#20MINUIT. Bordeaux: Une vie nocturne de plus en plus éclatée

VIE NOCTURNE La localisation des lieux festifs a évolué ces dernières années à Bordeaux tandis que la municipalité peaufine sa politique sur la vie nocturne pour éviter les écueils d'autres grandes métropole touristiques...

Elsa Provenzano

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La vie nocturne Bordelaise a évolué en s'étendant à quasiment tous les quartiers de la ville.  Photo : Sebastien Ortola
La vie nocturne Bordelaise a évolué en s'étendant à quasiment tous les quartiers de la ville. Photo : Sebastien Ortola — SEBASTIEN ORTOLA
  • Les Bordelais sortent dans des lieux plus variés et situés davantage en périphérie qu'il y a quelques années. 
  • La Ville a engagé une réflexion pour ne pas aborder la vie nocturne seulement à l'aune des problèmes de nuisances sonores et d'hyperalcoolisation. 

20 Minutes est partenaire de la Conférence nationale de la vie nocturne qui se tient à Paris, jeudi et vendredi. A cette occasion, nous avons décidé de nous intéresser aux activités, pratiques, modes de consommation, etc. liés à la nuit.

Il y a environ 10 ans, la place de la Victoire, dans l’hypercentre bordelais, était le rendez-vous incontournable de tous les étudiants fêtards. Et les fins de soirées pouvaient se terminer sur les quais de Paludate, près de la gare, dans le quartier dédié aux boîtes de nuit. Aujourd’hui, les aménagements urbains ont fait évoluer la localisation des nuits festives.

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Les pôles d’attractivité ont changé

La place de la Victoire n’accueille plus vraiment des bars festifs mais plutôt des brasseries. « Cela a été une époque, avec Le Plana, Chez Auguste et le pub Saint-Aubain », se souvient Thierry Guinaudeau, l’ancien propriétaire du Bodégon, ex-institution de la nuit Bordelaise qui était située sur cette place de la Victoire. Il tient à présent deux affaires au même endroit mais qu’il a transformé en brasseries. « On avait les flics à la moindre soirée étudiante, raconte-t-il, épinglant aussi ce qu’il estime être une intolérance croissante aux bruits de la part des riverains. Et puis aussi, on vieillit… »

« On peut sortir un peu partout maintenant à Bordeaux et il y a aussi de nouveaux endroits qui se montent, je crois que c’est une volonté de la Ville », estime ce gérant de bars. « Il y a une satellisation de la vie nocturne c’est certain, cela ne se passe plus dans un seul lieu », confirme Alexandra Siarri, adjointe au maire en charge de la cohésion sociale et territoriale, pointant une déconcentration des moyens et des expressions dans tous les domaines.

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Elle reconnaît aux Bassins à flot, qui accueille notamment l’Iboat, une vocation nocturne montante. A la bastide, la guinguette chez Alriq et Darwin, qui propose annuellement un festival de musique, tendent aussi à s’imposer comme des lieux de sorties incontournables des nuits bordelaises.

« Les gens veulent une ville vivante où on s’amuse mais pas de bruit quand ils dorment »

Après une série de noyades dans la Garonne, dont les victimes étaient des jeunes très alcoolisés, les dispositifs de lutte contre l’alcoolisation excessive se sont multipliés (Festiv’attitude, Soul Tram, le Somnibus, le Hangover Café, etc.) et font référence pour les autres métropoles. Le point commun de ces mesures c’est « de petites unités de jeunes qui parlent à d’autres jeunes sans discours moralisateurs », met en avant Alexandra Siarri, qui souligne la performance des acteurs locaux comme le CEID, comité d’étude et d’information sur la drogue.

Pour certains riverains, l’animation des rues bordelaises est avant tout une nuisance. « Devenue ultra bruyante, la rue n’est plus festive… clients [homme et femmes] de bars urinant dans la rue jusqu’à la fermeture des établissements », témoigne un habitant du quartier Saint-Pierre. « Les gens veulent une ville vivante où on s’amuse mais pas de bruit quand ils dorment », s’agace Thierry Guinaudeau.

Les débordements violents à la sortie des boîtes de nuit sont plus fréquents qu’il y a quelques années, selon Patrick Lalanne, patron de La Plage, discothèque de 10.000 m2 sur le quai de Paludate et qui devra déménager en 2022. Des soucis qui « n’empêchent pas de faire la fête », constate Patrick Lalanne qui estime que les lieux festifs doivent être répartis « un peu partout ». Le départ des discothèques du quai de Paludate est en lien direct avec l’opération d’aménagement intérêt national Euratlantique.

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Porter un autre regard sur la vie nocturne

Pour l’adjointe au maire, l’enjeu est justement de réussir à « découpler la vie nocturne et les perturbations liées aux bruits des discothèques et bars ». Pour y parvenir, la Ville de Bordeaux a fait appel à un cabinet de conseil toulousain qui travaille à élaborer un diagnostic sur la vie nocturne bordelaise. « Il a interrogé des acteurs mais pas seulement les patrons de discothèques, des salariés de l’hôpital, des résidents, etc., explique Alexandra Siarri. Et différents endroits festifs de Bordeaux ont été filmés, la perception de cette vie nocturne sur les réseaux sociaux a elle aussi été analysée. » Une façon de prendre la température et éviter que les conseillers municipaux soient déconnectés de la réalité de la vie nocturne bordelaise.

« Si on se pose des questions avant de déployer des dispositifs c’est pour éviter des situations comme à Barcelone et Amsterdam », explicite l’adjointe, évoquant des villes qui se sont servi de la vie nocturne comme d’un facteur d’attractivité touristique, avec à la clé des effets négatifs, comme des nuisances dues aux excès de touristes (nuisances sonores, déchets importants sur la voie publique etc.). « On voit des Parisiens venir pour une nuit à Bordeaux depuis l’ouverture de la LGV », prévient déjà le patron de la Plage. Et certains de leurs passages ne passeraient pas inaperçus.