Bordeaux: A Goya, dernier collège prioritaire du centre, enseignants et parents sont remontés

EDUCATION Les enseignants du collège Francisco Goya, soutenus par les parents d'élèves, sont en grève ce mardi pour demander la réouverture d'une classe de sixième à la rentrée prochaine...

Elsa Provenzano

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Le collège Goya est le dernier établissement secondaire en éducation prioritaire du centre-ville de Bordeaux.
Le collège Goya est le dernier établissement secondaire en éducation prioritaire du centre-ville de Bordeaux. — E.Provenzano / 20 Minutes
  • Enseignants et parents d'élèves sont en grève ce mardi au collège Francisco Goya pour demander la réouverture d'une classe de sixième à la rentrée prochaine. 
  • Dernier collège classé en éducation prioritaire dans le centre-ville de Bordeaux, l'établissement accueille 350 élèves issus de milieux sociaux défavorisés et accueille une classe d'élèves allophones. 
  • La direction académique explique qu'un grand taux d'évitement des familles est en cause et qu'elle souhaite elle même une meilleure attractivité de l'établissement. 

Dès 7 h 45, ce mardi matin, enseignants, parents d’élèves et collégiens se sont rassemblés devant l’établissement Francisco Goya, dernier collège prioritaire du centre-ville de Bordeaux, pour demander la réouverture, à la rentrée prochaine, d’une classe de sixième. La troisième classe de sixième de ce petit collège de 350 élèves a été fermée en 2016 « alors que plein d’élèves auraient aimé s’y inscrire », assure Donatien Roux, enseignant depuis 15 ans dans l’établissement.

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Mais pour l’Inspection académique, l’établissement fait les frais d’une mauvaise réputation et pâtit de stratégies d’évitement de la part des parents d’élèves. « Il faut que les élèves du secteur viennent s’inscrire, nous n’avons pas la possibilité de bloquer des dérogations, estime le directeur académique des services départementaux de l’éducation nationale François Coux. Nous n’avons pas la main pour verrouiller le système ». « On nous dit qu’on ne peut compter sur des dérogations entrantes pour faire le pari d’une ouverture de classe mais on table bien déjà sur les dérogations sortantes pour ne pas en ouvrir une », s’agace Donatien Roux.

Les élèves défavorisés y réussissent

« Goya en danger, Goya en danger ! », scandent en chœur les manifestants, arborant drapeaux et pancartes pour la défense de leur établissement qui accueille selon eux plus de 40 % d’élèves issus de familles de catégories socioprofessionnels défavorisées, de boursiers et 30 % d’élèves de nationalités étrangères. « Et depuis dix ans on a des super résultats, fait valoir Anne-Laure Boulanger, professeur de lettres classiques au sein de l’établissement, un gobelet de café fumant à la main pour se réchauffer. La spécificité du collège est de proposer une lutte contre le décrochage scolaire à travers de petites unités qui proposent des suivis très individualisés aux élèves qui s’y sentent bien et réussissent ».

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Pour la direction académique, la sociologie de l’établissement a évolué et ce ne sont plus 40 % de publics défavorisés (ce qui était le cas il y a trois ans selon l’Inspection) qui sont accueillis mais 33 % alors que « la moyenne nationale des catégories socioprofessionnelles défavorisées en collège aujourd’hui en France est de 40 % ». Car l’Inspection considère à part la classe d’accueil des élèves allophones (qui ne parlent pas français), puisque la proportion d’élèves dits défavorisés grimpe à 37 % si on la prend en compte. « C’est ridicule de ne pas prendre en compte cette classe d’allophones, proteste Donatien Roux. Et, il est vrai qu’il y a eu un changement de sociologie mais nous avons aussi des particularismes, comme le fait d’accueillir une grande proportion de boursiers et d’étrangers ».

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Le taux de réussite moyen au brevet entre 2014 et 2016 a été de 87,9 %, un score qui a valu à l’établissement les honneurs du magazine L’Etudiant dans un numéro d'avril 2017 intitulé « Les secrets d'établissements qui réussissent ». 

Et chiffres à l’appui également, les enseignants font valoir que dans ce collège, les élèves issus de familles de catégories socioprofessionnelles défavorisées réussissent mieux que ceux scolarisés dans d’autres collèges du département. « Ici on parle de mixité républicaine, celle qui fait réussir et qui intègre », souligne Anne-Laure Boulanger. L’écart de réussite au même examen entre l’ensemble des élèves et ceux qui sont défavorisés est par exemple de 8,9 à Goya en 2016 contre 12,6 dans l’ensemble des collèges du département.

Pas de fermeture programmée selon l’inspection d’Académie

« On avait entendu pis que pendre sur le collège alors que les enseignants y sont vraiment volontaires car ils savent qu’ils y portent un projet important », estime Simon Villain-Guillot, parent d’une élève de sixième scolarisée à Goya et d’un fils qui y a fait toute sa scolarité « et continue brillamment au lycée », souligne-t-il.

Pour ce père d’élève, qui participe à la création d’une association de parents d’élèves pour défendre l’établissement, sans la réouverture d’une classe de sixième, les élèves vont se retrouver entassés dans les autres collèges du secteur « au détriment des plus défavorisés ».

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« On soutient les parents d’élèves et les enseignants pour que soient préservées les valeurs de solidarité et d’accueil dans ce collège prioritaire, tout en dialoguant avec le Rectorat », explique Clara Azevedo, conseillère socialiste départementale du canton Bordeaux. Elle note aussi que dans le cadre de son projet Collèges 2021, le département cherche à installer des établissements en centre-ville, fermer Goya, situé dans l’hypercentre, serait alors une « aberration ». « C’est une rumeur infondée, il n’est pas du tout question de fermer l’établissement », bondit François Coux.