Bordeaux: La ville va réglementer la location des logements de type Airbnb à partir de mars

URBANISME A partir de mars 2018, les propriétaires souhaitant louer leurs habitations devront s’enregistrer auprès de la mairie et limiter la location de leurs biens à 120 jours par an…

Elsa Provenzano

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A Bordeaux le 29 septembre 2015, vue depuis les quais de Bordeaux.
A Bordeaux le 29 septembre 2015, vue depuis les quais de Bordeaux. — E.Provenzano / 20 Minutes

La ville de Bordeaux met son nez dans le secteur florissant de la location d’appartements privés via des plateformes type Airbnb. Devant la croissance impressionnante des logements mis à la location sur ces plateformes (+ de 200 % entre 2013 et 2014, +100 % en 2015 et +100 % en 2016) très rentables, le conseil municipal de Bordeaux a voté lundi en faveur d’une régulation de ce marché, après l’exemple de Paris.

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Les deux villes s’appuient sur un décret paru le 30 avril qui autorise les municipalités à imposer aux loueurs de se faire connaître en mairie.

« Un immense hôtel qui ne dit pas son nom »

A partir de mars 2018, tous les propriétaires souhaitant louer leur logement devront s’enregistrer auprès de la mairie et ils ne pourront la mettre en location plus de 120 jours par an. Une disposition qui vise à éviter une sorte de confiscation des logements au profit des touristes, alors que les habitants cherchent déjà sur un marché très tendu, et qui avait été dénoncé par le conseiller municipal socialiste Matthieu Rouveyre.

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« Dans le cœur historique, certaines rues sont quasiment entièrement dédiées à ces types de logements », pointe Stéphan Delaux, adjoint au maire en charge du tourisme. Et l'essor de ce type de location a modifié la physionomie de la ville en quelques années. « C’est aussi la concurrence avec le secteur hôtelier qui nous a motivés, ajoute l’élu. Les logements des plateformes collaboratives reviennent à un immense hôtel qui ne dit pas son nom ».

« Une immense majorité des particuliers des hôtes de notre plateforme sont des particuliers qui arrondissent leurs fins de mois, se défend Emmanuel Marill, directeur d’Airbnb France. Plus on met de règles, pas forcément adaptées d’ailleurs, plus on étouffe l’économie et on encourage la tendance à la professionnalisation ».

Les particuliers pourront louer leur résidence principale jusqu’à quatre mois par an mais au-delà, il leur faudra obtenir une déclaration de changement d’usage de leurs locaux d’habitation en meublés de tourisme, a décidé la Métropole Bordelaise. Ils seront aussi soumis à des mesures de compensation, c’est-à-dire qu'ils seront tenus de proposer à la location classique la même surface dans le même secteur. Depuis le 1er août 2016, les locataires des plateformes séjournant à Bordeaux s'acquittent d'une taxe de séjour. 450.000 euros ont été collectés depuis cette date, selon Airbnb. 

« Une stigmatisation des 6.000 hébergeurs Bordelais »

« On a pris acte de cette délibération », commente le directeur général d’Airbnb France qui estime que la mesure revient à une « stigmatisation des 6.000 hébergeurs Bordelais qui permettent d’injecter du pouvoir d’achat dans leur ville ». Il rappelle que l’hôte Bordelais loue son bien pour une moyenne de 25 nuitées par an et 1.400 euros annuels de revenus.

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Le groupe socialiste a voté en faveur de cette délibération « qui va dans le bon sens » même si les contrôles vérifiant que les mesures prises sont respectées ne lui semblent pas assez ambitieux. « Est-ce qu’Airbnb va exiger les numéros auprès des loueurs ? Si un mauvais numéro est fourni, est-ce vérifié ? Si 120 nuits sont louées via Airbnb et d’autres sur homeholidays par exemple, quid de la mutualisation des informations ? Et enfin sur quels contrôles peut-on compter pour lutter contre des locations non déclarées ? », s’interroge l’élu d’opposition Matthieu Rouveyre. « Nous allons mettre en place des contrôles et la surveillance des offres au fur et à mesure assure Stéphan Delaux. Et oui, on fera des recoupements entre plateformes ».

La mesure ne rentre en vigueur qu’au printemps prochain et certains pourraient profiter d'ici là des derniers mois non encadrés. « Je pense aussi qu’il y aura un effet psychologique de l’annonce et que certains vont y réfléchir à deux fois », estime Matthieu Rouveyre. A terme cette réglementation pourrait avoir un effet dissuasif, qui sera mesuré par l’observatoire crée par l’élu d’opposition. « Nous allons tout faire pour qu’il n’y ait pas de baisse de l’offre », insiste Emmanuel Marill, qui mise sur un plus grand accompagnement des loueurs.