Bordeaux: 800 mineurs étrangers sans famille recensés

SOCIAL A l’occasion de la Journée internationale des droits de l’enfant, le collectif Solidarité Réfugiés 33, qui regroupe une trentaine d’associations, alerte sur la situation des mineurs étrangers sans famille…

Elsa Provenzano

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Le collectif Solidarité Réfugiés 33 réunit plusieurs associations bordelaises.
Le collectif Solidarité Réfugiés 33 réunit plusieurs associations bordelaises. — E.Provenzano/ 20 Minutes
  • Le collectif Solidarité Réfugiés 33, qui rassemble une trentaine d’associations, alerte sur la situation des mineurs étrangers isolés à Bordeaux.
  • Les services de la protection de l’enfance sont débordés et les temps de traitement des dossiers des mineurs sont allongés, réduisant leurs chances de régulariser leur situation.

« Un mineur (étranger) en France n’est pas un étranger. Un mineur c’est un mineur, dit la loi, souligne Brigitte Lopez de réseau éducation sans frontières (RESF). Quand il est seul, il doit être pris en charge par l’aide sociale à l’enfance. » Le collectif Solidarité Réfugiés 33, qui réunit une trentaine d’associations, a organisé un rassemblement ce lundi midi place Pey-Berland à Bordeaux pour alerter sur la situation des mineurs étrangers isolés, à l’occasion de la Journée internationale des droits de l’enfant.

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Deux fois plus de mineurs isolés qu’en 2016

Depuis le début de l’année 2017, environ 800 mineurs isolés sont passés par les services de l’aide sociale. Un chiffre qui a doublé en un an. Ces derniers mois, plus d’une centaine sont venus chercher de l’aide auprès des associations, qui se retrouvent elles-mêmes dépassées par le nombre de personnes à aider. Elles demandent à l’Etat et au département de protéger ces mineurs sans famille, comme le prévoit la loi.

Une centaine de mineurs isolés et en difficulté a été accompagné par les différentes associations de la ville.
Une centaine de mineurs isolés et en difficulté a été accompagné par les différentes associations de la ville. - E.Provenzano / 20 Minutes

A leur arrivée en France, les mineurs étrangers sans famille doivent être évalués par le service d’accueil et d’évaluation des mineurs non-accompagnés (SAEMNA). « La période d’attente pour cette évaluation est passée de huit jours à un mois et pendant ce temps ils ne sont pas à l’abri mais dans la rue, s’insurge Françoise Astruc, de l' association solidarité avec tous les immigrés (ASTI) Bordeaux. C’est une situation intolérable et des moyens doivent être donnés à ces services, dans les plus brefs délais. »

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Elle ajoute que le 115 ne peut les prendre en charge car ils sont mineurs et que les commissariats ont consigne de ne plus les accueillir. Ensuite, le temps de cette évaluation a lui aussi été augmenté, passant de cinq jours à plusieurs semaines. Ils sont alors hébergés dans des hôtels bon marché mais personne ne travaille avec eux sur leur niveau de scolarisation ou sur une formation possible.

Quand finalement l’évaluation de la minorité et de l’isolement intervient, seul un tiers des personnes sont reconnues mineures par les services de la protection de l’enfance, notamment parce qu’il y a une méfiance de ces derniers par rapport à des étrangers qui voudraient se faire passer pour mineurs et pour lesquels il est parfois difficile d’obtenir le certificat de naissance officiel auprès du pays d’origine.

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« Mais lorsqu’on effectue un recours devant le juge des enfants, dans 80 % des dossiers que l’on suit il y a une reconnaissance de la minorité », fait valoir Françoise Astruc. Des décisions de justice qui interviennent après analyses des documents civils et plus rarement des expertises osseuses, qui ont le défaut de présenter des marges d’erreur de l’ordre de dix-huit mois.

Le collectif Solidarité Réfugiés 33 alerte sur la situation des mineurs isolés à Bordeaux.
Le collectif Solidarité Réfugiés 33 alerte sur la situation des mineurs isolés à Bordeaux. - E.Provenzano / 20 Minutes

Même lorsqu’ils sont reconnus mineurs, on manque de places pour les prendre en charge et là encore ils doivent faire face à des délais d’attente de plusieurs semaines. Entre 18 et 19 ans, l’ex mineur isolé va se retrouver à faire une demande de titre de séjour dans laquelle il doit justifier de six mois de formation qualifiante. Dans le cas contraire, il se retrouve alors en situation irrégulière et donc expulsable du territoire français.

« Une quarantaine de familles qui ont formulé une demande d’asile sont à la rue à Bordeaux, dont 24 enfants de moins de trois ans et 53 en âge d’être scolarisés », rappelle aussi Brigitte Lopez. RESF va bientôt rendre publique une liste mettant en cause des communes qui refusent de scolariser ces enfants dans la métropole bordelaise, contrevenant alors à leurs obligations légales.

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