Gironde: Benoit Simian veut que «le Médoc devienne le laboratoire du train à hydrogène»

INTERVIEW Le député LREM de la Gironde souhaite que la ligne Bordeaux-Soulac accueille les premiers trains hydrogène de France, et projette également de créer le «premier RER métropolitain» de France sur ce tronçon...

Mickaël Bosredon

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Benoit Simian, député LREM de la 5° circonscription de la Gironde, dans le Médoc.
Benoit Simian, député LREM de la 5° circonscription de la Gironde, dans le Médoc. — Jacques Witt/SIPA
  • Benoit Simian a rencontré les dirigeants d'Alstom, qui développe déjà un projet de train hydrogène en Allemagne.
  • La partie de cette ligne SNCF, entre Macau et la métropole de Bordeaux, pourrait également accueillir un tramway pour créer le premier RER métropolitain de France.
  • Le député souhaite aussi relancer le débat sur le péage urbain à l'entrée de la métropole, et un péage intelligent pour les poids-lourds sur la rocade.

Député de la 5° circonscription de la Gironde (Médoc), et rapporteur du budget transports à la commission des Finances, Benoit Simian (LREM) est un spécialiste des questions de mobilité, et défend des projets innovants en la matière. Interview.

Vous venez de rencontrer les dirigeants d’Alstom sur la question du train à hydrogène en France. Quel est ce projet ?

Dans le cadre du rapport Duron suite au conseil d'orientation des infrastructures, nous avons longuement réfléchi sur ce sujet de l’hydrogène. Nous nous sommes dit que sur les lignes où l’on demande l’électrification, il était finalement plus judicieux de partir sur cette solution, c’est-à-dire une pile à combustible que l’on installe dans les trains, car c’est beaucoup moins cher. Et surtout c’est répondre à ce défi des petites lignes.

J’aimerais que la ligne du Médoc en devienne le laboratoire, car sur Bordeaux-Soulac, 45 millions d’euros ont été négociés dans le cadre du contrat de plan Etat-Région pour refaire la caténaire jusqu’à Soulac-sur-mer, et cela fait juste trois ans que ce contrat de plan a été signé et on n’en voit pas la couleur…

Ce train à hydrogène circulerait sur l’ensemble de la ligne ?

Non, car sur la zone dense – c’est-à-dire entre la métropole et Macau – il faut mettre du matériel léger – un tramway – sur le réseau ferré national. On aurait ainsi le premier RER métropolitain de France ici. Il y a une étude en cours, qui sera rendue en juillet. Cela c’est du concret, et c’est atteignable. Et pour financer cela, il va y avoir des contrats de mobilité signés cet automne, qui permettront de mettre autour de la table la région, la métropole et la communauté de communes Médoc Estuaire.

Après, il y a question du tronçon de Macau à Soulac. Comme on ne verra pas la couleur de ces 45 millions d’euros sur la régénération de caténaires, on désélectrifie la voie, on passe en bi-mode (diesel) et on lance une étude sur le train hydrogène. Et cela a d’autant plus de sens que nous sommes dans ce territoire sur une labellisation de parc naturel régional.

Il y a deux défis à relever autour de cette ligne : gagner la bataille de la congestion, et celle de la pollution. Pour cela il faut que les citoyens ne prennent plus leur voiture, à condition qu’il y ait des transports performants.

Concrètement, comment fonctionnerait ce train à hydrogène ?

Pour alimenter ce train, il faut une centrale photovoltaïque à proximité d’une gare, soit environ 1.500 m2 de photovoltaïque. L’étude est en cours.

Les Allemands le font : une expérimentation a été lancée en décembre, et cela verra le jour en 2021. Et c’est Alstom qui fait le matériel. Je ne peux pas imaginer qu’Alstom développe ce matériel en Allemagne et pas en France.

Et on pourrait adapter les piles à combustible sur un matériel TER. Dans la loi de programmation à l’automne, il y aura un appel à projets pour l’hydrogène. C’est quelque chose de tout à fait atteignable d’ici à 5 ans.

D’autres lignes pourraient-elles accueillir ce train à hydrogène ?

D’autres lignes pourraient être concernées : Oloron-Bedous dans la vallée d’Aspe, Saintes-Royan… C’est toute la Nouvelle-Aquitaine qui doit être pilote. Je réunirai fin mai l’ensemble des acteurs, dont SNCF Réseau, SNCF Mobilités, l’Ademe et la région. On peut aussi décrocher des fonds européens pour ces projets. Et ensuite on ira plus loin avec le constructeur Alstom.

Vous parlez de décongestionner la métropole de Bordeaux. Quelles seraient les autres pistes ?

Il faut développer un transport en commun performant pour desservir la métropole. Il faut aussi à mon sens dédier des voies au covoiturage sur la rocade, et aller vers un péage urbain. La loi Grenelle II prévoit l’expérimentation du péage urbain, mais sur une période de trois ans. Et à trois ans, les industriels comme Thales, disent que ce n’est pas rentable. Donc j’aimerais que nous allions sur une durée plus longue, de l’ordre de six ans, dans la prochaine loi de programmation. J’ose espérer qu’ainsi, après les municipales, les responsabilités se prennent pour se saisir de cette opportunité.

On peut aussi envisager des péages intelligents sur la rocade : un poids lourd, cela représente six voitures. Je pense donc qu’il faut dissuader les chargeurs d’utiliser la rocade aux heures de pointe, et s’il y a un péage dissuasif entre 7h et 9h30 et le soir, ils adapteront leur plan de transport.

Et il faut développer une politique de fret ferroviaire. Pour cela je suis favorable à une taxation des poids lourds en transit qui traversent la France sans rien payer. Il faut changer de modèle car on est complètement asphyxiés.

Et sur la question du grand contournement, défendu par Alain Juppé ?

A plus long terme, sur 20 ans, je suis favorable à un grand contournement routier de Bordeaux. La route, avec les véhicules autonomes et l’autopartage, a un avenir certain. Et enfin, je défends la ligne nouvelle Bordeaux-Toulouse. Et je ne parle pas de TGV, car je ne souhaite pas que l’on aille toujours plus loin et toujours plus vite, mais je suis favorable à des lignes nouvelles là où le réseau est saturé, pour plus de fret et plus de transport du quotidien.