Bordeaux: Le bus Hangover café va à la rencontre des fêtards trop alcoolisés

SANTE Le dispositif Hangover café a été expérimenté de mai à juillet avec succès et va continuer d’aller à la rencontre des jeunes (18-25 ans) sur les lieux festifs Bordelais…

Elsa Provenzano

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Le Hangover se veut un oasis pour les fêtards Bordelais.
Le Hangover se veut un oasis pour les fêtards Bordelais. — Hangover café
  • L’expérimentation d’un bus pour accueillir les fêtards et réduire les risques liés à la consommation d’alcool et de stupéfiants est prolongée après 4 mois d’expérimentation.
  • L’équipe de prévention met à l’abri les jeunes qui pourraient se trouver en danger, alerte les secours en cas de besoin et leur propose des orientations vers des services spécialisés en fonction des problématiques.

C’est un dispositif qui n’existe qu’à Bordeaux, une ville qui essaie de trouver des solutions innovantes pour lutter contre l’alcoolisation massive des jeunes. Le Hangover (gueule de bois en anglais) café est un bus itinérant qui se déplace dans les principaux lieux festifs bordelais trois nuits par semaine (lire encadré), avec à son bord des animateurs de prévention, une infirmière, des jeunes en service civique et un coordonnateur pour rencontrer un public de fêtards, âgés de 18 à 30 ans pour la plupart. Après une expérimentation réussie de mai à juillet qui a permis à l’équipe d’échanger avec 4.000 personnes, le dispositif est prolongé.

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Procurer « un sentiment de sécurité »

Le Comité d’Étude et d’Information sur la Drogue et les addictions (CEID) qui mène des actions de prévention depuis sept ans sur des festivals comme le Reggae Sun Ska, le Climax et auprès d’établissements de nuit a proposé le dispositif Hangover à la mairie de Bordeaux. « On veut faire du Hangover une oasis, où l’on offre du café et de l’eau, pour accueillir les gens en difficulté et les inviter à se poser un peu », décrit François Richard, éducateur spécialisé chargé de Mission Prévention au CEID et coordonnateur du dispositif qui s’adresse à toutes les personnes vulnérabilisées par leur consommation d’alcool ou autres produits psychotropes. « On veut que ces jeunes aient un sentiment de sécurité, qu’ils sachent qu’on est là », souligne-t-il. « Il y a une forme de solidarité : on vient nous signaler si quelqu’un ne va pas bien », explique Solenne Preel, animatrice en prévention et membre de l’équipe Hangover.

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« Les plus jeunes sont à la Victoire ou à Paludate, des lieux où il y a des problèmes de délinquance, de prostitution et d’hyperalcoolisation, raconte Yohann Lavzillière, également animateur en prévention au sein de l’équipe. A l’Iboat on voit davantage des personnes de 25 à 30 ans qui consomment de la cocaïne, de la MDMA ». La fin de la nuit est sans surprise le moment le plus critique. « C’est entre 5 et 7 h que c’est le plus compliqué, témoigne Yohann Lavzillière. Il peut y avoir des rixes, des agressions à la sortie des boîtes de nuit, qui n’attirent pas les mêmes communautés ».

« Une prévention délivrée par les pairs »

L’équipe du Hangover propose une mise à l'abri et peut par exemple contacter les secours pour une personne qui vient d’être agressée. « Notre travail c’est aussi d’amener ces personnes à s’interroger elles-mêmes sur leurs consommations », précise Solenn Preel. Elle les oriente aussi si besoin vers des structures spécialisées, en fonction des problématiques. Les jeunes en service civique au sein du CEID, (actuellement Léa, Angèle et Nolwenn) viennent renforcer l’équipe et jouent un rôle clé. « On fonctionne avec une prévention délivrée par les pairs », tient à souligner le coordonnateur. Bien sûr, l’équipe s’intéresse aussi à la façon dont les noctambules rentrent chez eux et proposent des éthylotests. Si elle observe une plus grande responsabilisation des jeunes s’agissant de la conduite en état d’ivresse, elle observe par contre une tendance à la minimisation des risques liés aux rapports non protégés et une banalisation de l’ecstasy.

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Si l’opposition municipale plébiscite l’initiative, présentée en conseil municipal cette semaine, Emmanuelle Ajon, conseillère municipale socialiste a émis une petite réserve « J’ai une petite inquiétude parce que  le Somn’en bus permettait une mise à l’abri directe des noctambules, pour quelques heures de sommeil, ce que ne permet pas le Hangover. N’aurait-il pas été possible de maintenir les deux dispositifs ? » Estimant que le dispositif du Somn’en bus était trop lourd, Alexandra Siarri, l’adjointe au maire en charge de la cohésion sociale et territoriale, pointe que le Hangover a beaucoup de qualités comme celle d’être « plus accessible au plus grand nombre » et également d’accompagner le public « plus durablement ».

Le budget du dispositif est de près de 90.000 euros pour un fonctionnement de mai 2017 à mai 2018. La mairie, la Métropole, l’agence régionale de santé et la préfecture en sont les principaux financeurs.

Les horaires du Hangover Café

L’équipe adapte sa présence en fonction des événements festifs organisés sur la ville mais en général elle s’installe le jeudi de 22 h à 1 h à la Victoire et de 1 h à 6 h sur les quais de Paludate, le vendredi de 23 h à 2 h sur la Victoire, de 2 h à 7 h sur Paludate et le samedi, de 23 h à 2 h sur la Victoire et de 2 h à 7 h aux Bassins à flot. Tous les horaires sont disponibles sur la Page Facebook du Hangover Café.