Bordeaux: «La métropole pourra difficilement se passer d'un métro», assure un enseignant-chercheur

INTERVIEW Docteur en droit public de l'université de Bordeaux et aujourd’hui enseignant-chercheur à l’université Bretagne Sud, Mickaël Baubonne est persuadé, à la faveur de son étude, que la métropole de Bordeaux ne pourra pas se passer d’un métro d’ici à la prochaine décennie…

Mickaël Bosredon

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L'enseignant-chercheur Mickaël Baubonne a réalisé une étude sur la possibilité d'un métro à Bordeaux.
L'enseignant-chercheur Mickaël Baubonne a réalisé une étude sur la possibilité d'un métro à Bordeaux. — M.Bosredon/20Minutes
  • Son étude comporte deux lignes de métro, l’une qui relierait Talence à Ravezies puis l’Arena, l’autre de Pessac à Galin.
  • Selon ce chercheur, il est urgent de désaturer le centre de Bordeaux et de créer des liaisons de périphérie à périphérie.
  • Il chiffre le projet à 1,6 milliard d’euros, qui pourrait être financé par plusieurs collectivités.

Le dossier d'un métro n'est pas pour l'instant sur la table des élus de la métropole. Mais, lui pense que la collectivité va devoir s'y pencher rapidement. Docteur en Droit de l'université de Bordeaux, aujourd'hui enseignant-chercheur à la faculté de droit et d'économie de l’université Bretagne sud à Vannes, Mickaël Baubonne avait déjà réalisé en 2009, une étude sur la possibilité d’un métro à Bordeaux, dans le cadre de la métropole 3.0.

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A la faveur de la grande consultation Bordeaux 2050 voulue par le président de la métropole Alain Juppé, il vient de relancer l’idée de ce transport en commun capacitaire pour la métropole. Il a créé un site Internet et alimente un compte Twitter, @MetroBordeaux. « Avec les récentes déclarations de Gilles Savary en faveur d'un métro, le terrain politique a l’air d’être un peu plus mûr et je pense que c’est l’occasion de relancer le projet », estime-t-il. 20 Minutes l’a rencontré.

Comment avez-vous pensé cet éventuel métro de Bordeaux ?

Il y aurait deux lignes. La M2 partirait de Pessac centre, monterait jusqu’à Mérignac, puis le quartier de Bourranville – un petit peu en dessous de la gare de Caudéran –, là elle plongerait sous terre et reprendrait un axe est-ouest direction la rive droite en traversant la rue de la République, ensuite Gambetta, Chapeau-Rouge, puis elle plongerait sous la Garonne, rejoindrait Niel et s’arrêterait à Galin.

L’autre ligne, la M1, partirait de Talence - en réactivant la gare de la Médoquine aujourd'hui désaffectée -, il y aurait un tronc commun jusqu’à Bourranville, ensuite elle basculerait sur la ligne de ceinture, irait jusqu’à Ravezies, plongerait sous terre pour rejoindre l’ancienne gare Saint-Louis, et à partir de là ferait tous les cours jusqu’à la gare Saint-Jean, d’où on rejoindrait l’Arena en traversant Euratlantique. Cette ligne-là serait en branche car son exploitation serait partagée avec l’actuelle branche de la ligne C vers Blanquefort.

Le tronçon central de la ligne M1, entre les stations Ravezies et Arena, serait utilisé par plus de 141.000 voyageurs. Celui de la ligne M2, entre les stations Bourranville et Galin, enregistrerait plus de 87.000 voyages.

Enfin, des parking-relais seraient en outre disposés tout autour de la métropole, assez loin du centre.

Entre l’étude que vous aviez réalisée il y a dix ans, et celle que vous proposez aujourd’hui, qu’est-ce qui a changé ?

Il y a dix ans je proposais une seule ligne, assez courte, qui faisait une sorte de « S » au sein de Bordeaux centre. Aujourd’hui il y a deux problématiques : la desserte du centre, où le tramway a atteint ses limites, et les dessertes de périphérie à périphérie. C’est pour cela que j’ai eu l’idée d’un métro qui se connecterait à la ceinture ferroviaire de Bordeaux – ce qui permettrait de la réactiver – et que j’ai imaginé des relations transversales entre des lignes girondines, qui permettraient de faire, par exemple, Libourne-Arcachon.

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Qu’est-ce qui motiverait aujourd’hui les élus à relancer un projet de métro, alors qu’ils ont fait le choix d’un tramway ?

Il reste des corridors importants à couvrir, notamment les cours, desservis autrefois par la ligne historique "7/8". Ils ont une intensité urbaine très importante, avec beaucoup de population, d’emplois et d’étudiants. Les travaux seraient concentrés sous la voirie, car je propose de respecter le réseau viaire. C’était une des principales difficultés du projet de métro qui a été étudié par le passé, car lui ne le respectait pas et du coup il plongeait sous les bâtiments. Bordeaux étant bâtie sur des pieux, le risque était que le tunnelier s’embourbe voire qu’il mette en péril des bâtiments de la ville historique.

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C’est un réseau qui viendrait compléter le tramway ?

J’ai beaucoup travaillé sur la complémentarité entre les deux.

Le métro n’est pas un concurrent mais le meilleur allié du tramway et le métro seul à Bordeaux ne suffirait pas.

Et j’ai pris en compte dans mon étude le réseau de transports en commun tel qu’il est projeté à l’heure actuelle, avec un tram sur les boulevards et un BHNS vers Saint-Aubin-de-Médoc.

Il y aurait combien d’arrêts sur les deux lignes de métro ?

34, répartis sur la périphérie et sur Bordeaux centre.

Votre constat, c’est que le tramway, tout du moins dans le centre, ne peut plus être exploité davantage ?

On le voit bien, il y a saturation. La métropole a déjà mis en place des services partiels pour renforcer les fréquences, et on n’imagine pas faire grand-chose de plus maintenant. Les nouveaux investissements réalisés pourraient même aggraver les choses : quand la ligne D va desservir Eysines, Le Bouscat… et va déverser tous ses usagers sur le réseau historique, elle va venir l’encombrer encore davantage.

On a une vitesse commerciale du tram très faible dans le centre, de l’ordre de 14 km/h, mais qui tombe souvent à 10 km/h. Le vélo va plus vite, voire la marche à pied !

Un métro, c’est 35 km/h dans le centre et 60 km/h en périphérie. Il n’y a pas le choix, la métropole pourra difficilement se passer d’un métro, surtout avec l’objectif d’un million d’habitants en 2030.

On critique déjà la métropole pour ses lourds investissements dans le tramway, comment faire passer l’idée d’un investissement encore plus lourd pour du métro ?

C’est un projet à 1,6 milliard d’euros pour 38 km de lignes, soit un coût de 90 millions d’euros du km pour le réseau central. Ce qui concorde avec les derniers projets de métro à Toulouse ou la prochaine ligne de Rennes.

Il s’agit d’un projet d’ici à 2030, donc il reste du temps pour se forger une cagnotte. Et il associerait plusieurs collectivités, avec des liaisons, via la ceinture ferroviaire, Libourne-Arcachon, Sud-Médoc-Bordeaux Centre… Donc cela concerne la région, le département, d’autres intercommunalités que Bordeaux Métropole… Il y aurait beaucoup plus de partenaires à mobiliser que pour un métro qui resterait dans les limites de Bordeaux Centre.

Et la priorité aujourd’hui, est-ce l’investissement dans un grand contournement routier évalué à un milliard d’euros, ou dans un transport en commun performant qui permet d’irriguer toute la métropole, voire au-delà, et qui réduirait de 22 % la durée des déplacements ?