux. « J’en ai cherché entre décembre et mars, sans recevoir aucun appel, raconte Véronique Barthe, viticultrice et présidente de l’appellation Bordeaux et Bordeaux Supérieur. J’ai fini par en recruter deux après avoir installé une pancarte sur le bord de la route mais l’équilibre est précaire : si on perd un ouvrier cela crée des difficultés dans une petite équipe de six ».

« Nous avons 300 postes à pourvoir dans le domaine de la viticulture dont 250 aides viticoles, détaille Jérôme Olivier le directeur du pôle emploi de Libourne. Parmi ces derniers, on propose une trentaine de postes de tractoristes qui ont du mal à être pourvus ».

Il existe des offres de formation sur ce territoire, notamment financées par la Région via le PRF (programme de formation de la Région) mais « le volume de sortants des formations est inférieur aux besoins des châteaux », confirme le directeur. Cette pénurie n’est pas propre au Bordelais et toucherait toutes les régions viticoles.

Un métier difficile, en extérieur

Selon le site Vitijob, qui effectue 8.000 mises en relation entre candidats et recruteurs par an, les candidatures pour ces postes de chauffeurs de tracteurs sont insuffisantes depuis 2010. Et dans le Bordelais, cette pénurie inquiète dans la perspective des vendanges : environ 90 % d’entre elles se font à la machine, puisque seuls les grands crus ont encore les moyens de recourir à une récolte manuelle. Dès maintenant, il y a pas mal de travail dans les vignes avec l’épamprage, qui consiste à enlever les branches sans grappes, et les traitements.

« On a voulu former beaucoup de cols blancs et on a peu privilégié ce type de métier », analyse Franck Jullion. Les candidats pour des postes de cadres, cadres supérieurs, commerciaux et œnologues ne manquent pas. « Une erreur a été faite, il y a eu un temps où ce type de travaux a été dénigré, estime-t-il. Une génération est en train de [partir à la retraite] et il n’y a pas de renouvellement ».

Les aides viticoles travaillent par tous les temps et font aussi face à une pénibilité physique importante. « Ce n’est pas un métier qui fait rêver car il faut travailler en extérieur, pointe Véronique Barthe. Et on a aussi perdu des tractoristes qui sont partis travailler pour des châteaux tenus par de grands groupes financiers chinois ou à Saint-Emilion, où les marges sont plus importantes ».

Une maison des saisonniers en projet à Libourne

Le manque d’hébergement pour ces saisonniers explique aussi le manque d’attractivité de ces métiers. Les châteaux sont de moins en moins nombreux à en proposer, entre autres car cela suppose de réaliser des investissements de mises aux normes sur leurs installations.

Un projet de maison de saisonniers proposerait « un éventail de services, dont de l’hébergement », avance le directeur du Pôle emploi de Libourne. Il n’y a pas encore de calendrier pour ce projet.

Pour l’appellation Bordeaux, Bordeaux Supérieur dont les bouteilles sont commercialisées entre 6 et 6,5 euros, l’impact de cette pénurie de main-d’œuvre sur ses coûts de production est important, sans qu’elle puisse jouer sur les prix. « Nous n’avons pas beaucoup de marges et nous devons donc nous montrer vigilants », estime Véronique Barthe.

L’épisode de grêle qui a frappé la Gironde en mai dernier vient compliquer les choses cette année. « Les vignerons qui ont été victimes de la grêle n’avaient pas de travail à proposer et n’ont pas pu embaucher, et maintenant les salariés ont trouvé du travail ailleurs, ce qui est normal. Il y a un décalage d’environ un mois », explique le président de l’appellation Blaye Côtes de Bordeaux. Pour ce dernier, il faut remettre en avant l’apprentissage. « Ce que fait le gouvernement va dans le bon sens mais pour l’instant il y a un trou d’air », estime-t-il.

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