Serial creveur de pneus à Bordeaux: L’auteur confie qu’il voulait «attirer l’attention»

JUSTICE L’homme de 45 ans qui a reconnu crever régulièrement les pneus de voitures stationnées à Bordeaux et dans son agglomération risque deux ans de prison…

Elsa Provenzano

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Illustration d'un pneu crevé.
Illustration d'un pneu crevé. — RR2 / SIPA
  • Dans la nuit de mardi à mercredi, un homme muni d’un poinçon est arrêté à Bordeaux alors qu’il est sur le point de crever les pneus de véhicules.
  • Il sévissait depuis 2011 et a été interpellé grâce à une victime qui a réussi à le prendre en photo et à une caméra de surveillance, qu’il n’a pas su éviter.
  • 1.100 plaintes ont été déposées en lien avec cette affaire mais en garde à vue, le quadragénaire a assuré avoir dégradé 6.000 véhicules.

« Les citoyens se demandent parfois ce que fait la police, et bien même si elle travaille lentement, elle ne lâche rien et va au bout des affaires », a tenu à souligner Brigitte Jullien, la directrice départementale de la sécurité publique en Gironde. Si le « serial creveur de pneus » ou le serial poinçonneur, comme il aime qu’on l’appelle, leur a donné du fil à retordre, les enquêteurs ont fini par l’interpeller dans la nuit de mardi à mercredi, alors qu’il était sur le point de sévir à nouveau, muni de son poinçon.

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Un esprit de vengeance

La police a recensé 1.100 victimes des dégradations de l’homme de 45 ans, qui avait commencé son entreprise de crevaison de pneus en février 2011 sur Bordeaux et son agglomération, après avoir trouvé un poinçon par terre. Mais en garde à vue, l’homme s’est fait un plaisir de la détromper, avançant le chiffre de 6.000 victimes. 

Le quadragénaire a été décrit comme « obsessionnel et solitaire » par le psychiatre qui l’a examiné, et l’a jugé responsable de ses actes. S’il décide de s’en prendre aux pneus des voitures c’est dans un esprit de vengeance a-t-il expliqué, parlant de « maltraitance dans son enfance » et de griefs envers la société. Aux policiers qui lui demandent s’il a besoin d’une pause lors de son interrogatoire, il répond que non, cela lui fait vraiment du bien de s’exprimer. A l’évidence, il souffre d’un manque de reconnaissance, affirmant que quand il parle personne ne l’écoute et présentant les dégradations comme un moyen « d’attirer l’attention ».

Si on ne comprend pas bien pourquoi il choisit de s’en prendre aux véhicules après avoir trouvé le poinçon par terre, il prend ensuite très à cœur de mettre au point une méthode rigoureuse pour ne pas se faire démasquer. Il confie aussi se délecter de voir les policiers faire des enquêtes de voisinage, lorsqu'il revient sur les lieux de ses dégradations, le lendemain ou les jours suivants. 

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Un préjudice estimé à 400 000 euros

« Il est ultra-méthodique et tient un calendrier avec les secteurs de ces prochaines actions », raconte Nicolas Perez, le commissaire chargé de l’enquête. Dans des carnets de notes, il inscrit les secteurs sur lesquels il va opérer, en prenant soin d'écarter ceux couverts par la vidéosurveillance, et ceux sur lesquels il s’est déjà rendu en employant un langage codé. Il opérait de nuit, entre 2 h et 5 h du matin, et de façon irrégulière. « Il crevait les deux pneus côté trottoir et savait alors que le propriétaire devrait changer les quatre, précise Jean-Claude Belot, vice-procureur de la République. C’est pour ça que le préjudice, évalué à 400 000 euros, est si important ». Il pouvait dégrader 35 voitures par nuit, soit 70 pneus crevés. Une des victimes, propriétaire d’un 4X4 a eu six fois ses pneus dégradés. 

Il a été arrêté grâce à une victime qui a réussi à le prendre en photo, permettant de l’identifier puisqu’il était inconnu des services de police, et a ensuite été repéré par une caméra de surveillance qu’il n’a pas su éviter. C'est le travail de recensement d'un major du commissariat des Capucins d'une centaine de plaintes en décembre 2014, avec le même mode opératoire du poinçon, qui a permis d'orienter l'enquête vers un «serial creveur de pneus». 

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L’homme a été placé sous contrôle judiciaire et sera jugé devant le tribunal correctionnel de Bordeaux le 18 mai prochain pour destructions et dégradations de biens privés appartenant à autrui. Il encourt deux ans de prison ferme, 300.000 euros d’amende et d’autres peines complémentaires, notamment concernant la réparation du préjudice.

D’ici là, les autres victimes de ces dégradations vont continuer à être recensées et une autre expertise psychiatrique devrait être menée sur le suspect. Comme le souligne le vice procureur « Il voulait attirer l'attention, et il a réussi ».