Bordeaux: L'agriculture urbaine veut se tailler une place dans les projets de quartiers

ENVIRONNEMENT Entre le plan d’actions de la ville de Bordeaux et les initiatives d’associations, ce sont plusieurs dizaines de projets de jardins en ville qui se dessinent actuellement…

Mickaël Bosredon

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La Ferme Niel à Bordeaux.
La Ferme Niel à Bordeaux. — Ferme Niel
  • Une ferme urbaine de 2.000 m2 sera créée sur la ZAC Bastide-Niel.
  • La ville de Bordeaux mène un ambitieux projet d’agriculture urbaine sur un terrain de 7 ha au Haillan.
  • Les initiatives citoyennes et associatives sont nombreuses, même si certaines s’inquiètent pour leur avenir.

Fermes urbaines, jardins partagés ou familiaux… Dans toutes les grandes villes, le souhait de réintroduire une agriculture urbaine est devenu omniprésent. Bordeaux ne déroge pas à la règle.

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Mercredi, la SAS Bastide Niel, qui pilote le projet de ZAC du même nom sur la rive droite, annonçait le lancement d’un projet de ferme urbaine de 2.000 m2 pour fin 2021-2022, qui sera exploité par l'entreprise parisienne Sous les Fraises. Une pierre de plus à l’édifice bordelais qui a commencé à se construire en 2015, et qui s’est traduit en 2017 par un plan d’action.

« Des espaces dédiés au jardinage dans tous les nouveaux quartiers »

« Notre gros projet est de développer une activité agricole sur la ville du Haillan, où la ville de Bordeaux possède des terrains en partie en friche », explique Magali Fronzes, adjointe en charge de la nature en ville et des espaces verts. L’idée est d’orienter ce terrain de 7 ha vers de la culture maraîchère et de petits fruits. « Un appel à manifestation d’intérêt sera lancé dans le cours de l’année, poursuit l’élue. Nous sommes ouverts à toute sorte de projets, avec ce préalable que ce devra être du bio et du circuit court. »

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La mairie de Bordeaux souhaite aussi agrandir la surface de prairie qu’elle possède au nord de la ville, du côté du parc floral, pour atteindre au total 40 hectares dédiés à l’activité d’élevage. A plus long terme, son ambition est également de consacrer une partie du projet urbain de la Jallère à de l’activité agricole.

« Dans tous les nouveaux quartiers qui sortent, des espaces dédiés au jardinage sont réservés, même si on attend que les nouveaux habitants s’installent pour voir quelles formes ils vont prendre. »

« Cela fait plus de 20 ans que l’agriculture urbaine existe »

Une action qui vient en complément de celle menée par les associations. Les Possibilistes, par exemple, accompagnent actuellement la création de 14 projets de jardins collectifs à Bordeaux et au sud de l’agglomération. « Nous sommes mandatés par Bordeaux Métropole pour accompagner les particuliers dans la mise en œuvre de leurs jardins », explique Sophie Vialettes. Qui glisse au passage que, « même s’il y a un engouement autour de cette thématique en ce moment, cela fait plus de 20 ans que l’agriculture urbaine existe. »

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Les plus anciens ont d’ailleurs, parfois, l’impression de se faire un peu bousculer par ces nouveaux projets qui arrivent. Surtout lorsqu’ils sont portés par le privé. C’est le cas de Camille Florent, qui exploite déjà depuis six ans une ferme urbaine sur le périmètre de la ZAC Bastide Niel, La Ferme Niel, et qui ne voit pas d’un très bon œil le projet porté par Sous les Fraises.

La Ferme Niel inquiète pour son avenir

« Je ne comprends pas bien l’utilité de ce projet privé, alors que l’avenir de notre propre ferme, portée par une initiative citoyenne, n’est même pas garanti. L’aménageur souhaite en effet construire un parking sur l’emplacement où nous nous trouvons, et se montre particulièrement flou quant à ce que nous allons devenir. Parfois, j’ai le sentiment que l’on construit, et que l’on imagine la vie des habitants après, que l’on fabrique de la ville en dépit des initiatives citoyennes… »

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Pour Magali Fronzes, le dossier de la Ferme Niel est « toujours en discussion » et il serait prévu « une relocalisation de la ferme à un autre endroit de la ZAC. »

La Gironde perd chaque année 1.800 ha de foncier agricole

Selon une étude l’A'Urba, l'agence d'urbanisme de Bordeaux Métropole, de 2015, l’agriculture ne représente que 10 % du territoire de Bordeaux Métropole, soit près de 5.500 ha, et le maraîchage occupe moins de 5 % des surfaces exploitées. Pendant ce temps, la Gironde perdrait chaque année 1.800 ha de foncier agricole, en raison essentiellement de l’urbanisation.

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Les projets d’agriculture urbaine peuvent, dans ce contexte, servir de « porte d’entrée et de vitrine pour une agriculture périurbaine parfois en difficulté. » Ils représentent aussi « un formidable outil de sensibilisation aux enjeux de l’alimentation, de la production locale, de la santé, un moyen de réintroduction de la nature en ville, et un outil de communication sur les réalités de l’agriculture. »