Affaire Bettencourt: Le majordome et les journalistes innocentés pour de bon

JUSTICE Les six prévenus poursuivis pour « atteinte à l'intimité de la vie privée » ont été relaxés en appel...

E.P. avec AFP

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Les journalistes poursuivis dans le volet des écoutes de l'affaire Bettencourt ont été définitivement blanchis.  / AFP PHOTO / MEHDI FEDOUACH
Les journalistes poursuivis dans le volet des écoutes de l'affaire Bettencourt ont été définitivement blanchis. / AFP PHOTO / MEHDI FEDOUACH — AFP

La justice bordelaise a relaxé jeudi en appel cinq journalistes poursuivis pour « atteinte à l’intimité de la vie privée » de Liliane Bettencourt, et estimé que son ex-majordome avait enregistré illégalement la milliardaire dans le but de la protéger et n’était donc « pas pénalement responsable ». Les six prévenus sont donc définitivement blanchis.

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Paradoxe de ce volet de l’affaire, les « écoutes » clandestines réalisées chez l’héritière de L’Oréal par son ancien domestique Pascal Bonnefoy, 53 ans, ont en effet servi à poursuivre certains proches de la vieille dame pour « abus de faiblesse ».

Le Parquet avait fait appel

En première instance, une relaxe générale avait été prononcée en faveur des cinq journalistes et de l’ex-majordome, mais le parquet de Bordeaux avait fait appel. Liliane Bettencourt, partie civile qui « n’avait formulé aucune demande en première instance », n’a pas non plus suivi l’appel du parquet, « acquiesçant donc au jugement et à cette relaxe » générale, peut-on lire dans l’arrêt publié jeudi. Deux arguments martelés par les avocats des six prévenus lors du procès en appel, en juin dernier. De simples amendes de principe avaient finalement été requises en appel contre les six prévenus.

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Des enregistrements utiles à la justice

Pascal Bonnefoy était poursuivi pour avoir enregistré à son insu la milliardaire à son domicile entre mai 2009 et mai 2010. Des extraits de ces enregistrements avaient ensuite été retranscrits par Médiapart et Le Point en juin 2010.

Ils révélaient notamment la santé déclinante de Liliane Bettencourt, mais aussi des soupçons de fraude fiscale et d’immixtions politiques. Ces écoutes clandestines avaient fait basculer un simple conflit de famille en une affaire d’Etat. Une plainte pour « atteinte à l’intimité de la vie privée » avait alors été déposée.

Outre Pascal Bonnefoy, étaient également poursuivis pour Mediapart Edwy Plenel, Fabrice Arfi et Fabrice Lhomme, et pour Le Point le journaliste Hervé Gattegno et son directeur de publication de l’époque, Franz-Olivier Giesbert.

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Dans son arrêt, la cour d’appel a considéré que les journalistes n’avaient « pas eu intention de porter atteinte à l’intimité de la vie privée » de l’héritière de L’Oréal. Les enregistrements relayés par la presse, ont même eu aux yeux des juges « un caractère effectivement décisif (…) pour la recherche de la vérité » dans l’affaire Bettencourt.

En première instance, le tuteur de la milliardaire, Olivier Pelat, avait lui-même fait l’éloge de Pascal Bonnefoy, évoquant « un homme bien qui a fait ce qu’il fallait faire » pour protéger sa patronne, aujourd’hui âgée de 94 ans et placée sous tutelle.

D’autres procédures en cours

Pascal Bonnefoy n’en a pas fini avec la justice : une procédure pour « atteinte à l’intimité de la vie privée » après une plainte, cette fois, de François-Marie Banier, est toujours pendante à Bordeaux.

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A Paris, le parquet a requis un non-lieu général dans la procédure pour subornation de témoin dans laquelle Françoise Bettencourt Meyers, fille de la milliardaire, a été mise en examen. Elle était soupçonnée d’avoir accordé un prêt à l’ex-comptable de sa mère, Claire Thibout, témoin clé de l’accusation dans le dossier d’abus de faiblesse.

Quelques mois avant ces réquisitions, François-Marie Banier et Françoise Bettencourt-Meyers ont toutefois passé un « accord » pour mettre un terme à leurs « litiges ». Il revient désormais au juge d’instruction d’ordonner un procès ou de prononcer un non-lieu.