Bordeaux : Quelque 140 propriétés viticoles appartiennent à des investisseurs chinois

VIN Les châteaux repris par des investisseurs chinois représentent 3 % des surfaces viticoles bordelaises, selon le conseil interprofessionnel des vins de Bordeaux…

Elsa Provenzano

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Le hateau Bellefont-Belcier, 1er grand cru classe a Saint-Emilion, appartient au Chinois Peter Kwok - Photo : Sebastien Ortola
Le hateau Bellefont-Belcier, 1er grand cru classe a Saint-Emilion, appartient au Chinois Peter Kwok - Photo : Sebastien Ortola — S. ORTOLA / 20 MINUTES
  • 140 propriétés viticoles appartiennent à des hommes d’affaires chinois dans le bordelais, ce qui représente 3 % des surfaces viticoles.
  • Les investisseurs chinois, essentiellement des représentants de grosses entreprises, deviennent plus connaisseurs.
  • L’acquisition du Château Bellefont-Belcier, grand cru classé, par Peter Kwok est l’une des transactions les plus marquantes.

En 2018, un total de 140 propriétés viticoles bordelaises appartiennent à des Chinois, selon le conseil interprofessionnel des vins de Bordeaux. Timidement à partir de 2008 et de façon plus prononcée depuis 2011, les hommes d’affaires de la puissance communiste ont jeté leur dévolu sur les vignes bordelaises. Laurence Lemaire, auteure de « Le Vin, le Rouge la Chine », publié par Sirène production édition,dont l'édition en ligne est réactualisée très fréquemment, précise que 155 châteaux ont été repris par des Chinois à ce jour, dont environ 140 dans le Bordelais. « Pour les Chinois, ajoute-t-elle, une bouteille de bordeaux, c’est beaucoup plus prestigieux que le bourgogne, l’anjou ou le languedoc, ces deux derniers sont d’ailleurs peu connus d’eux. De la France, ils connaissent Paris et Bordeaux. »

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D’une trentaine de propriétés en 2013 à 140 maintenant, aux mains de 75 investisseurs chinois, les acquisitions progressent sans conteste, mais ne représentent aujourd’hui que 3 % des surfaces viticoles, si on les rapporte aux 7.000 propriétés viticoles du Bordelais. Alors qu’ils ont d’abord plutôt choisi l’entre-deux-mers au départ, car facile à vendre, « les propriétaires se montrent de plus en plus malins », estime Laurence Lemaire. Ils se tournent davantage vers le fronsac, le médoc et le saint-émilion, opérant une montée en gamme. « On compte 14 crus bourgeois [sous pavillon chinois] à l’heure actuelle », pointe-t-elle. Et ils varient également leurs achats, les répartissant dans des appellations différentes.

Quasiment toutes les productions sont exportées

L’acquisition du château Bellefont-Belcier, grand cru classé, a marqué ces derniers mois. « Peter Kwok connaît le vin depuis très longtemps, il aime la France et parle le français, commente la spécialiste. C’est un amoureux de saint-émilion et c’est plutôt un bon propriétaire. Ce n’est pas du tout un particulier qui fait un coup, dans le but de faire du buzz. » Ce milliardaire hongkongais d’origine vietnamienne a créé sa société, Vignobles K, qui possède aujourd'hui huit propriétés dans le Bordelais.

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Depuis deux ans, estime Laurence Lemaire, on ne trouve plus de simples particuliers parmi les investisseurs. Après cinq rachats qui se sont soldés par un échec, notamment parce que les frais d’entretien d’une propriété viticole avaient été sous-estimés, le profil des acquéreurs s'est professionnalisé. Les propriétaires actuels « ont des réseaux importants de distribution en Chine et ils y exportent quasiment tout, ainsi qu'une partie aux Etats-Unis. Environ 10 % sont vendus en France », calcule la spécialiste.

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Pour elle, la vitesse de croisière est atteinte et, dans les prochaines années, elle estime que les acquisitions ne devraient pas s’accélérer puisque la tendance de Pékin est de contenir les investissements à l’étranger.