Bordeaux: «Le skate fait partie du paysage de la ville»

VIE URBAINE En lien avec les associations de skate, la ville a mis en place des horaires pendant lesquels la pratique est autorisée sur six places du centre de Bordeaux. Deux médiateurs y discutent avec skateurs et riverains…

Elsa Provenzano

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Bordeaux est une des capitales européennes du skate et compte plus de 5.000 pratiquants.
Bordeaux est une des capitales européennes du skate et compte plus de 5.000 pratiquants. — Mark RALSTON / AFP
  • Deux médiateurs ont été recrutés pour expliquer aux riverains et skateurs l’expérimentation d’horaires pour la pratique du skate sur certaines places, autrefois interdites aux adeptes de la glisse.
  • Si elle est concluante, l’expérimentation pourrait être pérennisée au-delà de l’automne 2018.
  • Des aménagements favorables au skate sont envisagés sur certains secteurs, pour équilibrer la pratique sur le centre-ville.

Depuis février 2017, la place du skate a changé à Bordeaux grâce à un dispositif associant la ville et la communauté des skateurs et il vient d’être renforcé par le recrutement de deux médiateurs en service civique, dans le centre-ville.

L’architecture de la ville plaît aux passionnés de glisse et Bordeaux est devenue l’une des capitales européennes de cette pratique née dans la rue et impossible à cantonner aux skate-parks. Mais les riverains de certaines places du centre-ville s’étaient plaints auprès de la municipalité des nuisances occasionnées par les skateurs répétant leurs figures en bas de chez eux.

Le skate à horaires encadrés, c’est un succès

En lien avec les associations de skate, la Ville avait alors mis en place à partir de février 2017 une expérimentation autorisant la pratique de 11 h à 20 h, les mercredis et samedi sur la place des Commandos de France, la place Pey-Berland, la place Jean moulin, rue Saint Sernin, le parvis des droits de l’Homme et la terrasse Koenig à Mériadeck. « Et c’est un vrai succès, se félicite Laurence Dessertine, adjointe au maire chargée du quartier Centre. Je n’ai plus beaucoup de mails de riverains mécontents ». L’expérimentation est prolongée jusqu’au 15 octobre 2018 et depuis le début du mois de mai deux médiateurs sillonnent les places concernées pour l’expliquer aux riverains et aux skateurs.

« Je suis là pour expliquer qu’il ne s’agit pas d’un flicage mais que ces règles du jeu sont bénéfiques à tous les pratiquants », détaille Tom Dick, l’un des deux médiateurs. Lui-même skateur depuis une dizaine d’années, il met en avant l’évolution des droits de la communauté sur l’espace public. « Avant, sur ces places, la pratique était interdite à n’importe quel moment de la journée », précise-t-il. « On sort de 15 ans d’interdiction, où l’on risquait 70 euros d’amende, abonde Léo Valls, skateur professionnel associé au dispositif. On en avait marre d’être considérés comme des délinquants. En plus, pour échapper aux amendes, les skateurs venaient tard le soir, ce qui gênait encore plus les riverains ». Le rôle des médiateurs est double : rappeler les règles aux skateurs pour qu’ils se rendent compte qu’ils ne sont pas seuls sur l’espace public mais également rassurer les riverains et leur expliquer que « le skate fait partie du paysage de la ville », souligne Léo Valls.

Des aménagements pour le skate

Le dialogue avec la Ville a vraiment été fructueux et aujourd’hui des aménagements urbains calibrés pour la pratique du skate sont envisagés dans certains secteurs, « sans que la ville soit transformée en skate park », nuance Léo Valls. Place de la République, des aménagements favorables au skate mais non réservés exclusivement à sa pratique sont envisagés pour 2019. « Pour l’instant ce projet est à l’étude, précise Laurence Dessertine, il sera discuté en concertation avec les riverains du quartier. »

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Le dispositif a apaisé les rapports entre riverains et skateurs et pourrait être pérennisé au-delà de l’automne 2018. « Le skate donne une image attractive et jeune de la Ville », se réjouit Laurence Dessertine, ravie du travail réalisé en lien avec les associations.

La pratique a aussi ses touristes, qui viennent expérimenter le terrain de jeu offert par les contours de la ville, assure Léo Valls. Un autre atout à faire valoir pour continuer d’intégrer à la ville la communauté des skateurs, évaluée à plus de 5.000 pratiquants sur Bordeaux.