«Bordeaux, contrairement aux 7 autres grandes métropoles, n’a pas un grand ensemble populaire qui pose vraiment problème»

URBANISME Deux géographes ont brossé le portrait des huit principales métropoles françaises, mettant à jour les spécificités de l’agglomération bordelaise…

Elsa Provenzano

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Le quartier populaire Saint-Michel a fait l'objet d'une réhabilitation. //AMEZUGO_10083/Credit:UGO AMEZ/SIPA/1710261853
Le quartier populaire Saint-Michel a fait l'objet d'une réhabilitation. //AMEZUGO_10083/Credit:UGO AMEZ/SIPA/1710261853 — SIPA
  • Bordeaux fait partie des quatre métropoles de France les plus attractives.
  • Contrairement à la plupart, elle a commencé à valoriser ses friches urbaines tardivement et a devant elle de fortes perspectives de densification.
  • Cette métropolisation se fait au prix d’une gentrification et d’une éviction des populations les plus pauvres aux portes de l’agglomération.

Pourquoi la métropole Bordelaise est-elle décrite comme si attractive depuis plusieurs années ? Comment caractériser son développement ? L'article intitulé « Habiter les métropoles françaises: portraits de famille » signé par les géographes Maryne Buffat et Laurent Chalard vient de paraître dans la revue Sur-Mesure ce 11 janvier et livre quelques réponses à ces questions.

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Avec Lyon, Toulouse et Nantes, la métropole bordelaise fait partie des plus attractives de l’hexagone, au sens où elle réussit à attirer des populations extérieures. Elle a également un solde de naissances positif par rapport au nombre de décès. Si un phénomène de métropolisation est à l’œuvre dans toutes les grandes agglomérations françaises, des différences géographiques existent entre elles.

« D’importantes perspectives de densification »

Alors que des métropoles comme Paris ou Lille sont dites verticales, puisqu’elles développent des habitats collectifs ou individuels denses, plutôt en hauteur, Bordeaux est une ville basse comparable sur ce point à Nantes et Toulouse. « Sur l’aire urbaine de Bordeaux (catégorie de l’Insee), on observe des marées pavillonnaires avec une densité générale faible (170 habitants au km2 dans la périphérie bordelaise) alors que sur la ville-centre il y a une relative forte densité de population, relève Laurent Chalard, coauteur de l’article. Cela s’explique par une plus grande présence d’habitats collectifs et d’échoppes ». Sur cette ville-centre, on recense 23,5 % de maisons individuelles. « Un taux qui va probablement baisser dans les prochaines années sous le poids des nouvelles opérations », pointent les deux géographes dans leur article.

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Alors qu’à Lyon la densification, qui n’est pas terminée, est bien engagée depuis les années 1980-1990 et qu’à Lille, toutes les friches urbaines ont été exploitées depuis la fin des années 1980, ce n’est pas le cas à Bordeaux. « Cette récupération des friches urbaines y a été plus tardive, observe Laurent Chalard. Avec environ 15 ans de retard, les perspectives de densifications sont importantes, soit plusieurs dizaines de milliers de logements. »

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Une gentrification mais un « relatif équilibre social »

Ces dernières années, le géographe note « une élévation du niveau social sur la métropole bordelaise et de façon plus marquée sur la ville-centre, un phénomène typique des métropoles ». Saint-Michel, le quartier populaire du centre de Bordeaux, est lui aussi en cours de gentrification, notamment depuis l'opération de renouvellement urbain réalisée de 2013 à 2015. 

Le taux de pauvreté sur la commune de Bordeaux est évalué à 17 %, « l’un des taux les plus bas », commente Laurent Chalard, précisant un écart important notamment avec la métropole lilloise. Mais un phénomène d’éviction des populations paupérisées vers des secteurs ruraux du département comme Saint-André de Cubzac ou Mios est aussi observé, dans le même temps.

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« Bordeaux, contrairement aux sept autres métropoles étudiées n’a pas un grand ensemble populaire qui pose vraiment problème comme les quartiers Nord de Marseille ou le Mirail à Toulouse, souligne le géographe. Il y a un relatif équilibre social sans problème de pauvreté concentrée. » Une situation qui s’explique notamment par une faible dotation en logements sociaux héritée du passé bourgeois de la capitale girondine.

« La chance de Bordeaux, à mon sens, c’est que ce processus de métropolisation intervient tardivement et que les élites locales, celles qui construisent la ville, peuvent tirer les leçons de ce qui s’est fait ailleurs », pointe-t-il. Il y a par exemple une volonté de redensifier le centre-ville, tout en évitant la concentration des logements sociaux.

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Mais il y a aussi des effets pervers à cette métropolisation, notamment la gentrification et la hausse des prix de l’immobilier et pour lesquels il n’y a pas vraiment de solution à suivre, à l’heure actuelle.

« Bordeaux ne peut pas s’en inspirer et doit donc inventer un modèle, permettant un équilibre sociologique, en particulier dans la ville-centre », conclut Laurent Chalard.