Incivilités, insécurité: Quels sont les freins à la mobilité des femmes à Bordeaux?

DEPLACEMENTS Des universitaires se sont penchés sur les déplacements à vélo, à pied et en covoiturage des femmes de l'agglomération, à la demande de Bordeaux Métropole...

Elsa Provenzano

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Une femme sur un vélo, avec un porte bébé, dans la circulation. Casque.
Une femme sur un vélo, avec un porte bébé, dans la circulation. Casque. — PATRICE MAGNIEN / 20 MINUTES
  • Des chercheurs Bordelais ont identifié des facteurs d'inégalité entre les hommes et les femmes dans l'accès à différents modes de transports (vélo, marche, covoiturage). 
  • Ils préconisent auprès de l'institution métropolitaine des aménagements de l'espace public pour réduire ces inégalités. 

Depuis ce printemps, Bordeaux Métropole a fait appel à une équipe universitaire pour mener une étude sur les nouvelles mobilités (vélo, marche, covoiturage) et l’égalité hommes femmes dont les premières conclusions ont été livrées à l’occasion de la semaine de la mobilité, ce vendredi. Les chercheurs ont travaillé à partir d’observations de terrain, de questionnaires en ligne et d’entretiens individuels et collectifs.

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« Pour atteindre l’objectif de part modale du vélo fixée à 15 %, en partant de 7 % actuellement, un effort particulier est à faire sur l’accès des femmes à la pratique du vélo », commence Yves Raibaud, directeur de l’étude et géographe à l’université Bordeaux Montaigne. Aujourd’hui sur l’agglomération, seulement 38 % des cyclistes sont des femmes. Un chiffre qui n’a quasiment pas augmenté depuis trois ans alors que la pratique du vélo attire de plus en plus d’utilisateurs.

Elles transportent davantage les enfants et les courses 

Il ressort des travaux que les femmes expriment davantage leur peur de la chute et de l’accident que les hommes pour elles et leurs enfants. L’étude met en avant que les femmes sont 27 % à transporter des affaires ou sacs de courses (contre 10 % des hommes) et qu’elles sont aussi deux fois plus nombreuses à accompagner les enfants à vélo. D’ailleurs, lors des entretiens de groupe, les freins principaux à la pratique du vélo pointés par les femmes sont les enfants, les personnes à accompagner et les chargements. Les femmes interrogées évoquent aussi les incivilités, actes sexistes et enfin l’état de la voirie et la propreté.

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En novembre 2016, des sociologues bordelais s’étaient penchés sur les femmes et leurs déplacements sur la Métropole et avaient montré qu’elles étaient la cible de harcèlements récurrents dans les transports. Et, les femmes interrogées plaçaient le vélo en tête des modes de transports qui les exposent le plus au harcèlement (51 %).

La marche à pied, des différences selon les quartiers 

A la surprise du géographe, la fréquentation de la ville à pied par les femmes ne chute pas tant que ça la nuit mais, il existe des différences de comportement d’un quartier à l’autre. « Sur le cours de la Marne, autant de femmes marchent le jour que la nuit (28 %) mais les vêtements courts disparaissent au profit des pantalons », stipule l’étude. Sur le cours Victor-Hugo, 45 % de femmes circulent à pied en journée mais le chiffre chute à 35 % la nuit. « Massivement, les différences ne sont pas si grandes que ça, glisse Yves Raibaud, il ne manque donc pas grand-chose ».

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Sur le covoiturage, pratique encore peu développée, les universitaires observent que les femmes en font plus que les hommes, sans le savoir, au sens où elles transportent davantage les enfants et les personnes âgées ou dépendantes.

Des problématiques de mobilité accentuées pour les femmes

Des entretiens de groupe, il ressort qu'« en périphérie avec des enfants, c’est d’autant plus compliqué de ne pas prendre la voiture, note Laetitia Cesar-Franquet, sociologue qui a participé à l’étude. D’où l’intérêt de travailler aussi sur des voitures vertes en plus des solutions alternatives ». Certes ce n’est pas une problématique typiquement féminine mais comme les hommes s’occupent moins des enfants (2h30 en moyenne par jour pour les femmes et 50 minutes pour les hommes), elle les touche plus vivement. Le sentiment d’insécurité dans les déplacements est aussi plus présent chez les femmes.

La Métropole réfléchit à la possibilité de proposer la nuit des arrêts minute, au plus près des domiciles des utilisatrices des lignes de bus. « Dans le cadre de notre plan vélo on veut aussi rendre plus visible la signalétique, proposer des stationnements vélos sécurisés, notamment pour les vélos cargos à proximité des écoles », avance Brigitte Terraza, vice-présidente de Bordeaux Métropole.