Nourrisson jeté dans la Garonne: «Aucun témoin n’a vu l’enfant tomber dans l’eau»

JUSTICE Le procès d’Ablamvi Anani, accusé d’avoir jeté son fils Aaron de 4 mois dans la Garonne, s’est ouvert ce mercredi devant la cour d’assises de la Gironde…

Elsa Provenzano
— 
Le père (à g.) d'un bébé, qui affirme avoir jeté son enfant dans la Garonne, est escorté par un policier au palais de justice de Bordeaux, le 13 novembre 2014
Le père (à g.) d'un bébé, qui affirme avoir jeté son enfant dans la Garonne, est escorté par un policier au palais de justice de Bordeaux, le 13 novembre 2014 — Mehdi Fedouach AFP

Un homme d’origine togolaise Ablamvi Anani, est jugé par la cour d’assises de la Gironde à partir de ce mercredi pour « meurtre d’un mineur de moins de 15 ans ». Le 11 novembre 2014, il avait interpellé deux passantes sur les quais de Bordeaux en début de soirée, disant « appelez la police, aidez-moi, j’ai jeté mon enfant ». Le corps de son fils Aaron, un nourrisson de 4 mois n’a jamais été retrouvé malgré le déploiement de plongeurs. Inconnu des services de police, l’homme âgé de 33 ans était soudeur et vivait à Gradignan avant son incarcération, le 13 novembre 2014.

>> A lire aussi : Le père du bébé jeté dans la Garonne jugé devant les assises

Pas de témoin de la chute

Plusieurs témoins qui se promenaient sur les quais de la Garonne le jour du drame, un jour férié, ont vu le père soit avec l’enfant dans les bras, soit en pleurs ou abattu fixant le fleuve, mais « aucun témoin n’a vu l’enfant tomber dans l’eau, précise le président du tribunal Stéphane Rémy. La seule personne qui peut expliquer ce geste, c’est vous ».

>> A lire aussi : Bébé dans la Garonne. le parquet «convaincu» de l'homicide volontaire

L’accusé a changé de version au fil du temps. Le lendemain des faits, il avait déclaré spontanément à la police qu’il avait jeté son fils dans le fleuve. Son motif ? Il allait être obligé de quitter la France en raison de sa situation irrégulière et son fils n’allait plus avoir de père. Il avait également évoqué des relations conflictuelles avec sa compagne.

Le 13 novembre, il avait raconté qu’il jouait avec son fils et qu’il lui aurait échappé des mains. Plus tard, il avait toutefois indiqué avoir été « contraint moralement par des fétiches ». Il aurait été sous l’effet de forces occultes. On attend de connaître sa version à ce jour, lors du procès.

Relation conflictuelle

Ablamvi Anani vivait une relation fusionnelle avec son enfant, s’en occupant énormément et refusant parfois de le rendre à sa mère quand elle devait l’allaiter. Le couple était en conflit et la mère avait demandé à son compagnon de partir peu avant le drame, mettant ses affaires dans le couloir et le retirant des photos de famille accrochées dans le logement.

>> A lire aussi : Le corps du bébé qui aurait été jeté dans la Garonne reste introuvable

Dans son box, l’accusé est apparu assez abattu, il s’est exprimé lentement à cause d’un traitement pour un état dépressif, expliquent ses avocats. Si les experts ont observé une absence de trouble mental à la faveur d’un examen psychiatrique, ils ont diagnostiqué des symptômes dépressifs.

Ablamvi Anani est décrit par ses proches comme un homme calme, plutôt timide, réservé. Sa compagne est, elle, décrite comme menant la barque. Les jurés devront patienter jusqu’à ce jeudi après-midi pour que l’accusé soit interrogé sur le fond de l’affaire et qu’il donne sa version définitive. Le verdict est attendu vendredi. Ablamvi Anani encourt la réclusion criminelle à perpétuité.