Europlasma fait son beurre avec l'amiante

Orianne Dupont - ©2008 20 minutes

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Nouveaux chantiers, traitement de l'amiante du Clemenceau... 2008 sera une année bien remplie pour la société girondine Europlasma, dont la filiale Inertam est spécialisée, depuis 2005, dans la destruction des déchets amiantés grâce à un procédé unique : la torche à plasma.

Rien ne se perd, tout se transforme

Mise au point par l'Aérospatiale pour tester la résistance des têtes de missile à la chaleur de l'atmosphère, la torche à plasma, développée par Europlasma depuis 1992, permet de faire fondre la matière à des températures très supérieures aux autres méthodes. Sur le site de Morcenx (Landes), qui compte une cinquantaine de salariés, les déchets sont chauffés à plusieurs milliers de degrés jusqu'à la fusion, ce qui détruit la fibre d'amiante. Le résidu (le vitrifiat) est ensuite valorisé en entrant, par exemple, dans la composition de sous-couche routière - l'équivalent de 200 m par an environ. « Nous ne sommes pas soumis à la taxe générale des activités polluantes, car les déchets dangereux qui entrent chez nous en ressortent transformés en matériaux inoffensifs », explique-t-on à l'usine de Morcenx.

Plus chère que l'enfouissement, la destruction gagne du terrain

Si le site ne traite que 5 % des déchets amiantés français, il est de plus en plus sollicité, car lui seul offre la possibilité de les détruire, une option privilégiée par la loi, mais pas toujours choisie par les entreprises et les collectivités. « La valorisation de ces déchets est plus chère que leur enfouissement : entre 1 500 euros et 1 700 euros la tonne, contre 600 euros à 800 euros. Mais l'avantage avec la valorisation, c'est que les clients ne sont plus responsables de leurs rebuts, puisqu'ils sont détruits », souligne Anne Borderes, chez Europlasma. Malgré ce surcoût, les commandes sont en hausse : 3 500 tonnes de déchets amiantés ont été traitées en 2005, 4 500 tonnes en 2006 et 6 500 en 2007. La capacité du site s'élève à 8 000 tonnes.

Vers de nouveaux chantiers

L'amiante de la tour Montparnasse devrait finir ses jours dans les Landes. En effet, l'ensemble immobilier Tour Maine-Montparnasse a décidé de faire détruire les déchets issus de son désamiantage. Un chantier qui pourrait atteindre les 1 000 tonnes en 2008, soit 1,5 million d'euros de chiffre d'affaires pour Inertam. Si 60 % des six cents clients de la société sont privés, la tendance commence à s'inverser. Ainsi, l'Assistance publique-Hôpitaux de Paris vient de conclure un marché avec Inertam, évalué à 3 millions d'euros sur les trois prochaines années.

Escale à Morcenx pour les navires en fin de vie

Depuis près d'un an, la société est suspendue aux lèvres du ministre de la Défense, qui doit se prononcer sur l'attribution du démantèlement du porte-avions Clemenceau et donc sur le traitement de l'amiante qu'il contient. Un petit chantier, mais qui laisse présager un bel avenir, puisque 400 000 tonnes de navires étatiques européens seront à traiter d'ici à dix ans. « Ce dossier avance, explique Anne Borderes. Veolia Propreté, candidat à l'appel d'offres [et partenaire d'Europlasma], a obtenu l'autorisation de mettre en place son centre de démantèlement à Bassens. Et comme la présence du Clemenceau pourrait gâcher une fête prévue cet été dans le port de Brest, le gouvernement devrait bientôt se décider... »

Prochaine étape, l'énergie

Aujourd'hui, Europlasma se tourne vers la production d'électricité. Il s'agit de gazéifier les déchets non dangereux, donnant ainsi lieu à un rendement énergétique presque deux fois plus important qu'avec les incinérateurs. En juillet 2009, 130 tonnes de déchets qui, aujourd'hui, sont mises en décharge ou brûlées devraient être traitées quotidiennement et permettre de générer 12 mégawatts, soit 1 % de la production d'une centrale nucléaire. Europlasma étudie des projets de ce type en Amérique du Nord et en Europe.