Bordeaux: Le «serial creveur de pneus» condamné à 18 mois de prison dont 12 ferme

JUSTICE Gilles Sarrailh a été reconnu coupable d’avoir crevé les pneus de 6.000 voitures en six ans sur l’agglomération bordelaise…

M.B. avec AFP

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Gilles Sarrailh, 45 ans, comparaît devant le tribunal correctionnel de Bordeaux pour avoir crevé les pneus de milliers de véhicules.
Gilles Sarrailh, 45 ans, comparaît devant le tribunal correctionnel de Bordeaux pour avoir crevé les pneus de milliers de véhicules. — GEORGES GOBET/AFP
  • L'homme, un temps suivi en psychiatrie de jour, a mis en avant durant l'audience une enfance de maltraitance sexuelle.
  • Il a expliqué son geste en se disant en colère contre la société.
  • Plus de 200 victimes étaient présentes à l'audience.

Une peine de 18 mois de prison dont 12 ferme, et six mois de sursis assortis d’une mise à l’épreuve de trois ans avec obligation de soins, a été prononcée contre Gilles Sarrailh, 45 ans, vendredi soir par le tribunal correctionnel de Bordeaux. L’homme a été reconnu coupable d’avoir, entre 2011 et 2017, crevé les pneus de 6.000 voitures sur l'agglomération bordelaise. En revanche, il n’a pas été placé sous mandat de dépôt et est donc ressorti libre.

Autonome mais vivant d’une allocation d’adulte handicapé, traité pour épilepsie, il fut un temps suivi en psychiatrie de jour, et placé sous curatelle. Une enfance de maltraitance sexuelle, et des milliers de pneus comme « exutoires » : l’homme a expliqué son geste en se disant mû par une colère obsessionnelle contre la société.

Jusqu’à 32 voitures par nuit

Près de 1.180 victimes ont été recensées depuis 2014 dans la métropole de Bordeaux, un préjudice initialement chiffré à 348.000 euros, mais en réalité « des millions d’euros de préjudice pour la société » française, a souligné l’accusation, rappelant que l’enquête avait pris deux ans et demi, avant l’interpellation en novembre 2017.

Plus de 200 victimes du « serial poinçonneur » s’étaient massées au tribunal correctionnel de Bordeaux. Elles étaient, comme l’a dit à la barre une partie civile, « venues mettre un visage » sur celui qui a défrayé la chronique par de mystérieuses et sporadiques vagues de crevaisons pendant des années.

Le poinçonneur - qui évoluait « bien habillé » (manteau noir, cravate) - frappait jusqu’à 32 voitures par nuit, poinçonnant parfois dix coups par pneus…

« Il faut avoir la décence de se dire qu’on ne pourra pas véritablement comprendre »

« J’ai été obligé de faire des conneries pour attirer l’attention, pour qu’on m’entende, parce que les mots qui sortaient de ma bouche ne suffisaient pas », a martelé le prévenu, placé en foyer dès la petite enfance, et dès 4 ans en famille d’accueil où il assure avoir subi maltraitance, agression sexuelle et viols pendant dix ans. Sans que les services sociaux ne réagissent.

« Il faut avoir la décence de se dire qu’on ne pourra pas véritablement comprendre », a plaidé son avocate Me Emilie Haas, admettant que son client, « moralement souillé depuis la plus tendre enfance », « construit sur du désespoir », « est en boucle » sur « la dénonciation de maltraitance infantile, la sienne et celle des autres ».

Mises en danger

Elle notera que depuis qu’il a effectivement porté plainte et été entendu, en avril, sur les faits de son enfance, il n’a plus récidivé.

Aux parties civiles venues, selon une avocate, raconter « autant d’histoires derrière un pneu crevé, autant de désagréments, de journées de travail perdues (…), de mises en danger à côté desquelles certaines sont passées » - les pneus finement poinçonnés ne dégonflaient parfois que bien plus tard, en pleine conduite - le poinçonneur ne pourra que répondre : « Je n’y avais pas pensé… ».