Surf: Pour Fred Biscayar, paraplégique, «le handicap se dissout dans l'eau»

PASSION Le surfeur organise aujourd'hui des compétitions pour personnes valides et handicapées...

Laetitia Dive

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Le surfeur se hisse sur ses genoux pour glisser.
Le surfeur se hisse sur ses genoux pour glisser. — Fédération Française de Surf
  • Fred Biscayar s’est mis au surf après être devenu paraplégique lorsqu’une voiture l’a percuté
  • Aujourd’hui, en Aquitaine, il œuvre pour pouvoir faire surfer des handicapés avec tous les types de pathologies

Comme il le dit lui-même, Fred Biscayar a commencé le surf « d’une façon surprenante ». Le 19 avril 2013, le Bayonnais était fauché par une voiture et devenait paraplégique. « Après cet accident, j’ai été dans un centre spécialisé du Pays Basque. Trois mois après mon arrivée, on m’a proposé une session surf à Hendaye ».

Il s’y rend donc et adhère tout de suite à la discipline : « j’ai vu que c’était possible pour moi, et ça me faisait du bien d’être loin de mon fauteuil. Et puis c’est une activité que je peux faire en famille, avec mes trois enfants ».

Sur les genoux

Au fil des mois, Fred Biscayar a récupéré son autonomie… et son permis, lui permettant d’aller régulièrement sur la côte pour surfer. « Pour rentrer dans la mer, je suis obligée d’avoir un tiralo donc j’ai besoin d’un binôme. Ensuite, le handicap se dissout dans l’eau ».

Le tiralo permet aux personnes en situation de handicap d'accéder à la mer.
Le tiralo permet aux personnes en situation de handicap d'accéder à la mer. - PATRICK BERNARD / AFP

Très vite, le surfeur se lance dans la compétition et peut se targuer d’être vice-champion d’Aquitaine dans la catégorie « à genoux » : « Dans cette position, le centre de gravité est forcément plus bas mais on arrive à glisser quand même et à prendre du plaisir sur les vagues. Le seul point délicat c’est qu’on fait tout à la force des bras ».

L’autre fierté de Fred Biscayar, c’est d’avoir pu accompagner l’équipe de France Handi Surf pour les Mondiaux de San Diego, en Californie. C’était en 2015 : « C’est à ce moment-là qu’on a peut-être fait avancer les choses. Aujourd’hui on arrive à faire surfer quasiment toutes les pathologies et ça, c’est le plus beau trophée ».

Mélanger valides et handicapés

Depuis ce voyage, il vit du surf mais « indirectement ». Après avoir proposé ses services au président de la ligue de Surf de Nouvelle Aquitaine et à celui d’ Handi Surf, Fred Biscayar s’est vu proposer un poste créé sur mesure : « Je travaille entre Hendaye et La Rochelle et m’occupe du développement des examens, des initiations pour les valides et les handi et de l’organisation des compétitions ». L’objectif est de mélanger les deux au maximum.

Seul bémol : depuis qu’il exerce ce nouveau métier, Fred Biscayar a moins le temps de surfer. « J’ai essayé de participer à une compétition tout en étant organisateur, mais une fois dans l’eau je voyais tout ce qui n’allait pas : un drapeau de travers par exemple ! »

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Aujourd’hui, le sportif a un objectif bien précis pour promouvoir le handisurf : « Mettre en place un pôle d’entraînement pour les handis. Mon association a déjà la gestion du pôle France [meilleurs jeunes nationaux] et du pôle Espoirs [meilleurs jeunes d’Aquitaine]. Mon but c’est de faire pareil pour les handicapés mais dans un centre d’accueil adapté avec un accès aux soins, une salle de musculation et des entraîneurs spécialisés ».

Une importance croissante du handisport

Pour cela, il espère récolter des fonds et reste positif car il le sait, le handisport se répand beaucoup ces derniers temps. « L’an dernier, France TV a suivi les Jeux Paralympiques et ça a bouleversé les a priori. Aujourd’hui, tous les clubs se grattent la tête pour s’adapter aux handis. Le golf, le tennis même la pelote basque se mettent à intégrer ces personnes ».

Le surf est particulièrement en avance sur cette intégration. Selon Fred Biscayar, « dans l’eau, les surfeurs ne voient pas les handis comme des pestiférés. Au contraire, ils ont plutôt envie de les aider. Et ils savent qu’un accident peut aussi leur arriver et que ce jour-là, ils voudraient pouvoir continuer à faire du surf ».

D’ailleurs, une école de Bayonne ouvrira en septembre la première section sportive de surf pour valides et handicapés. En France, c’est une première. « Pour l’instant c’est un test donc ils ont pris seulement quatre ou cinq gamins. Mais c’est déjà un grand pas ».

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