Harcèlement à la rédaction de «Sud-Ouest»: Le mis en cause a été «dispensé d'activité» le temps de l'enquête

INFO «20 MINUTES» Onze femmes, anciennes ou actuelles salariées du journal « Sud-Ouest » à Bordeaux, dénoncent des faits susceptibles d’être qualifiés de harcèlement moral voire sexuel. Le mis en cause n’exerce plus ses fonctions dans le quotidien depuis ce vendredi, le temps que l’enquête interne se termine…

Elsa Provenzano

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Illustration journal «Sud Ouest».
Illustration journal «Sud Ouest». — GEORGES GOBET / AFP
  • Le 15 octobre, un tweet d’une ancienne journaliste concernant un cadre de Sud-Ouest a incité d’autres femmes à témoigner de faits de harcèlement.
  • Le mis en cause a été « dispensé d’activité avec son accord », le temps qu’une enquête interne soit menée.

Le 15 octobre dernier, dans le contexte de la vague #balancetonporc, le tweet de Pauline Boyer, ancienne journaliste de Sud-Ouest, a libéré la parole au sein de l’entreprise. Elle y raconte avoir été harcelée, au point de se résoudre à quitter son poste. Son compagnon complète alors son tweet, précisant qu’il s’agit d’un « rédacteur en chef de @sudouest ».

Dix autres femmes, anciennes ou actuelles salariées, ont ensuite témoigné auprès du syndicat SNJ qui les représente, avoir été victimes de faits susceptibles d’être qualifiés de harcèlement moral voire sexuel de la part de la même personne, cadre au sein de l’entreprise.

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Une enquête interne en cours

Jeudi, la direction du journal a pris la décision de dispenser d’activité avec son accord le mis en cause le temps que l’enquête interne se termine, a appris 20 Minutes. Les témoignages vont être recueillis par la direction à partir de ce lundi, en présence de délégués syndicaux et après avoir entendu également le mis en cause, dans un souci de respecter une procédure contradictoire, ensuite sera prise « la décision qui s’impose », déclare Patrick Venries, directeur général délégué.

Communiqué de presse de la direction générale de «Sud Ouest» indiquant «dispensé d'activités» le mis en cause d'«harcèlement sexuel voire moral».
Communiqué de presse de la direction générale de «Sud Ouest» indiquant «dispensé d'activités» le mis en cause d'«harcèlement sexuel voire moral». - 20 Minutes Bordeaux

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L’enquête est menée dans le cadre de la procédure relative aux lanceurs d’alerte, qui permet de révéler des faits constitutifs d’un crime, d’un délit ou d’une violation grave de la loi. « Nous avons recueilli onze témoignages en novembre-décembre mais c’est vrai que cela a été un peu long à se mettre en place, explique une représentante du SNJ. L'article de Rue 89 a un peu accéléré les choses ».

Des femmes précaires

La plupart des femmes qui témoignent sont d’anciennes CDD ou des stagiaires. « Elles venaient juste de rentrer dans la société et avaient besoin de se faire une place », commente la représentante syndicale. Lorsque l’affaire a commencé à éclater, beaucoup parmi les salariés du groupe n’ont pas été surpris. « C’est malheureux à dire mais on avait des collègues qui se plaignaient déjà, en tout cas de pressions de la part de ce cadre », explique-t-elle. Un avertissement avait été donné au mis en cause par le précédent PDG.

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L’affaire agite évidemment les bureaux de Sud-Ouest. « C’est un peu de stress pour tout le monde, d’autant plus qu’hier [jeudi], il était encore dans les locaux », conclut la représentante syndicale.

Selon les informations recueillies par 20 Minutes, à ce stade aucune plainte n’a été déposée par celles que les salariés appellent « victimes » entre eux.