Pénurie de logements à Bordeaux: Les étudiants demandent des mesures d’urgence

LOGEMENT A l’appel de l’Unef, les étudiants bordelais se rassemblent ce mercredi pour dénoncer le fait que des centaines d’entre eux se retrouvent sans solution de logement…

Elsa Provenzano

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La résidence François Mauriac fait partie des dernières résidences sorties de terre.
La résidence François Mauriac fait partie des dernières résidences sorties de terre. — Crous de Bordeaux Aquitaine
  • Une manifestation pour demander un encadrement des loyers et une régulation des offres Airbnb a été organisée ce mercredi à l’initiative de l’Unef.
  • La mairie rappelle qu’une réglementation Airbnb entrera en vigueur en mars 2018 mais le syndicat demande des mesures d’urgence, faisant valoir que des centaines d’étudiants sont en grande difficulté.

De l’avis unanime des opérateurs, des politiques et des étudiants, cette rentrée universitaire est particulièrement difficile à cause du manque de logements sur l’académie de Bordeaux. Selon le syndicat étudiant Unef, qui organise un rassemblement ce mercredi devant l’hôtel de ville de Bordeaux pour demander des mesures d’urgence, plusieurs centaines d’étudiants se retrouvent sans logement. « Nous sommes confrontés à une pénurie due à la croissance spectaculaire des étudiants à Bordeaux, on parle de 15.000 jeunes supplémentaires en cette rentrée », a réagi Alain Juppé, lundi, en marge du conseil municipal. S’il assure que l’attractivité de la ville pour les étudiants avait été anticipée, il a souligné que son ampleur a surpris tout le monde.

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« Je suis étudiant venu de Tours et cela fait trois mois que je recherche. Je vis en sous-location en attendant mais je vais être obligé d’abandonner les cours », témoigne ainsi Florian. « Cela fait maintenant un mois et demi que je suis à la recherche d’un appartement et j’ai commencé à travailler depuis début septembre sans logement », raconte Romane, 21 ans, qui se fait héberger par des amis. « Il n’y a pas d’offres disponibles ou alors à l’autre bout de Bordeaux, à 1h30 de nos facs », déplore Elisa Révillon, vice-présidente de l’Unef Bordeaux.

L'université de Bordeaux est de plus en plus attractive pour les étudiants.
L'université de Bordeaux est de plus en plus attractive pour les étudiants. - O.Got univ Bordeaux

Les revendications de l’Unef

Le syndicat demande un réel encadrement des loyers, une baisse de la taxe d’habitation, la construction de logements étudiants et la régulation des offres sur le site Airbnb. La mairie de Bordeaux rappelle qu' une réglementation pour les plateformes type Airbnb a été annoncée à partir du 1er mars. « Mais la situation est tellement critique qu’on ne peut pas attendre mars 2018, réagit Elisa Révillon. Il y a des étudiants qui dorment dans leurs voitures, ou sur le campus et pour certains, les partiels approchent. »

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« C’est une rentrée tendue car l’université de Bordeaux a beaucoup de succès, l’offre privée s’est raréfiée avec le succès d’Airbnb, analyse Patrice Bretout, directeur général du Crous Bordeaux Aquitaine, qui a vocation à loger les étudiants boursiers. Nos résidences sont pleines à craquer même si on continue à affecter des étudiants au fil des désistements ». Le parc du Crous régional dispose de 10.300 places. La mairie entend déployer une brigade de contrôle pour vérifier que la réglementation Airbnb est bien appliquée, sur le modèle de ce qu’a déjà fait Paris.

Des prévisions de construction insuffisantes

Le directeur du Crous met en avant les efforts déjà réalisés dans le cadre du plan Etat-Région depuis 2006 avec 4.000 logements sortis de terre. La Région, compétente sur le logement étudiant, estime que depuis 2005 l’offre en logement social pour ce public a augmenté de 47 % sur la Métropole.

Et d’ici 2020, environ 2.500 logements supplémentaires vont être bâtis, sur la métropole bordelaise. L’investissement prévisionnel de la Région sur ce dossier est de 19 millions d’euros. « Et on aura rénové la quasi-totalité de nos chambres en 2019 », précise le directeur du Crous. On le voit aujourd’hui, ces constructions sont néanmoins insuffisantes pour faire face à la demande. « Mais on ne peut pas construire de logements étudiants du jour au lendemain, rappelle Patrice Bretout. Il faut compter au moins deux à trois ans ».

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Il évoque le nouvel objectif du plan gouvernemental, lancer la construction de 60.000 logements étudiants au niveau national sur la durée du quinquennat d’Emmanuel Macron, et espère que dans ce cadre 1.500 appartements supplémentaires seront bâties.

La Région estime qu’elle « encourage la production et la requalification de l’offre fortement carencée dans la région » et que son action a permis « un rattrapage important en moins de dix ans ». « C’est une situation préoccupante et pourtant la Région a entrepris beaucoup de constructions, a souligné Alain Juppé. Et la ville l’a spontanément fait à la Bastide, aux Bassins à flot et sur le projet Santé Navale ».

L’offre est en tout cas encore insuffisante surtout si on considère les ambitions de métropole millionnaire de Bordeaux d’ici 2030.