Bordeaux: Une vente aux enchères d'objets prêtés sur gage et qui n'ont pas été récupérés

SOCIAL Le principe de la Banque Publique des Solidarités, anciennement Crédit Municipal, est de fournir du cash à des particuliers, en échange du prêt d'un objet de valeur. Il arrive parfois que l'objet ne soit pas récupéré, il est alors mis en vente aux enchères...

Mickaël Bosredon

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Plusieurs lots d'objets provenant de la Banque Publique des Solidarités-Crédit Municipal seront mis en vente
Plusieurs lots d'objets provenant de la Banque Publique des Solidarités-Crédit Municipal seront mis en vente — M.Bosredon/20Minutes
  • Des château Petrus, des stylos Mont-Blanc, des tableaux, des bijoux... seront mis en vente.
  • La Banque Publique des Solidarités prête à tout type de particulier.

C’est le sort de 5 % des objets déposés à la Banque Publique des Solidarités, anciennement Crédit Municipal. Jeudi 23 novembre, une grande vente aux enchères de biens prêtés sur gage et qui n’ont pu être récupérés par leurs propriétaires, est organisée dans les locaux de la Banque Publique des Solidarités, au 23, rue du Mirail à Bordeaux. Une exposition de ces objets sera présentée la veille, sur place également.

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Des Petrus de 1986 seront mis en vente à 800 euros, des stylos Mont-Blanc à 20 euros, des tableaux à 150 euros, des bijoux… Il y aura en tout 600 lots proposés à la vente. Et assurément de bonnes affaires à réaliser.

Parmi les lots mis en vente aux énchères, plusieurs bouteilles de petrus
Parmi les lots mis en vente aux énchères, plusieurs bouteilles de petrus - M.Bosredon/20Minutes

« La vente des objets est toujours un moment difficile pour leurs propriétaires, mais ils sont toujours surpris de pouvoir en récupérer quelque chose » explique Bruno Desboeuf, responsable de l’agence de la Banque Publique des Solidarités de Bordeaux. En effet, le produit de la vente est reversé aux propriétaires des biens vendus, moins les intérêts et les différents frais.

Bruno Desboeuf est le responsable d'agence de la Banque Publique des Solidarités-Crédit Municipal de Bordeaux
Bruno Desboeuf est le responsable d'agence de la Banque Publique des Solidarités-Crédit Municipal de Bordeaux - M.Bosredon/20Minutes

Un système qui remonte à 1801

Le principe du prêt sur gage, anciennement appelé « chez ma tante » ou « mont-de-piété » remonte à 1801 à Bordeaux. Il reste pour l’instant un monopole de cet établissement public. Le principe est simple : vous déposez à l’établissement un objet, dont la valeur est estimée sur place, et vous recevez en échange le montant en cash. Vous en restez propriétaire, mais vous avez alors six mois (dans la limite de trois prolongations et d’une durée maximale de prêt de vingt-quatre mois) pour le rembourser et le récupérer. Faute de quoi il est vendu aux enchères.

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La Banque Publique des Solidarités accepte toute une gamme d’objets (tableaux, fusils, antiquités, bijoux, lingots…) mais pas de voiture ni tout ce qui est dégradable type fourrure. Elle stocke les biens précieusement dans un entrepôt de la métropole bordelaise dont l’adresse est tenue secrète. « Actuellement, nous avons quelque 33.500 objets, pour un encours de 22 millions d’euros » souligne Bruno Desboeuf.

Une population en très grande difficulté… et à l’opposé, des gens relativement fortunés

La Banque accueille tout type de profils. Ici, pas besoin de déposer de dossier attestant de votre solvabilité. « A nos guichets nous accueillons deux types de population : d’abord une population en très grande difficulté, notamment - et c’est un phénomène nouveau - de jeunes actifs. Ils ont un travail, voire un CDI, mais n’arrivent plus à joindre les deux bouts… A l’opposé nous recevons des gens relativement fortunés, des artisans, des restaurateurs, qui viennent chez nous faire du business. Récemment, un restaurateur nous a amené 1.300 bouteilles de vin prestigieux pour lesquelles nous lui avons remis 25.000 euros, car il avait besoin urgemment de cash. C’est quelque chose qui serait parti à 75.000 - 80.000 euros aux enchères, mais il est venu les récupérer. »

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« Nous avons aussi, en juin, des gens qui viennent profiter de nos coffres-forts avant de partir pour l’été au Cap-Ferret… Ils déposent leurs objets de valeur avant de venir les récupérer en septembre, moyennant 2 % de droit de garde. » La vocation première de la Banque Publique des Solidarités n’en reste pas moins sociale.

Aucune négociation sur la valeur de l’objet n’est possible

Petite mise en garde de l’établissement : « aucune négociation sur la valeur de l’objet n’est possible. » Son estimation est réalisée par Louise, clerc de commissaire-priseur, et elle ne prend « que ce qui a de la valeur. » Elle étudie rapidement l’objet, détermine le nombre de carats en ce qui concerne l’or, le pèse, et en sort un prix qui est proposé immédiatement au propriétaire. Il accepte ou repart.

A la banque Publique des Solidarités-Crédit Municipal de Bordeaux, Louise s'occupe de l'estimation des biens qui sont déposés par les clients.
A la banque Publique des Solidarités-Crédit Municipal de Bordeaux, Louise s'occupe de l'estimation des biens qui sont déposés par les clients. - M.Bosredon/20Minutes

Et Louise n’a pas le droit à l’erreur, car le montant qu’elle a estimé, sera celui auquel l’objet sera mis en vente si le propriétaire ne vient pas le récupérer. Pas question qu’il soit vendu en dessous. « Je peux me tromper, mais c’est rare » dit-elle dans un sourire.