VIDEO. Bordeaux: Le «Vaisseau spatial», œuvre d’une artiste britannique, irrite certains habitants

POLEMIQUE A Bordeaux, une œuvre d’art, «Le Vaisseau Spatial», inaugurée jeudi soir, fait polémique. Des opposants y voient une référence à la culture nazie…

Mickaël Bosredon

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Manifestation contre l'oeuvre de Suzanne Treister, Le Vaisseau Spatial, lors de son inauguration le 7 juin 2018 à Bordeaux. Lancer le diaporama
Manifestation contre l'oeuvre de Suzanne Treister, Le Vaisseau Spatial, lors de son inauguration le 7 juin 2018 à Bordeaux. — M.Bosredon/20Minutes
  • L’œuvre s’intitulait dans un premier temps «Vril», qui était aussi le nom d’une loge nazie, selon des opposants qui défendent la mémoire du quartier Bacalan.
  • Pour l’artiste Suzanne Treister, il faut y voir le symbole du processus physique de la mutation dans la ville.
  • L’élu bordelais Michel Duchène demande que l’on respecte la liberté des artistes.

L’œuvre Le Vaisseau Spatial de l'artiste britannique Suzanne Treister, inaugurée jeudi soir dans le quartier des Bassins à Flot à Bordeaux, a suscité quelques mouvements de colère, notamment des habitants du quartier Bacalan, venus manifester. Choix de la métropole de Bordeaux dans le cadre de la commande artistique Garonne, l’œuvre, qui a coûté 750.000 euros, serait en effet, selon ces habitants, directement liée à… la culture nazie.

Inauguration de l'oeuvre le Vaisseau Spatial, le 7 juin 2018 aux Bassins à flot à Bordeaux.
Inauguration de l'oeuvre le Vaisseau Spatial, le 7 juin 2018 aux Bassins à flot à Bordeaux. - M.Bosredon/20Minutes

« Cette œuvre c’est tout simplement un plagiat de soucoupe volante nazie, une œuvre conçue par une loge nazie, "Vril". Les dignitaires de cette loge étaient Himmler ou encore Goebbels. Or, le premier nom donné à cette œuvre par l’artiste était "Vril", explique Joëlle Choukroun, l’une des manifestantes. On ne peut pas concevoir qu’un objet nazi devienne subitement en 2018 un objet pacifique. Cette artiste réinterprète l’Histoire, or l’Histoire ne se réinterprète pas, sinon c’est de la banalisation de symbole nazi. »

Manifestation contre l'oeuvre Le Vaisseau Spatial, de l'artiste Suzanne Treister, le 7 juin 2018 à Bordeaux.
Manifestation contre l'oeuvre Le Vaisseau Spatial, de l'artiste Suzanne Treister, le 7 juin 2018 à Bordeaux. - M.Bosredon/20Minutes

La société du Vril est une société secrète mythique, inventée par l'écrivain britannique Edward Bulwer-Lytton en 1871. L’existence d’une loge nazie intitulée « vril » prête encore à débat.

6.500 travailleurs forcés dans la base sous-marine durant la Seconde Guerre

Selon la manifestante, « la métropole n’a pas fait son travail de recherche correctement, lorsque le mot "vril" a été évoqué. Moi, j’appelle cela du pseudo-art-nazi-ésotérique. Alors, au final, les élus ont juste changé le nom de "vril" en vaisseau, mais le contenu reste le même. »

Les opposants pointent du doigt l’artiste, mais aussi la métropole. « Il y aurait dû y avoir une étude d’acceptabilité de l’œuvre par les habitants, et cela n’a pas été fait. C’est de l’argent public, et il faut que l’œuvre soit acceptable dans son environnement, or cet objet-là n’est pas acceptable à Bacalan, où il y a eu 6.500 travailleurs forcés dans la base sous-marine durant la Seconde Guerre, de nombreux républicains espagnols, et de nombreux morts… Nous avons un devoir de mémoire envers les victimes de la barbarie nazie, et un devoir de respect de l’histoire du quartier Bacalan. On a de multiples raisons d’être contre cet objet. Et nous, on va voir cette œuvre tous les jours ! »

« On est dans le domaine du complotisme »

Selon les explications de l’artiste Suzanne Treister, cette œuvre est issue de la métamorphose d’une épave de navire de la Seconde Guerre mondiale en un vaisseau spatial, pour donner chair au processus physique de mutation dans la ville. Le Vaisseau Spatial fait partie d’un triptyque, avec l’Observatoire/bibliothèque de science-fiction, inauguré en 2017 à Floirac, et le Puits dont le chantier débutera en 2019.

Michel Duchène, vice-président de la métropole chargé des grands projets urbains, souligne pour sa part « que l’œuvre ne laisse pas indifférent » et que c’est « le but de l’art que de provoquer, interpeller… » L’élu est moins propice à la philosophie lorsqu’on évoque les accusations portées par les manifestants. « On est évidemment dans le domaine du complotisme. Juste une chose : je me permets de rappeler que Suzanne Treister est juive. Elle est de parents déportés. Je la vois mal penser à une œuvre qui s’inscrirait dans une sorte de culture nazie. C’est proprement n’importe quoi. »

« L’œuvre est là, et elle est là pour des années »

Aurait-il fallu consulter les habitants ? « Je crois que dans la création artistique, il y a une forme de liberté, et rien ne serait pire que de mettre en place des comités qui définiraient les bonnes et les mauvaises œuvres. Ni le politique, ni l’associatif, ni le particulier ne doivent s’en mêler. On ne peut pas concerter sur les œuvres d’art, ce serait un art totalitaire sinon » estime le vice-président.

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« Maintenant, conclut-il, l’œuvre est là, et elle est là pour des années… J’espère que les habitants vont se l’approprier. Un grand nombre de personnes n’y voit qu’une soucoupe. Et bien pourquoi pas, c’est une soucoupe volante. Et elle s’inscrit dans un quartier nouveau, moderne, et qui va mixer et l’histoire, et la modernité qui se développe. »