Campus de l'université de Bordeaux à Pessac. (Illustration)
Campus de l'université de Bordeaux à Pessac. (Illustration) — S. ORTOLA / 20 MINUTES

SOCIETE

Bordeaux: Les «chiffres terrifiants» d'une étude sur le harcèlement sur le campus

Les résultats d’une enquête en ligne sur le sentiment d’insécurité et les agressions sexuelles sur le campus Pessac-Talence-Gradignan sont disponibles. Sur environ 5.000 personnes (étudiants et personnels de l’université), 28 % ont été confrontés à des faits de harcèlement ou de violences sexuelles…

  • Une enquête à laquelle ont répondu 5.000 personnes fréquentant le campus Pessac-Talence-Gradignan montre que 28 % d’entre elles ont déjà subi des faits de harcèlements ou d’agressions sexuelles.
  • Elle doit permettre d’aménager un campus plus sécurisant pour les femmes, alors qu’une opération de réhabilitation d’envergure se prépare.

Alertés par des cas de harcèlement sexuel et d’agression sexuelle sur le campus Pessac-Talence-Gradignan, l’université de Bordeaux, de Bordeaux-Montaigne, et trois établissements bordelais d’enseignement et de recherche (Bordeaux Sciences Agro, Bordeaux INP, Institut d’études politiques) ont souhaité se saisir de ce problème d’insécurité en lançant une étude sur le sujet.

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Une démarche novatrice, associant des marches exploratoires sur le site universitaire et une enquête en ligne auprès des usagers du campus, a été lancée par l’université de Bordeaux il y a environ un an, pour faire un état des lieux aussi bien quantitatif de qualitatif. Les premiers éléments du bilan sont disponibles, la version définitive étant attendue pour cet été.

Presque 10 % des personnes interrogées ont déjà été suivies longuement

Quelque 5.000 réponses exploitables ont été récoltées au terme de l’étude, réalisée au printemps 2017. Parmi les personnes ayant répondu, une majorité d’étudiants (70 %) mais aussi des personnels de l’université. Parmi les chiffres qui ressortent, 468 personnes sur les 5.000 interrogées (soit 9,5 %) ont déjà été suivies pendant un long moment, 246 (5 %) ont déjà croisé un exhibitionniste, 235 (4,8 %) ont subi un contact non désiré et 12 (0,2 %) ont été victimes d’une agression sexuelle.

Les «chiffres terrifiants» d'une enquête en ligne sur les faits de harcèlements et d'agressions sexuelles sur le campus Pessac-Talence-Gradignan menée par l'université de Bordeaux.
Les «chiffres terrifiants» d'une enquête en ligne sur les faits de harcèlements et d'agressions sexuelles sur le campus Pessac-Talence-Gradignan menée par l'université de Bordeaux. - E. Provenzano / 20 Minutes / Infogram

« La situation continue de me surprendre depuis des années, commente Yves Raibaud, ce sont des chiffres terrifiants. » « Il faut rappeler que plus de 72 % des personnes interrogées n’ont pas été confrontées à des agressions sexuelles », nuance Marion Paoletti, enseignante-chercheuse en sciences politiques et chargé de mission égalité hommes-femmes.

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« Il y a un tabou qui règne sur le sujet depuis de nombreuses années et la situation demandait à être éclaircie », pointe Yves Raibaud, géographe à l’université Bordeaux-Montaigne. Il s’occupe notamment de la réalisation des cartographies associées à l’étude qui permettent de mettre à jour les lieux ont été repérés les exhibitionnistes, par exemple. Le géographe estime aussi que certains chiffres, notamment concernant les viols, sont en deçà de la vérité. « Ce sont des choses qui ne se racontent pas », estime-t-il. Les victimes d’infractions ou d’agressions se signalent peu auprès de l’institution universitaire (5 %) et de la police (4 %).

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« Les étudiantes pâtissent de cet état de fait dans leur réussite universitaire, car elles ne sont pas dans les meilleures conditions pour travailler, estime Yves Raibaud. Certaines doivent déménager du campus et payer un logement plus cher, d’autres renoncent à aller à la bibliothèque à partir d’une certaine heure et elles participent moins que les étudiants aux manifestations culturelles ».

Quelles préconisations ?

Le campus de Pessac-Talence-Gradignan est excentré du centre de Bordeaux et assez étendu (c’est le deuxième campus de France par sa superficie, 235 hectares). Une vaste entreprise de réaménagement baptisée  Opération campus y est prévue fin 2018-début 2019 et il s’agit d’en profiter pour penser des aménagements qui pourraient aller dans le sens d’une meilleure sécurisation des lieux pour les femmes qui fréquentent le campus (éclairage, vidéo-surveillance, taille des haies, etc.).

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« Je peux vous dire que les étudiantes se ruent sur les sports d’auto-défense comme la boxe sur le campus », témoigne Marion Paoletti. « On peut imaginer qu’il y ait un plan de verbalisation en lien avec la police », complète Yves Raibaud, qui pense qu’il faut « jouer sur tous les tableaux » pour améliorer la situation. Selon lui la première étape décisive a en tout cas été franchie : « le phénomène existe et il est massif, lâche-t-il. Et, chaque campus a la responsabilité de savoir ce qui se passe sur ses sites. »

La méthode mise en place déjà attiré l’attention d’autres campus français, qui connaissent les mêmes difficultés. Paris Dauphine pourrait ainsi utiliser le modèle de l’enquête sur son campus.