Le coup de gueule de Juppé face aux attaques «anti-Parisiens» à Bordeaux

SOCIETE Le maire s'est insurgé sur Twitter contre les affiches et les attaques dénonçant l'arrivée massive de Parisiens dans la ville...

Mickaël Bosredon

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A Bordeaux le 29 septembre 2015, vue depuis les quais de Bordeaux.
A Bordeaux le 29 septembre 2015, vue depuis les quais de Bordeaux. — E.Provenzano / 20 Minutes
  • L'élu estime que ces attaques sont «une honte».
  • Le Front de libération bordeluche face au Parisianisme dénonce, lui, avec humour la pression subie par les Bordelais.
  • La hausse des prix de l'immobilier notamment fait fuir des Bordelais en dehors du centre-ville.

Le maire de Bordeaux Alain Juppé est sorti de ses gonds ce mercredi matin. Sur Twitter, il a indiqué qu’il envisage de « saisir la justice » face aux attaques, « qui sont une honte », contre les nouveaux habitants à Bordeaux.

Un post qui fait suite à un article de Sud Ouest du lundi 23 octobre, faisant état d’autocollants anti-Parisiens qui fleuriraient un peu partout dans l’agglomération bordelaise.

Un « Front de Libération bordeluche face au Parisianisme »

Un nouvel épisode dans la fronde anti-parisienne ? Il y a neuf mois se créait un groupe Facebook et Twitter, le Front de libération bordeluche face au Parisianisme, qui compte à ce jour 6.000 abonnés sur sa page Facebook. « On le redit pour ceux qui n’auraient pas compris : on est des gens du pays, un peu chauvins certes, qui refusons l’idée de devoir vivre dans une ville-musée ceinturée par une campagne dortoir pavillonnaire. Pour notre lutte, probablement vaine, on a choisi principalement l’humour et parfois l’outrance », expliquent-ils.

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Ils dénoncent tour à tour les difficultés rencontrées par les Bordelais face à la hausse du prix de l’immobilier, au montant des impôts locaux ou encore les problèmes de circulation sur l’agglomération.

« L’embourgeoisement » du quartier Saint-Michel dénoncé

Ce n’est pas tout. Pavé Brûlant, un collectif se présentant contre le « fascisme, le racisme, le sexisme et toutes les formes de domination » serait l'auteur depuis quelques semaines de messages que l'on peut voir sur les murs du quartier Saint-Michel, dénonçant « la gentrification» de ce quartier populaire. Le collectif s’insurge contre « la violente transformation qu’est en train de subir le quartier Saint Michel, et dont sont victimes les classes populaires qui y vivent depuis des années ».

Que Bordeaux soit en train de se transformer depuis plusieurs années, c’est un fait. Et que l’arrivée de la LGV, qui met depuis le 2 juillet la ville à deux heures de Paris, ait été un accélérateur de cette transformation ces derniers mois, cela va sans doute de soi. Mais doit-on tout mettre pour autant sur le dos des Parisiens qui viennent s’installer dans la capitale girondine ?

Un peu plus de 70 % des nouveaux arrivants viennent de Paris et de la région parisienne

L’engouement des Parisiens pour Bordeaux est une réalité. Selon des chiffres fournis par la mairie de Bordeaux, « environ 2.000 nouveaux habitants arrivent ici chaque année, et un peu plus de 70 % d’entre eux viennent de Paris et de la région parisienne. Depuis 1996, la ville a accueilli près de 50.000 nouveaux habitants. »

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La croissance démographique de Bordeaux ne date donc pas d’hier. La hausse des prix de l’immobilier non plus. Le phénomène s’est enclenché au début des années 2000, à la faveur des transformations urbaines opérées dans une ville jugée alors vieillissante, et de l’arrivée du tramway. Il ne s’est plus arrêté depuis, et on peut même considérer qu’il s’accélère ces deux-trois dernières années, avec des prix dépassant pour la première fois les 10.000 euros du m2 pour certains biens, dans les quartiers les plus recherchés du centre-ville. Depuis 2006, le prix des appartements a globalement augmenté de 42 %.

Vers une hausse record des prix de l’immobilier en 2017

« Au 1er novembre, le bond des prix va atteindre le niveau record de 15,6 % sur un an, souligne Sébastien de Lafond, président du site MeilleursAgents, dans Le Figaro. Le tarif moyen s’affiche désormais à 3.600 euros le mètre carré. À ces prix, avec les salaires locaux, un ménage moyen de 2,5 personnes peut à peine s’offrir 37 m² contre 51 m² à Toulouse. »

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Mais les agents immobiliers ne sont pas catégoriques sur la pression exercée par les Parisiens sur cette hausse des prix. S’ils en sont en partie responsables, les opérations de requalification urbaine et la pénurie de l’offre ont aussi contribué à tirer les prix vers le haut.

« Tout le quartier autour de la gare est pris d’assaut »

Boris Bracq, un habitant du quartier Nansouty depuis 15 ans, a lui observé « une nette évolution depuis un an ou deux, avec les traditionnelles échoppes autrefois habitées par des papis et des mamis et qui appartiennent désormais à des Parisiens nouvellement arrivés. Globalement, c’est tout le quartier autour de la gare qui est pris d’assaut, et les prix de l’immobilier font que de plus en plus de Bordelais doivent quitter le centre. »

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L’évolution démographique et la pression immobilière ont eu aussi des conséquences sur le paysage des petits commerces. Selon des chiffres de la CCI portant sur Bordeaux Métropole, on observe en 2016 une forte hausse de commerces de services à la personne, notamment les agences immobilières (+ 100 établissements sur un an), et de cafés, hôtels, restaurants (+ 60 établissements en un an).

Une transformation qui a ses gagnants, et ses perdants.