«Tu as quoi entre le cours de maths et d'anglais ? Cours de skate !»

GLISSE A Bordeaux, l'établissement Notre Dame a fait du sport de glisse une matière à part entière...

Laetitia Dive
— 
Les plus passionnés peuvent prendre jusqu'à huit heures de cours par semaine.
Les plus passionnés peuvent prendre jusqu'à huit heures de cours par semaine. — Laetitia Dive
  • Le directeur, Bruno Gruyer, est un ancien champion et a évolué pendant trois ans en équipe de France
  • La rampe qui se trouve dans la cour de récré a été construite par les professeurs et les élèves eux-mêmes

Dans la cour de récréation, la sonnerie est à peine audible lorsqu’on se trouve à côté de la rampe : des garçons de tous âges y font crisser leurs roulettes et taper leurs planches, répétant inlassablement les mêmes figures. C’est le cas de Léo, en classe de troisième : « J’ai commencé le skate cette année parce que je voyais beaucoup de mes amis en faire. Maintenant, j’adore ça ».

Certains élèves se sont inscrits dans l'établissement avec comme objectif d'intégrer la section skate.
Certains élèves se sont inscrits dans l'établissement avec comme objectif d'intégrer la section skate. - Laetitia Dive

Au collège-lycée Notre Dame de Bordeaux, le sport est non seulement autorisé mais aussi recommandé. Et cette idée, elle vient de Bruno Gruyer, 53 ans, directeur de l’établissement et ancien de l’équipe de France : « Ça a démarré en 2008, à l’époque j’étais prof d’anglais dans l’établissement. Quelques élèves savaient que j’avais fait beaucoup de compétitions de skate quand j’étais jeune, ils voulaient essayer avec moi. On a commencé avec quatre ou cinq élèves le mercredi après-midi et c’est passé à dix, quinze, vingt… »

Des moniteurs brevetés

Deux ans plus tard, lorsqu’il prend la direction de l’établissement, Bruno Gruyer décide d'« officialiser » cette section : « On a recruté des professeurs qui ont un brevet d’état et construit une rampe de skate avec les élèves. Elle est homologuée par la fédération. On est devenus la première section skate dans un collège-lycée en France et je crois qu’on est toujours la seule ».

Bruno Gruyer, le directeur, avait commencé le skate dans les années 70.
Bruno Gruyer, le directeur, avait commencé le skate dans les années 70. - Laetitia Dive

Florent, moniteur et membre de l’association Boardo, a ainsi participé au développement de la discipline dans l’école : « Au début, c’était le mercredi aprem, puis on a étoffé nos activités : on a une section perfectionnement mais aussi des ateliers périscolaires. Et on a des CM2 qui viennent ici pour apprendre les bases aussi ».

>> A lire aussi : VIDEO. Bordeaux: Au skate park de Darwin, de nouveaux adhérents viennent s'inscrire « tous les week-ends »

Sur environ 600 élèves, 80 pratiquent le skate. Beaucoup étaient déjà skateurs selon Florent. « Les autres y prennent goût : ils partent de rien donc c’est difficile techniquement. Ils se rendent compte que c’est comme le vélo, on apprend à tenir dessus, avancer, freiner… »

Sur les 600 élèves de l'établissement, 80 sont inscrits à la section skate.
Sur les 600 élèves de l'établissement, 80 sont inscrits à la section skate. - Laetitia Dive

L’école de la persévérance

C’est en tant que débutant que Quentin, 16 ans, a démarré dans la section. Pour lui, l’apprentissage a été plus rapide que s’il s’était entraîné seul dans la rue : « On a des bons profs. On nous aide surtout sur la rampe. J’ai beaucoup de potes qui en font donc même sans l’école je pense que j’aurais appris mais ça a beaucoup aidé que je vienne ici ».

Florent, moniteur, enseigne notamment aux CM2 les bases de la discipline.
Florent, moniteur, enseigne notamment aux CM2 les bases de la discipline. - Laetitia Dive

Son moniteur y voit un autre avantage : « En skate, on peut mettre des mois à apprendre une figure, comme dans le travail scolaire où il faut faire des exercices pour arriver à acquérir les connaissances ». Pas toujours évident pour une génération habituée à zapper comme bon lui semble.

Chez le directeur, on nous confirme que l’idée d’endurance est au cœur du projet : « On veut leur faire comprendre que la persévérance dont ils font preuve en skate, ils peuvent l’adapter au scolaire ». La section fonctionne d’ailleurs comme le système sport-études : « On exige qu’il y ait un investissement scolaire suffisant. Si ça n’est pas le cas, ça se répercute sur les entraînements de skate. On va dire à l’élève "tu vas faire moins de skate pour te consacrer un peu plus à tes cours et s’il y a des progrès on reviendra en arrière" ».

Un sport en évolution

Cette section n’est pas seulement enrichissante pour les plus jeunes : « Je les vois faire des figures que je ne sais pas faire, raconte Bruno Gruyer. L’inverse fonctionne aussi : il m’arrive de temps en temps le soir de prendre une planche et d’en faire avec eux. Ça les intéresse parce que les figures qu’on faisait dans les années 70, ils ne savent pas les faire, ça n’est plus à la mode ! »

Les jeunes qui décident de se mettre au skate sont majoritairement des garçons...«Mais les filles commencent à venir», selon le directeur.
Les jeunes qui décident de se mettre au skate sont majoritairement des garçons...«Mais les filles commencent à venir», selon le directeur. - Laetitia Dive

L’ancien champion évoque ainsi ses premières sorties sur sa planche, au Bouscat, et raconte comment, depuis, le sport s’est structuré. Cela l’arrange : « Le skate est devenu olympique cette année. Devrait en découler la possibilité de créer une section sport-études officielle dans les années qui viennent. L’éducation nationale nous donnerait alors plus de moyens… jusqu’à présent on utilisait les nôtres ».

>> A lire aussi : Bordeaux: Les règles pour le skate en ville sont assouplies le temps d'un test