Bordeaux: Le projet d'une villa «Shamengo» sur la rive droite ne rend pas sereins tous les riverains

VIE DE QUARTIER A terme, la villa Shamengo, un projet autour des innovations environnementales qui comprend aussi un volet commercial, devrait s’installer au sein de la caserne vidée de ses pompiers en 2022. Avant cette date, elle pourrait s’installer sur une allée publique, ce qui hérisse les riverains…

Elsa Provenzano

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A Bordeaux, la caserne de pompiers, située rue de la Benauge, rive droite.
A Bordeaux, la caserne de pompiers, située rue de la Benauge, rive droite. — E.Provenzano / 20 Minutes
  • La Villa Shamengo de Bordeaux a pour vocation « de devenir un lieu d’inspiration, de partage et de transmission du savoir » notamment en mettant en avant des innovations environnementales.
  • Elle comprend aussi la création d’un restaurant et de chambres d’hôtel.
  • Une association de riverains s’inquiète de ce projet privé sur un espace public, sur lequel elle a des difficultés à obtenir des informations.

La première  villa « Shamengo », présentée principalement comme une sorte de démonstrateur d’innovations environnementales par l’association du même nom qui la porte, est en projet à Bordeaux. D’ici 2021 à 2022, le projet devrait être hébergé dans la caserne des pompiers, qui a vocation à changer de fonction. Mais provisoirement, il pourrait être installé sur l’Allée Serr, au cœur du quartier de la Bastide, sur la rive droite bordelaise. L’association pour la conservation et la promotion des espaces libres de la Bastide (ACPEL) pointe un manque de démocratie locale dans la décision d’implanter ce projet privé sur un espace public.

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Qu’est-ce qu’une villa « Shamengo » ?

Sur le site du projet, on apprend que la villa sera construite de manière collaborative et présentera « les innovations des entrepreneurs verts, sociaux et sociétaux les plus exceptionnels de la planète ». La villa Shamengo est présentée comme « une école du futur ouverte à tous pour apprendre un nouvel art de vivre autour de quatre valeurs : prendre soin de soi, créer dans l’éthique, préserver la planète et s’engager pour les autres ». On sait aussi que cette villa comprendra un volet commercial avec un restaurant et des chambres d’hôtel. Un appel d’offres est en cours sur ce projet, informe la mairie de Bordeaux qui ne veut donc pas s’exprimer pour le moment sur ce dossier. L’association devrait obtenir une autorisation d’occupation du territoire si son projet était retenu. 

L’emprise du projet serait de 1.500 m2 s’il voit le jour. La date d’ouverture de cette villa était annoncée pour 2018 mais on ignore si elle est maintenue. La fondatrice de Shamengo, Catherine Berthillier, ex-grand reporter pour de grandes émissions d’information de la télévision française, n’a pas souhaité répondre à 20 Minutes, attendant que « les choses soient clarifiées ». Sur le financement du projet porté en partenariat avec l’établissement public foncier Euratlantique, il serait en partie assuré par le groupe Eiffage. 

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Qu’est-ce qui inquiète l’association de riverains ?

« Nous ne sommes pas des gens excités ni opposés à tout, prévient d’entrée Noël Eyrignoux, président de l’association ACPEL. On demande des précisions à la mairie mais elle refuse de communiquer, de dialoguer, et comme l’a bien dit Martine Aubry, “Quand c’est flou, c’est qu’il y a un loup”. » Dans les six derniers mois, l’association a pu rencontrer Anne Walryck, vice-présidente de Bordeaux Métropole et élue à la Ville en charge du développement durable,  sur le sujet mais elle s’est montrée très prudente et n’a pu répondre à toutes leurs interrogations.

« Bastide, c’est un quartier aéré avec des espaces libres, comme l’allée Serr, c’est un de ses charmes, avance le président de l’association. Alors pourquoi construire là ? Et de façon provisoire en plus ? » Ils se demandent aussi quel est le rôle exact du groupe Eiffage qui semble « avancer masqué dans ce projet ». L’association n’est pas opposée au projet en lui-même mais à son implantation sur un espace public et sans concertation avec les riverains. Si le projet se réalise, certains auraient la vue sur la Garonne obstruée par la villa. « Attention, nous ne sommes pas opposés aux projets privés mais quand ils se font sur des terrains eux aussi privés », précise Noël Eyrignoux.

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Si le dossier est en suspens en l’attente d’autorisations administratives, l’association s’étonne que les commerçants du petit marché qui se tient sur l’emprise du projet le vendredi aient déjà été informés qu’ils allaient devoir déménager un peu plus haut…