Bordeaux: La cour d'appel rejette le lien de causalité entre pesticides et cancer d'un viticulteur

JUSTICE La cour d'appel a rejeté la demande de reconnaissance de maladie professionnelle d'un ouvrier viticole mort d'un cancer...

Elsa Provenzano

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Marie Lys Bibeyran, ouvrière viticole et lanceuse d'alerte sur les dangers des pesticides est à l'origine de la pétition.
Marie Lys Bibeyran, ouvrière viticole et lanceuse d'alerte sur les dangers des pesticides est à l'origine de la pétition. — E.Provenzano / 20 Minutes

La cour d’appel de Bordeaux a rejeté, ce jeudi 21, la demande de reconnaissance de maladie professionnelle post mortem d’un ouvrier viticole qui a épandu des pesticides pendant 20 ans dans le Médoc et qui est mort d’un cancer des voies biliaires (cholangiocarcinome).

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« Une décision inquiétante »

En 2008, son médecin diagnostique à Denis Bibeyran un cancer des voies biliaires. Il est mort l’année suivante, à l’âge de 47 ans. Sa sœur, Marie-Lys Bibeyran se bat depuis pour faire reconnaître le lien entre les pesticides auxquels il a été exposé et sa pathologie et a fondé le collectif Info Médoc Pesticides. « C’est une déception et une surprise, réagit-elle. Non seulement la Cour d’appel a estimé que l’arsenic n’était cancérigène que pour les tumeurs cutanées et même qu’il pouvait avoir un effet anticancéreux sur certaines tumeurs, dont le cholangiocarcinome! »

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Elle rappelle que l’arsenic a été classé comme cancérogène au tableau des maladies professionnelles en 1955, qu’il a été interdit pour toute l’agriculture en 1973 mais qu’il y a eu une dérogation pour la viticulture jusqu’en 2001. « Et en 2017 on a cette décision qui est gravissime, inquiétante et irrespectueuse pour les victimes des pesticides », estime cette militante. Certes une minorité d’études remet en cause l’arsenic comme cancérogène mais « c’est une minorité et il faut aussi voir par qui elles ont été financées », nuance-t-elle.

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On sait aussi que les pesticides organochlorés représentent un risque accru pour le développement de cancers des voies biliaires or la Cour note qu’ils ne figurent pas dans la liste fournie par l’employeur de Denis Bibeyran. « Il n’a pas pris ses responsabilités, déplore Marie-Lys Bibeyran. Mais on n’est pas un cas isolé, je sais que les travailleurs agricoles ont du mal à se faire communiquer les noms des pesticides auxquels ils ont été exposés, alors que c’est une obligation légale ».

Elle se laisse un peu de temps pour décider si elle se pourvoie en cassation. « En tout cas, je vais être d’autant plus présente pour lutter afin que les ouvriers viticoles ne soient pas encore les grands oubliés de l’agriculture bordelaise ».