Bordeaux 2050: «Vingt-cinq ans après le projet bordelais, on rouvre le champ des possibles»

INTERVIEW Responsable de la mission Bordeaux 2050, Michèle Laruë-Charlus revient pour «20Minutes» sur cette démarche initiée par Alain Juppé, et qui vise à transformer la métropole...

Mickaël Bosredon

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Michèle Laruë-Charlus, responsable de la mission Bordeaux 2050.
Michèle Laruë-Charlus, responsable de la mission Bordeaux 2050. — Thomas Sanson, Mairie de Bordeaux
  • Grande consultation citoyenne, la démarche Bordeaux 2050 s'achèvera en mars 2019 et doit nourrir les élus pour les prochaines municipales.
  • Les thèmes de la mobilité et du travail suscitent un fort intérêt.
  • Pour la responsable de la mission, le grand enjeu est un rééquilibre des territoires entre Bordeaux et sa périphérie.

La démarche Bordeaux 2050 qui vient d’être lancée par le président de la métropole Alain Juppé vise à mobiliser citoyens, élus, professionnels, pour nourrir une réflexion sur la métropole de demain. La démarche s’arrêtera le 15 mars 2019, environ un an avant les élections municipales de 2020.

« La finalité n’est pas de présenter un projet mais des scénarios, insiste Michèle Laruë-Charlus, responsable de la mission Bordeaux 2050. Les élus qui prépareront leurs campagnes électorales y prendront ce qu’ils veulent. Et ce qui est important, c’est qu’on part de la concertation et de la participation des habitants - avec des questionnaires aux habitants jusqu’au 15 juin, pour aller vers de grands objectifs vertueux. En espérant que les deux se rencontrent. Pour cela il faut une mobilisation importante des citoyens. »

Comment démarre cette consultation sur Bordeaux 2050 auprès des citoyens ?

L’évolution des réponses est très satisfaisante, grâce surtout aux réseaux sociaux. Nous allons aussi à la rencontre des habitants avec le camion du futur. Leur première réaction est de dire : « 2050, on s’en moque. » Ils pensent qu’on va leur parler d’intelligence artificielle, de robotique… Et puis dans un deuxième temps, quand on les pousse, ils s’aperçoivent que ce n’est pas compliqué, que ce n’est pas technique. On entend parler de métro, de RER, de téléphérique, de voiture à hydrogène… Il y a aussi des questionnaires thématiques et là, le monde médical et les entreprises répondent très bien ; les politiques moins bien. La vitiviniculture, on aimerait que ça réponde plus, mais en fait ils sont déjà hyper au point pour affronter les évolutions climatiques.

Un enseignant-chercheur s’est manifesté dans le cadre de cette démarche en proposant un métro à Bordeaux. Qu’en pensez-vous ?

Je ne porte pas d'avis technique sur ce qu'il a fait, mais c’est accueilli avec beaucoup d’intérêt, et ce chercheur je vais le rencontrer. Cela permet de se poser des questions sur la mobilité. On rouvre le champ de la réflexion, le champ des possibles, et on ne s’interdit rien, vingt-cinq ans après le lancement du projet qui a transformé Bordeaux. Notre univers est beaucoup plus grand maintenant que nous sommes métropole, et en 2050 il sera encore plus grand. Du coup, on ne s’interdit pas d’aller travailler avec Angoulême, Royan, Libourne…

On ne va pas laisser le périurbain seul, avec la seule ville-centre un peu plus riche au milieu, sinon on va s’asphyxier. Une métropole ce n’est pas autarcique : nous ne sommes pas indépendants en terme alimentaire, en terme énergétique… On n’est indépendant en rien. C’est cela le sujet !

Quelles sont les grandes thématiques qui sont en train de se dégager ?

La mobilité, avec un intérêt grandissant pour la question de la multiplicité des formes de déplacement. Les véhicules autonomes excitent un peu tout le monde, les véhicules électriques aussi. La voiture a encore un grand avenir, mais ce ne sera plus la même voiture. Il y a la question du télétravail aussi.

Il est vraisemblable qu’en 2050, des entreprises auront 80 % ou 90 % de télétravail, qu’il y aura du coworking un peu partout, ou que vous prêterez votre appartement dans la journée pour qu’on y travaille.

Il y a aussi des sujets de bioéthique, sur lesquels les politiques vont devoir se positionner.

Est-ce qu’il n’y a pas une trame commune sur le bien-vivre ? L’exemple de Bordeaux est à ce titre intéressant, car c’est la ville qui ressort aujourd’hui comme celle où il fait bon vivre, alors qu’au quotidien, entre la rocade saturée, les trams bondés, la vie est de plus en plus difficile pour les habitants…

Franchement, ce n’est pas une ville difficile Bordeaux. Il faut voir dans quelles conditions les gens vivent ailleurs, en France ou dans le monde. Je suis d’accord qu’il y a un revers de l’attractivité, mais c’est la même chose à Toulouse, Nantes, Strasbourg, où la rocade est aussi saturée, et où le prix de l'immobilier a aussi explosé. C’est le problème des métropoles attractives. A Vierzon ça va, vous pouvez vous loger…

La réponse à cela, ce sont les coopérations territoriales. Demain, il faut une même unité urbaine du bassin d’Arcachon à Libourne avec une réorganisation des transports, une décentralisation universitaire, pour qu’il y ait un rééquilibre. Et il faut trouver le génie propre à chaque territoire : vous ne transformerez jamais Ambès en Bordeaux ; en revanche il y a des qualités de vie à Ambès qui n’existent pas à Bordeaux. On ne peut pas tout avoir, mais il faut que chaque personne choisisse son lieu d’habitation par choix, pas par défaut. C’est pour cela qu’il faut du logement abordable à Bordeaux, et cela c’est un signal faible auquel il va falloir répondre.

Est-ce que ce projet 2050, c’est dire que le projet urbain de Bordeaux lancé il y a vingt-cinq ou trente ans arrive à son terme, et que là on repart de zéro sur un nouveau projet ?

Si on a un besoin de faire un projet métropolitain aujourd’hui, c’est parce que le projet de Bordeaux existe et qu’il tire la métropole. Le projet bordelais il faut le finir, avec Euratlantique, Brazza… Mais à côté de cela il y a un autre projet, qui est celui de tous les territoires qui entourent Bordeaux, et qui ne doivent pas être simplement la banlieue. Et on réussira si on arrive à donner au patrimoine naturel non bâti de ces territoires la même valeur que les actifs du patrimoine bâti.

Le jour où le marais de la presqu’île vaudra aussi cher que la place de la Bourse, ce jour-là on aura réussi. On a une géographie qui peut être le support d’une richesse.

C’est un enjeu difficile de défendre cela tout en devant construire davantage pour accueillir de nouveaux habitants ?

Il y a dix ans je vous aurais dit que c’est impossible. Mais les esprits évoluent très vite. Quand vous sillonnez la rive droite, le discours commun à tous les élus c’est de dire qu’ils ont un patrimoine qu’ils n’ont pas vu pendant des années et qu’ils découvrent, c’est le parc des coteaux qui fait 15 km. Il y a aussi le marais bordelais, la réserve de Bruges. Imaginez que tout cela soit valorisé.

Vous pouvez habiter de façon dense dans une commune, si à côté vous avez des centaines d’hectares dans lesquels vous pouvez aller vous promener, pique-niquer et pourquoi pas vous baigner ou faire des barbecues. Il faut que 2050 soit un vent de liberté qui souffle sur notre propre territoire.

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