Saint-Emilion toujours dans le flou

Marion Guillot - ©2008 20 minutes

— 

A une semaine de l'ouverture des primeurs, le classement des grands crus de Saint-Emilion continue de troubler l'appellation. Les requêtes de neuf propriétaires déclassés en décembre 2006 par l'Institut national des appellations d'origine (Inao) étaient examinées hier par le tribunal administratif de Bordeaux, qui a mis sa décision en délibéré. Les requérants réclament le réexamen de leur dossier, de nombreuses irrégularités ayant, selon eux, entaché la procédure. Ils dénoncent, entre autres, la mise en place déguisée d'un numerus clausus, la publication tardive du règlement propre au classement, la partialité et l'incompétence du jury ou encore les conditions de notation. Des arguments rejetés un à un, hier, par le commissaire du gouvernement. Selon lui, « la procédure a bien été respectée ». « La composition du jury était quasiment la même en 1986 et 1996 [le classement est révisé tous les dix ans] et personne n'y trouvait à redire », ajoute le responsable de l'Inao à Bordeaux, Jacques Gautier.

Pour les déclassés, le combat continue. « Le classement de saint-émilion est mort, car il s'agit d'un classement plus administratif que qualitatif », dénonce Pierre Carle, propriétaire du Château Croque-Michotte. « Nous sommes prêts à aller en appel s'il le faut, martèle Guy Petrus Lignac, propriétaire du Château Guadet-Saint-Julien. C'est quand même ahurissant que des châteaux qui gagnent des concours, comme Lamarzelle, se retrouvent déclassés. » Le soutien du syndicat viticole de Saint-Emilion, qui reste en retrait, serait le bienvenu. « Mais on est à Bordeaux, et on n'aime pas faire de vagues », regrette Guy Richard, du Château Cadet-Bon.